Lecture / Ecriture
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Confusion de Neil Jordan

Neil Jordan
  Confusion
  Lignes de fond
  Les ombres

Neil Jordan est un cinéaste et écrivain irlandais né en 1950.

Confusion - Neil Jordan

Si ce n'est toi, c'est donc ton double!
Note :

   Neil Jordan est très certainement plus connu comme cinéaste que comme écrivain! Et pourtant c'est par l'écriture qu'il s'est fait connaître. Comme ses films, sa production littéraire n'est pas très homogène. Alternance de bon "Ligne de fond" et de moins bon "Les ombres". Une de ses nouvelles "Derniers rites" figure dans le recueil compilé par Marc Le Boucher "Anthologie de nouvelles irlandaises contemporaines".
   
   Kevin se rend d'une manière qu'il souhaiterait incognito à l'enterrement de Gerald, un ami très proche, trop proche même. Il fait la connaissance d'Emily, sa fille, qui grâce à lui, espère en apprendre un peu plus sur l'homme qui fût son père. Une amitié un peu ambiguë a lié les deux hommes pendant quelques années. L'un et l'autre se ressemblaient d'une manière assez saisissante, au point que certaines personnes les confondaient. Il est arrivé plusieurs fois à Kevin d'avoir des problèmes pour des actes qui lui étaient entièrement étrangers! Mais il a aussi profité de certaines filles à la place de Gerald! La vie continue, plutôt amère pour Kevin, son père perd son travail, puis quitte son épouse qui, bien qu'elle soit une excellente nageuse, se noie! De chagrin pense-t-il! Mais du coup son père refait son apparition! Des mois de travail en Grande-Bretagne. Une fille Darragh, qui malheureusement perd la tête et doit être hospitalisée. La littérature sourit à Gerald qui devient un auteur connu et reconnu, mais la boisson commence à faire son travail de sape, sa plume se dessèche et le succès le fuit! Kevin, lui, est architecte, pas enthousiasmant, mais pourquoi pas? Il voyage au moins, et s'installe un moment à Berlin, à Londres. Puis c'est le retour à Dublin. Les rencontres entre Emily, qui est enceinte, et Kevin deviennent de plus en plus nombreuses jusqu'au jour où ensemble ils font une visite qui révèlera quelques secrets inavoués, car pour l'époque, inavouables!
   
   Kevin Thunder et Gerald Spain sont les deux protagonistes de ce récit bien que le livre commence par l'enterrement du second. Tout les oppose, en particulier leurs origines, l'un vient d'un milieu modeste et l'autre d'une famille aisée, l'un habite le nord de Dublin, l'autre le sud, et pourtant ils semblent interchangeables. Et pour corser la ressemblance, leur odeur est très proche!
   
   Dans la multitude des personnages féminins, en dehors de la mère de Kevin, femme humiliée, Darragh, qui sombre de bonne heure dans la folie, Dominic, un peu bohème, vit sur une péniche et travaille au zoo,où elle s'occupe des primates. Puis vient Loretta par qui le drame arrivera et toujours Emily et sa jeunesse qui semble triomphante.
   
   Il est beaucoup question de littérature et d'écrivains dans ce livre, Joyce et Nora Barnacle, Yeats et aussi des auteurs de romans d'épouvante irlandais qui furent nombreux : Le Fanu, Mathurin et surtout Bram Stocker.
   
   Ce livre est déroutant comme l'est parfois l’œuvre cinématographique de Neil Jordan. C'est à mon goût un peu touffu. Beaucoup de personnages et une chronologie qui parait n'avoir aucune logique font que c'est loin d'être une lecture facile. J'ai fortement pensé à son film tiré de l’œuvre de Patrick McCabb "Breakfast in Pluto" où les titres des chapitres s'incrustaient sur l'écran, chapitres très nombreux, mais courts. Je dirais qu'un manque évident de simplicité dans le récit nuit à la qualité de la narration et donc de ma propre appréciation. Un avis mitigé au final pour un livre dont j'ai l'impression d'être passé à côté.
   
   
   Extraits :
   
   - Quelqu'un me ressemblait au point de causer confusion, reconnaissance, chaos, chagrin et finalement la mort. Et une autre mort en plus de la sienne.
   
   - J'avais volé quelque chose du côté de cette boutique, et ce n'étaient pas des bonbons. Je l'avais volé, lui.
   
   - Je suis donc resté assis, avec mon focloir gaeilge agus bearla, à me battre avec le gna caithe...
   
   - Je te dis que j'envisageais de coucher par écrit en une sorte de longue lettre toutes les fois où nos vies avaient empiété l'une sur l'autre.
   
   - Cela se passait dans une petite ville, comme toutes les petites villes des histoires irlandaises, et c'était un match de football gaélique ; il était ensuite question d'un bal surveillé par un curé, de limonade et du retour à la maison par un sentier étroit avec l'impression que les voisins regardaient.
   
   - "Je me suis coupé les cheveux comme toi. Je marche même comme toi. Je n'arrive pas à être toi.
   
   - Ils étaient le prince et la princesse de ce conte, j'étais l'humble gardien et mon unique tâche consistait à m'assurer que leur histoire se poursuivrait.
   
   - Le schéma trouve un moyen de se reproduire à l'insu des participants. Comme une malédiction. Stocker le savait. Le Fanu. Maturin. Tous les protestants.
   
   - Nous avions tous deux accepté le fait qu'elle ne reviendrait jamais du territoire où elle s'était aventurée.
   
   - Tu t'es retournée, tu m'as regardé et tu as souri. Tu avais maintenant cet éclat féminin qui est plus que la somme de ses composants.
   
   - Il m'a tout raconté et j'ai compris l'insuffisance de la fiction.
   

   Titre original :Mistaken (2011)

critique par Eireann Yvon




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