Lecture / Ecriture
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Mudwoman de Joyce Carol Oates

Joyce Carol Oates
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  Le Mystérieux Mr Kidder
  Carthage
  Terres amères
  Sacrifice

Joyce Carol Oates est une poétesse et romancière américaine née le 16 juin 1938 à Lockport (État de New York).

Joyce Carol Oates a commencé à écrire dès l'âge de quatorze ans.

Elle enseigne la littérature à l'université de Princeton où elle vit avec son époux qui dirige une revue littéraire, la Ontario Review.

Depuis 1964, elle publie des romans, des essais, des nouvelles et de la poésie. Au total plus de soixante-dix titres. Elle a aussi écrit plusieurs romans policiers sous les pseudonymes de
Rosamond Smith et de Lauren Kelly. Elle s'intéresse aussi à la boxe.

Son roman "Blonde" inspiré de la vie de Marilyn Monroe est publié pratiquement dans le monde entier et lui a valu les éloges unanimes de la critique internationale. Elle a figuré deux fois parmi les finalistes du Prix Nobel de littérature."
(Wikipedia)

Mudwoman - Joyce Carol Oates

Toujours réticente
Note :

   Rentrée littéraire 2013
   
   
   Meredith Ruth Neukirchen revient de très très loin. Une mère folle qui la jette dans la boue, dont elle est sortie presque mourante par un type qui entend des voix. Une famille d'accueil où il faut lutter, puis l'adoption par un couple de quakers lui donnant le même nom que leur fillette décédée.
   
    Volontaire, travailleuse acharnée et intelligente, elle fera de très brillantes études et deviendra la première femme présidente d'une université renommée. Seule -ou sachant mal déléguer-, perfectionniste, devant jouer un rôle. Elle doit en particulier gérer l'agression d'un de ses étudiants, mal vivre l'engagement des Etats Unis dans la guerre en Irak, et s'épuiser à suivre un emploi du temps démentiel.
    Par hasard -ou pas- elle reviendra sur des lieux de son passé. Surmenage professionnel, vie personnelle sans éclat, elle va frôler la folie.
   
    Voilà pour l'histoire. Sachant que mes dernières tentatives pour lire Oates (alors qu'avant ça se passait bien) se sont soldées par des abandons (pas envie de retrouver l'ennui connu avec les Mulvaney), y compris pour son récit de la mort de son mari et la période de veuvage, il va falloir marcher sur des œufs pour ce billet.
   
    D'abord, pas d'abandon. Ouf.
   
    Un bon paquet de passages fonctionnent très très bien, particulièrement ce qui concerne les responsabilités d'une présidente d'université, la gestion d'un problème grave avec un étudiant, l'arrière plan politique de l'époque, la culpabilité face aux combattants de retour de la guerre, meurtris et infirmes. Le retour chez son père adoptif, leurs visites, ses souvenirs de collège. Et l'histoire du corbeau m'a scotchée...
    La lente montée de l'épuisement, de la dépression sont a posteriori fascinantes et crédibles.
   
    Avec un tel sujet Oates aurait pu appuyer sur le pathos et le misérabilisme, finalement tout est resté bien maîtrisé, et de plus je n'ai pas trop eu à souffrir des passages en italique soulignant les pensées de l'héroïne ou instillant le suspense.
   
    Joyce Carol Oates a sans aucun doute volontairement laissé s'instaurer une distance entre elle et son personnage, et entre les lecteurs et son personnage. Je soupçonne même qu'elle a choisi de ne pas s'emballer dans les passages difficiles pour son personnage, accidents, rencontres inattendues, etc., dégonflant rapidement le soufflé, au risque de procurer agacement et ennui (ce fut mon cas). Difficile de ressentir grande empathie à l'égard d'une héroïne nommée M.R. Pas mal de fois, ma lecture fut accompagné de yeux levés au ciel, de "et gnagnagna" quand ça tournait en rond, et autres remarques telles "OK on a compris, la solitude, pas bien, inutile d'en rajouter" ou "mais tu n'avais pas deviné quelle était cette tombe?". Quant à son amant (secret) , j'ignore combien de fois on en parle de cet amant (secret), mais qu'il soit (secret), entre parenthèses, pfou, énervant.
    Terminons avec l'usage des points d'exclamation, tels des coups inutiles dans les oreilles : "Deux fois par jour ils promenaient Salomon! Trois fois par jour, quelquefois. Car Salomon n'était pas un chien d'appartement, il était fait pour chasser." (passionnant?) (je me mets aussi à l'italique, tiens)
   
    "Oh mon Dieu! Pourvu que je n'aie rien de cassé...
    Et elle était seule dans cette maison obscure : elle avait renvoyé son intendante de bonne heure.
    Elle n'avait naturellement pas voulu que sa très sympathique intendante/cuisinière lui prépare un repas, alors qu'il lui était si facile de le faire si elle le souhaitait."

    Le genre de détails longuets, car on sait déjà que M.R. habite seule, et qu'elle est fort correcte avec son personnel. Moi je voulais vite savoir si elle n'avait vraiment rien de cassé. (en fait, non, on se retrouve ensuite quinze jours plus tard)
    Encore longuet:
    "Naturellement, elle savait: elle était en retard. Pour une raison inconnue, M.R. qui n'était jamais en retard, était en retard ce soir. Dans sa propre demeure, en retard! Pour une soirée dont elle était l'hôtesse, en retard."

    M.R. la perfectionniste ne semble pas supporter d'être en retard. Finalement personne ne s'en apercevra, grâce à l'habileté d'un collaborateur.
   
   Mon propos, en plus de parler de ma lecture, était égoïstement de toucher du doigt pourquoi JCO ne m'emballait pas plus que ça, avec l'impression de passer à côté d'un bon auteur, quoi.
   
    Alors pour terminer redisons que j'accorde à l'auteur son choix de rendre le lecteur distancié de son héroïne et de détailler beaucoup pour bien rendre la montée de son "craquage", après cauchemars, insomnies, souvenirs récurrents. On a l'impression que sa vie fut sous pression, à accomplir ce qu'on attend d'elle, à se retenir.
   
    En tout cas, à la toute fin, elle se lâche, "haletante, sanglotante, euphorique", et bravo, enfin une éclaircie! Son amant (secret) qui veut la voir (une fois malade et viré par sa femme) sera-t-il à la hauteur?
   
    De beaux passages
    "L'Université était l'un de ces grands clippers d'antan, le Cutty Sark des universités - un création majestueuse d'une ère révolue, miraculeusement intacte, à qui des moteurs invisibles permettaient de traverser des tempêtes qui auraient fracassé des embarcations plus frêles."
   
    "Car nous chérissons plus que tout ces lieux où nous avons été conduits pour mourir mais où nous ne sommes pas morts."
   
    "L'important n'était pas ce qui s'était réellement passé mais ce que l'on pouvait faire croire s'être passé à un nombre considérable de personnes."

   ↓

critique par Keisha




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Narration complexe mais très maîtrisée
Note :

   "Mudwoman", le dernier roman de Joyce carol Oates est une grande réussite, un roman puissant et haletant que l'on ne peut lire qu'avec passion.
   
   Mudgirl est une petite fille maltraitée que sa mère, folle, jette dans les marais des Adirondacks. Tandis qu'elle s'enfonce dans la boue, promise à une mort terrible, elle est sauvée par un jeune homme faible d'esprit qui prétend avoir été guidé vers la fillette par le roi des corbeaux. Mudgirl est ensuite placée en famille d'accueil puis adoptée par des quakers qui lui donnent beaucoup d'amour. Mais peut-on guérir d'une telle enfance? Il le semble bien puisque Meredith Neukirchen, brillante philosophe, chercheuse de renom, devient la première femme présidente d'une université prestigieuse malgré le machisme du milieu. Pourtant il va suffire d'un voyage sur les lieux de son enfance pour que le passé resurgisse. Mudgirl n'a jamais cessé d'exister, elle est devenue Mudwoman.
   
   Le personnage de Mudwoman est passionnant, complexe et attachant. Sous cette femme en apparence forte, sous la froideur, se cache un être fragile, naïf, qui croit encore malgré tout à la bonté des hommes, mais aussi très solitaire. Elle doit faire d'immenses efforts pour parvenir à assumer ses fonctions, à avoir des relations avec les autres, à refouler le passé et l'angoisse qui montent en elle. Elle se fait appeler par ses initiales MR comme si elle voulait se cacher, ne pas s'impliquer en tant qu'être humain, nier sa personnalité, sa féminité aussi. Et d'ailleurs qui est-elle? Elle a porté deux autres noms avant de devenir MR.
   
   Le fait d'adopter son point de vue, par un parti pris de l'auteur, nous pousse à épouser tous ses sentiments, à partager sa tension intérieure, et, en même temps, brouille la narration romanesque dite "normale".
   
   La narration est, en effet, complexe mais très maîtrisée par Oates. L'on passe de la réalité à l'onirisme dans un glissement léger qui ne permet pas d'en saisir les frontières, ce qui est assez rare dans un roman occidental. En effet, bien souvent le lecteur est dérouté car il ne sait pas si les évènements qui se déroulent sont vrais ou s'ils sont la projection des pensées de Meredith, de ses rêves, de ses cauchemars. Il s'ensuit que nous sommes entraînés avec elle dans une descente aux Enfers, un monde hostile, glacé où survivre demande des efforts. Un monde aussi où l'on perd ses repères, où l'on ne sait plus ce qui est réel ou imaginaire. Un récit haletant.
   
   Les thèmes comme toujours chez cette écrivaine sont nombreux et riches et j'apprécie qu'elle ancre son personnage dans la réalité de l'époque et de son pays, sans que cela paraisse plaqué. Oates présente ses idées politiques généreuses que son personnage partage mais n'est pas libre d'exprimer dans un pays qui se dit pourtant démocrate!
   
   Description du milieu universitaire hostile aux femmes et ostracisme qu'elles subissent au quotidien; il y a peu de temps que les femmes peuvent arriver à un tel poste; guerres intestines entre républicains et démocrates au sein même de l'établissement; prises de position réactionnaires des républicains qui refusent l'accès de l'université aux boursiers comme ils le refusaient aux juifs, aux noirs et aux femmes il y a peu; manque de liberté de la présidente d'université qui est soumise au diktat des riches donateurs de l'université et peut à tout moment si elle n'est pas politiquement et socialement "correcte" être destituée. Tout ceci sur fond de conflit menaçant. Nous sommes à la veille de la guerre en Irak, les mensonges politiques troublent les esprits, fomentant la haine et créant une atmosphère délétère, réveillant les actes fascisants.
   
   L'amour, dans ce monde noir, ne semble pas apporter un grand soutien. L'amant "secret" de Mudwoman n'est jamais présent et ne la soutient qu'occasionnellement. Et Mudwoman s'efface devant lui, ne peut laisser cours à ses sentiments : prisonnière? de quoi? de la boue qui n'a jamais cessé de l'étouffer! Elle ne peut répondre entièrement à l'amour de ses parents, peut-être parce que ceux-ci ont essayé de lui faire jouer le rôle de la fillette qu'ils ont perdue avant de l'adopter. Ne lui ont-ils pas donné le nom de leur petite morte? Pourtant l'amour qu'elle porte à son père adoptif et réciproquement donne une lueur d'espoir au dénouement... semble-t-il? Un dénouement qui me paraît pourtant équivoque.
   
   Un très grand roman au même niveau pour moi que "Chutes" ou "Nous serons les Mulvaney", mes préférés. Un coup de cœur!
    ↓

critique par Claudialucia




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Passé traumatique
Note :

   "La femme enserra l’enfant dans ses bras pour la précipiter… dans la boue"
    Ainsi commence ce terrible roman par cette scène apocalyptique d’une mère jetant sa petite fille dans la fange du marais.
   
   Meredith Neukirchen ou M.R. comme elle se fait appeler, est une femme brillante à qui tout réussit, études de philosophie, publications, jusqu’à devenir présidente d’une université réputée, un exploit dans ce monde machiste. De retour dans les Adirondacks, région désolée de sa jeunesse, pour un congrès de bioéthique, à quelques heures de prononcer un discours devant un parterre d’éminents professeurs, elle décide de partir seule dans une voiture de location revoir les lieux de son enfance. Obligée de s’arrêter pour cause de déviation, elle s’engage dans un chemin et s’embourbe. Elle poursuit à pied espérant trouver du secours. Le long de la rivière Black Snake le marais a englouti le contenu entier d’une maison, tout un fatras d’objets pris dans l’odeur fétide au milieu des coassements des corbeaux. Désorientée, elle finit par trouver une station service. Le pompiste, un homme d’une soixantaine, lui laisse entendre qu’il la connaît, qu’elle ressemble à une femme du nom de Kraeck qui vivait là il y a bien des années. Etonnée, M.R. lui affirme qu’elle n’a rien à voir avec cette personne et qu’elle n’est pas d’ici.
   
   En chapitres alternés mudwoman/mudgirl, aux titres évocateurs, le passé traumatique de M.R. refait surface, passé qui finira par l’engloutir. Les certitudes se craquèlent, la femme imperturbable et sûre d’elle, la dominante, finit par sombrer dans la folie. Un roman qui ne ressemble à aucun autre de Joyce Carol Oates, aux allures de conte.
   ↓

critique par Michelle




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Très beau portrait de femme
Note :

   "On a souvent observé que très peu de gens se suicidaient dans les périodes de trouble social. La misère nous maintient en vie quand elle est collective. Nous sommes embarqués dans un drame, et nous voulons savoir comment il se terminera"
   
   Alexander Stirk, étudiant conservateur, est agressé sauvagement au sein de l'université progressiste que dirige M.R. alias "Mudwoman". Il tente ensuite de se suicider. C'est le pire scandale que la faculté ait connu depuis des années et auquel elle doit faire face.
   
   Première présidente d'une grande université, Mudwoman est une femme qui occupe une position professionnelle privilégiée malgré une vie personnelle qui ne la satisfait pas. Son amant (secret) est trop peu présent et son passé remonte à la surface. Derrière cette femme sûre d'elle, se cache en fait une enfance dramatique, dans la mesure où elle a été abandonnée par sa mère dans un champ de boue, jeté comme un détritus. Par miracle, un homme la sauve de là et elle sera recueillie, puis adoptée par une famille d'accueil qui saura s'occuper d'elle, et l'aider à dépasser les difficultés.
   
   Joyce Carol Oates nous offre un magnifique portrait de femme, dont la puissance de la position cache la fragilité d'une personne souvent en proie aux doutes et meurtrie par une enfance tragique. La narration de ce roman est complexe, et j'ai eu un peu de mal à rentrer dedans. Mais il offre une analyse psychologique de qualité, qui nous tient en haleine car la romancière nous fait découvrir la vie de son héroïne par petites touches. On glisse de l'avant au présent tout au long de la narration et son vécu traumatique refait surface au fur et à mesure du récit.
   
   Moi qui ne suis pourtant pas une fan de Joyce Carol Oates et ai souvent du mal à adhérer à ses romans, j'avoue que j'ai vraiment beaucoup aimé ce récit, superbement écrit. J'ai trouvé qu'il était le fruit d'une écrivaine talentueuse, dont il faudrait que je prenne le temps de mieux découvrir l'œuvre. Car la narration complexe rend certes la lecture parfois difficile, mais elle est totalement maitrisée. Et pour beaucoup dans la réussite de ce livre, salué par la critique.
    ↓

critique par Éléonore W.




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Pas très crédible
Note :

   Mudwoman est un surnom ironique, pour une femme ayant connu un destin hors norme. Chaque titre de chapitre reprend ce surnom (Mudgirl pour l’enfance et adolescence) suivi d’un fait particulier "Mudgirl sauvée par le Roi des Corbeaux" ; "Mudwoman fait une découverte"…
   
   Ces entrées en matière font penser à un roman feuilleton, dans lequel l’héroïne se livrerait à certaines prouesses, vivrait des aventures exceptionnelles, ou encore à certains récits réservés aux enfants.
   
   En fait si l’histoire de "Mudwoman" est par certains côtés extraordinaire, elle est aussi désolante et semée d’échecs, et se déroule tantôt dans un imaginaire horrifique qu’il lui plaît de reconstituer, tantôt dans une enfance fangeuse, tantôt dans le monde de tous les jours, rationnel et pas moins impitoyable.
   
   Maltraitée par une mère aliénée, qui cherche à la noyer dans un marécage (elle converse avec Dieu et lui dit "Je Te la rends" en jetant la gamine dans la boue) la fillette est sauvée tout de même. Comme dans la Bible, Isaac ne fut pas sacrifié, physiquement en tout cas.
   
   Comme dans bien des légendes, les êtres humains sont nés de la boue (on dit aussi le limon), la petite Jedina subit une deuxième naissance ; elle se renomme elle-même Jewell (c’est le nom de sa sœur qu'elle espère mieux traitée... et puis Jewell fait signe à Jewel, objet précieux).
   
   Elle deviendra pour l’état civil "Meredith Ruth Neukirchen". Le couple qui l’a adoptée, lui garantit une existence à l’abri du besoin et lui donne de l’affection. Mais Meredith découvre qu’elle ne fait que compenser la perte de leur enfant morte quelques années auparavant, et qu'il est interdit de parler du passé. "C'est Dieu qui t'a donnée à nous" lui répète sa mère adoptive.
   
   De fil en aiguille, l’héroïne est devenue M.R. Neukirchen, enseignante dans l'enseignement supérieur, puis présidente d’une grande université. Dieu est absent à présent... Nous voilà en 2002, et elle doit prononcer son discours d’inauguration, mais au même moment elle se sent attirée par cette rivière marécageuse où se fit autrefois son terrible baptême, et s’égare dans ces contrées aux paysages tout de même magnifiques. Chaque fois qu’une responsabilité lui incombe concernant ses nouvelles fonctions, elle retourne à son enfance, se voit couverte de boue, recherche des vestiges du passé, ou s’invente une aventure incroyable, par le biais du rêve. Le lecteur a envie de croire à certaine de ces aventures (par exemple Mudwoman In extremis, digne d’un fabuleux thriller). Si seulement cet épisode avait vraiment eu lieu!
   
   En fait Mudwoman rêve d'agression et de viol (le thème est omniprésent dans tous les romans de Oates...) et dans la vie, elle cherche à se trouver en mauvaise posture.
   
   L’idée de l’auteur, est visiblement de jongler entre le mythe, le roman de formation, et la critique sociale (concernant les infâmes collègues de travail de MR, conservateurs, misogynes, négationnistes, et la situation troublée des USA sur fond de guerre d’Irak). Tout cela est très bien conçu… pourtant je n’ai pas tellement aimé le roman et j'ai même failli le lâcher plusieurs fois.
   
   L’enfance et l’adolescence m’ont plu, ainsi que certaines des divagations de l’héroïne, les descriptions de paysage, son mal-être dans une certaine mesure, mais je n’arrive pas à croire à Mudwoman présidente d’université, cela semble plaqué sur le reste. Je ne crois pas non plus à sa vie sentimentale avec un astronome amant secret, ces évocations m’ont irritée au plus haut point. On ne croit même pas à Mudwoman diplômée de philosophie, malgré, (surtout) la présence de quelques citations et réflexions sans grande portée.
   
   Il y a dans le roman trop de répétitions (de propos peu intéressants pour l'histoire) et les monologues de Mudwoman sont souvent très affectés, les artifices employés par l'auteur ne me semblent pas convenir aux situations. Donc, ce qu'il y a de bon dans le récit est gâté par un certain maniérisme.
   
   Il me semble que ce roman est un peu surestimé par la critique.
   
   Je n'avais pas non plus tellement aimé "Petit oiseau du ciel" pour d'autres raisons, et je ne pense la lire une nouvelle fois cette année.

critique par Jehanne




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