Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Féérie générale de Emmanuelle Pireyre

Emmanuelle Pireyre
  Féérie générale

Emmanuelle Pireyre est une écrivaine et poétesse française née en 1969.

Féérie générale - Emmanuelle Pireyre

Prix Medicis 2012
Note :

   Ne vous y trompez pas : derrière ce titre charmant se cache une critique féroce du joyeux bordel ambiant qu’est devenu notre monde moderne. Avec une sacrée dose d’humour et une langue volontairement très moderne qui ne s’embarrasse pas de superflu pour au contraire foncer droit au but, Emmanuelle Pireyre s’attaque aux idées reçues, aux clichés encombrants et multiples qui finissent, sans que l’on s’en rende compte, par former la poisseuse doxa de notre civilisation.
   
   Lire cet ouvrage franchement déjanté, c’est un peu comme contempler certaines créations d’art contemporain : on s’interroge, se demande parfois où l’artiste veut en venir. On peut y entrer ou en fuir, en sourire ou adorer. Il y a toutes les chances pour que cette collection de réactions soit celle de tout lecteur face à un texte assez foutraque mais qui poursuit un but assez clair.
   
   C’est en observant notre monde, en rassemblant des monceaux d’articles de presse, de vidéos, de séquences radio que produit quotidiennement notre société qu’Emmanuelle Pireyre a puisé son inspiration. Il en résulte sept textes aux titres en forme de pieds de nez carrément provocateurs (ex : "Comment laisser flotter les fillettes?", "Comment faire le lit de l’homme non schizoïde et non aliéné?", "Friedrich Nietzsche est-il Halal ," etc…) où l’auteur utilise une technique de collage de clichés et une bonne dose d’intelligence pour faire ressortir les angoisses d’un monde dont on sent bien qu’il est en pleine dérive.
   
   On y voit une fillette de neuf ans se lancer dans la peinture monothématique équestre pour renoncer au trading devenu sous-culture dominante précipitant le monde dans la crise des sub-primes et l’effondrement de nations entières ; un universitaire suédois pratiquer le tourisme sexuel en France et devenir un hacker averti pour lutter contre un monde trop capitaliste ; une jeune musulmane pratiquant le violoncelle donner des conseils sur internet à ses coreligionnaires sur la façon de s’habiller et de se comporter pour ne citer que quelques exemples parmi une infinité d’autres.
   
   Tout cela est composé comme de faux articles de presse, des conversations de tchat internet, d’échanges de SMS qui sont devenus le terreau du monde actuel qui déverse des tombereaux d’ineptie, contribuant à renforcer le sentiment général d’une sous-culture populaire qui ne prend plus du tout le temps de la réflexion d’autant qu’elle n’y est plus formée. C’est impertinent, réjouissant, un peu lassant aussi parfois. En tous cas, définitivement extrêmement original et aussi salutaire qu’un avertissement retentissant sortant du chaos général.
   ↓

critique par Cetalir




* * *



Tutti frutti et méli-mélo
Note :

   Ce livre qui a reçu le prix Médicis 2012 porte, peut-être abusivement, l'appellation de “roman”. Il est en effet curieux de qualifier de roman un ensemble de textes, disparates, sans fil narratif. Il ne s'agit pas non plus d'un essai mais d'une fantaisie constituée de fragments sans lien visible les uns avec les autres. Simplement, malgré le titre accrocheur, on ne retrouvera aucune féerie dans le contenu du “roman”.
   
   Ouvrons le livre : une table des matières annonce une joyeuse liste de titres de chapitres ; ils disent bien le biscornu et l'incongru susceptibles d'appâter un lecteur hurluberlu : "Comment planter sa fourchette?", "Comment habiter le paramilitaire?", " Le tourisme est-il un danger pour nos filles faciles?", "Friedrich Nietzsche est-il halal?", etc. Le joyeux drille qui s'aventure salive déjà ; sa joie de lire repart à fond, page suivante, à l'introduction du premier texte, en énumérant les acteurs comme au théâtre :  "Roxane, Cheval, Mirem et Malcolm, Claude Lévi-Strauss, Umberto Eco, les quatre fillettes de Tokyo, le futur mangaka, population japonaise". Dispositif semblable pour aborder les textes suivants.
   
   Ensuite? Eh bien c'est un pot pourri de divers aspects de la société d'aujourd'hui, présentés avec un regard décalé qui pourra enthousiasmer certains lecteurs et en exaspérer d'autres.
   
   Au hasard : des écoliers qui lisent le “Financial Times”, un portrait d'otaku nippon, une équipe municipale au restaurant chinois, Tolstoï encore inconnu visitant une école, le pingouin rêvé par l'inventeur de Linux, un gourou du “storytelling”, une présentation powerpoint qui foire, Béatrice Dalle usant d'une fourchette dans “37°2 le matin”, une maison écologique habitée par une femme qui est tombée par la fenêtre et fait la promotion des toilettes sèches, la crise des prêts immobiliers qui fait que "le bonheur est has been", et enfin des traders qui par instant perçoivent la vie réelle.
   Ce kaléidoscope de pastiches ou de collages de discours rappelle à plusieurs moments les créations de Jean-Charles Masséra dans “A cauchemar is born” ou “United Emmerdements of New Order”, mais en moins réussi! Exemple : "La transformation de la ville européenne aura lieu en douceur, avec la réhabilitation en douceur des friches industrielles. Au fur et à mesure que le monde économique, financier et paramilitaire se découvre de nouveaux objectifs, qu'il dématérialise ses activités ou les délocalise vers d'autres pays, il abandonne les bâtiments qui ne correspondent plus à ses nouvelles ambitions. Aussi nous, les habitants, suivons le mouvement ; nous suivons avec un léger délai, découvrant comme une aubaine ces vastes bâtiments vides, ces casernes désaffectées, ces ateliers de peinture pour voitures, petites usines, hangars de matériaux. Nous les habitants, nous nous promenons, furetons dans la ville…"
   
   Les plus romantiques trouveront des considérations sur les baisers de cinéma et verront Marion Cotillard se faire maquiller pour jouer Édith Piaf.
   
   Peut-être fallait-il éclater de rire? Personnellement je n'ai pas ri du tout. J'ai été intrigué, parfois un peu amusé, et plus souvent ennuyé. Voilà, ça reste une curiosité.

critique par Mapero




* * *