Lecture / Ecriture
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Je ne retrouve personne de Arnaud Cathrine

Arnaud Cathrine
  Les yeux secs
  Sweet home
  Frère animal
  Les vies de Luka
  Le journal intime de Benjamin Lorca
  La route de Midland
  Je ne retrouve personne
  La disparition de Richard Taylor
  A la place du cœur

Arnaud Cathrine est un écrivain français né en 1973.

Je ne retrouve personne - Arnaud Cathrine

Et moi, je ne trouve pas l’intérêt
Note :

   Rentrée littéraire 2013
   
   
   Ce qui frappe en tout premier lieu quand on commence ce livre, c'est que l'auteur ait pu à ce point monter la même histoire que celle des Lisières d'Olivier Adam! Cette reprise d'à peu près les mêmes personnages, dans à peu près les mêmes situations, ça m'a estomaquée. Mais bon, le Nouvel Observateur ne signale pas de plagiat, alors passons, d'autant que le traitement est très différent. Autant O. Adam avait su aller de son expérience personnelle vers une peinture et une analyse sociale très intéressante des trentenaires de notre société actuelle, autant A. Cathrine n'est allé vers rien et s'est au contraire recroquevillé sur la contemplation de ses problèmes personnels qu'il est le seul à trouver graves ou même importants. Non, je n'ai pas dit "nombril". J'ai fait le pari de terminer ce commentaire de lecture sans utiliser le mot "nombril". Comment ça, raté?
   
   Bref.
   
   D'abord, pour qu'on comprenne bien qu'il n'y a rien en vue de plus important que les états d'âme du personnage principal (un écrivain, oui) et qu'on ne risque pas gaspiller notre compassion pour autre chose, il n'y a ni maladie, ni décès des parents. Ils vont bien. Très bien. Ils sont même un peu casse-pieds. Ils se sont retirés sur Nice pour bien profiter d'une retraite aisée et donc, il faut vendre la maison front de mer en Normandie. Le fils ainé étant très occupé à faire des films, on y envoie donc le benjamin juste très occupé à écrire des livres. Enfin c'est surtout le fils ainé qui organise ça comme cela car il est très méchant et a toujours profité de la gentille faiblesse de son benjamin qui se retrouve donc astreint... mais non, pas à bosser en usine, mais à recevoir l'agent immobilier dans les environs de Deauville. C'est très dur pour lui. Déjà qu'il était dépressif chronique et levait facilement le coude, le voilà tout naturellement conduit à vider la cave paternelle, le pauvre. Et puis, il réfléchit à sa triste existence et se reconnaît une faiblesse constante de caractère dont son entourage (et surtout son vilain frère) abuse depuis toujours. Mais il n'en rougit pas le moins du monde, ce qui m’amène à me demander depuis quand la faiblesse a cessé d'être un défaut sans que j'en sois avertie. Il évoque ses livres précédents, pour lesquels il n'a pas songé à inventer une fiction mais où il a décrit les vies intimes de son entourage (moi, j'ai toujours trouvé cela très fâcheux, mais non, il paraît que j'ai tort, c'est normal). Finalement, l'écrivain (qui ressemble tellement à l'auteur) reconnaît que cette interruption de la promo de son dernier livre pour cause de maison à vendre, tombe plutôt pas mal car "Ce livre. J'aurais très bien pu ne pas l'écrire. (…) je sais que c'est un livre inutile"
   Là, je me suis dit "Là, quand même, il se rend compte." Mais non, c'est moi qui ne me rendais pas compte. D'abord, il s'agit du précédent livre, pas de celui sur lequel je suis en train de peiner et ensuite, après ce constat, il s'en prend à son éditeur qui l'a laissé le publier, parce que, bien sûr, ça ne peut pas vraiment être de sa faute à lui. Depuis quand serait-il responsable de quelque chose? Je vous demande un peu. On continue donc la contemplation non critique de son no existence difficile et éthylique, et pour conclure, il nous annonce
   "J'ai écrit. Au départ, il s'agissait de simples notes, griffonnées, lapidaires. Un peu tous les jours. Et puis j'ai commencé à les mettre au propre, à les reprendre. Au final, je crois que j'ai écrit un livre."
   et c'est celui-là que nous sommes en train de lire. Alors, mauvaise nouvelle : non! Je suis catégorique, un livre, ce n'est pas cela. Pas cette espèce de journal intime hyper auto-complaisant, tourné uniquement vers soi sans désir de s'améliorer, sans esprit critique, ne prenant jamais aucun envol, sans regard sur quoi que ce soit d'autre et tout entièrement rempli de ces petites choses du quotidien strictement sans aucun intérêt.
   "En fin de matinée, j'ai pris le bus pour Deauville. J'ai fait le tour de la place Morny, flâné rue Eugène Colas en direction du casino. Ma mère avait coutume de nous emmener au Printemps pour nous "habiller"
   etc. etc. il y en a des pages, tout l'itinéraire avec le nom des rues, comme vous le voyez, passionnant.
   "J'ai déjeuné sur la place du marché. Terrasse au soleil. Température étonnamment douce. Ôté écharpe et blouson. Deux femmes se sont installées à une table voisine"
   … Retravaillé, on vous dit.
    Et je ne trouve pas intéressant non plus d'apprendre le détail des chicaneries fraternelles qui n'ont jamais évolué vers une quelconque maturité. Moi, je préfère les histoires d'adultes, tout comme je préfère que les gens aient un peu d’exigence envers eux-mêmes. Bien sûr, je ne parle pas d'Arnaud Cathrine, mais de son personnage.

critique par Sibylline




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