Lecture / Ecriture
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Comme les amours de Javier Marias

Javier Marias
  Demain dans la bataille pense à moi
  Le roman d'Oxford
  L'homme sentimental
  Un cœur si blanc
  Comme les amours
  Ton visage demain (1) Fièvre et lance
  Ton visage demain (2) Danse et rêve
  Littérature et fantôme

Javier Marías Franco est un écrivain et éditeur espagnol, né à Madrid en 1951.

Comme les amours - Javier Marias

Parlez-moi d'amour !
Note :

   Rentrée littéraire 2013
   
   
   Titre original : Los enamoramientos
   
   Un roman repéré dans les listes de la rentrée littéraire, et hop, emprunté, et hop, lu. J'aime Javier Marias, son étudiant d'Oxford, son univers, bref, ce billet ne sera pas objectif.
   
   Madrid, de nos jours. Maria est éditrice (de courts passages hilarants sur "ses" auteurs, j'en redemanderais, mais le propos du livre était ailleurs) et prend son petit déjeuner dans une cafeteria où elle observe un couple tellement remarquable qu'elle le nomme le Couple Parfait. Jusqu'au jour où elle ne le voit plus et apprend que Miguel, le mari, a été assassiné par un déséquilibré. Plusieurs mois plus tard, elle se présente à Luisa, la veuve, encore sous le choc, qui lui parle sans contrainte de sa douleur. Chez elle, Luisa fait connaissance de Javier Diaz-Varela, et leur relation deviendra intime, même si l'intérêt de Javier pour Luisa ne lui laisse guère d'espoir.
   
   Comme je n'avais pas lu la quatrième de couverture (en gros la même que le résumé précédent), je me suis laissée happer par cette prose si fluide, où se mêlent harmonieusement descriptions, pensées, dialogues réels ou imaginaires, pensées et réflexions des personnages. Sans savoir où Javier Marias allait mener son lecteur (quel bonheur!) j'ai découvert en prime une étude du Colonel Chabert et des Trois Mousquetaires vus sous l'angle des morts qui feraient mieux de ne pas revenir...
   
   Javier Marias, dont j'ai déjà lu deux romans, a bien sûr son talent personnel, mais pour expliquer le plaisir que j'ai eu à découvrir ces Enamoramientos, je pourrais évoquer Zweig pour l'histoire impossible à lâcher filant dans des directions inattendues, et pour les fines réflexions psychologiques. Ainsi que Proust quand il digresse sur le ressenti de Maria étendu à tout être, particulièrement les femmes, décortiquant le fonctionnement profond de chacun, au point que comme pour Proust je devais m'exclamer "oh que c'est bien vu, que c'est cependant original!".
   
   "Il est un autre inconvénient à pâtir d'un malheur : pour qui l'éprouve, ses effets durent beaucoup plus que ne dure la patience des êtres disposés à l'écouter et à l'accompagner, l'inconditionnalité qui se teinte de monotonie ne résiste guère. Et ainsi, tôt ou tard, la personne triste reste seule alors qu'elle n'a pas encore terminé son deuil ou qu'on ne la laisse plus parler de ce qui est encore son seul monde, parce que ce monde d'angoisse finit par être insupportable et qu'il fait fuir. Elle s'aperçoit que pour autrui n'importe quel malheur a sa date de péremption sociale, que personne n'est fait pour contempler la peine, que ce spectacle n'est tolérable que durant un bref laps de temps, tandis qu'il porte en lui déchirement et commotion et une certaine possibilité d'agir en protagonistes pour ceux qui regardent et assistent, et qui se sentent indispensables, sauveurs, utiles. Mais en constatant que rien ne change et que la personne affectée n'avance ni n'émerge, ils se sentent superflus et dévalorisés, en sont presque offensés et s'en éloignent."
   

   Alors Marias, ça passe ou ça casse, j'en conviens; mais franchement j'en redemande!
    ↓

critique par Keisha




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Amours et conséquences
Note :

   Maria, en narratrice, observe tous les matins au petit déjeuner dans un bar de Madrid "le couple parfait", elle et lui, fantasme pour la femme seule qu'elle est. Puis vient le jour où les amoureux ne se pointent pas. Le mari, Miguel Deverne, a été sauvagement assassiné de nombreux coups de couteaux par un déséquilibré. Vient encore le jour où Maria aborde Luisa la veuve qui la reçoit chez elle. Elle rencontre alors Diaz-Varela l'ami du couple, le meilleur ami de l'assassiné. Ces deux entament alors une liaison... Bien que Maria se rende compte assez vite qu'elle n'est qu'une passade pour le charmant Diaz-Varela.
   
   Thèmes centraux : l'amour et la mort. Narratrice digressant ou personnages dialoguant, Javier Marias traite du sujet en profondeur. Jusqu'où peut-on aller par amour? Comment se construit le sentiment amoureux et pourquoi avec telle personne? Comment évolue le sentiment quand la mort s'en mêle? Pourquoi telle évolution dans le sentiment amoureux?
   
   "Ce qui est très rare, c'est d'éprouver de la faiblesse, une véritable faiblesse pour une personne, et qu'elle l'engendre chez nous, qu'elle nous rende faibles." P 286

   
   Des parties éclairantes traitent de littérature, prenant appui sur ce qui a déjà été écrit pour mieux illustrer. Notamment par le colonel Chabert ou les trois mousquetaires.
   "Ce qui lui arrive est secondaire. C'est un roman, et ce qui se passe dans les romans n'a pas d'importance et on l'oublie, une fois qu'ils sont finis. Ce sont les possibilités et les idées qu'ils nous inoculent et nous apportent à travers leurs cas imaginaires qui sont intéressantes, on s'en souvient plus nettement que des événements réels et on en tient compte." P 154

   
   Le livre est un mélange d'intrigue et de digressions. Comme si l'histoire qui nous est contée, aux rebondissements intéressants, n'était que le prétexte à un essai sur l'amour. L'intrigue d'ailleurs est bien menée. Mais lentement. Il faudra donc se montrer patient si l'on aime l'action... Les situations se limitent à quelques-unes, prétextes au développement de pensées...
   
   Le livre est maîtrisé, intéressant, bien que parfois répétitif... Un auteur à découvrir...

critique par OB1




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