Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Faber Le destructeur de Tristan Garcia

Tristan Garcia
  La meilleure part des hommes
  Faber Le destructeur
  7

Tristan Garcia est un écrivain français né en 1981.

Faber Le destructeur - Tristan Garcia

Palpitant et troublant
Note :

   Rentrée littéraire 2013
   
   
   Basile, Madeleine et Faber sont inséparables depuis l'école primaire, depuis le jour où Faber a pris sous sa coupe et sa protection ces deux jeunes enfants, rejetés par les autres : Madeleine parce que c'est un garçon manqué, Basile parce qu'il a tout de la tête de turc. Mais Mehdi Faber, jeune maghrébin orphelin adopté par deux retraités, a horreur de l'injustice et grâce à lui, ils vont pouvoir vivre une enfance sans brimade. Alors Faber est devenu leur idéal, un être providentiel avec qui ils nouent des relations profondes et indélébiles.
   
   Pourtant, quand ils le retrouvent à l'âge adulte , après l'avoir perdu de vue pendant 10 ans, Faber n'est plus que l'ombre de lui-même, et n'a rien du leader charismatique qu'il était enfant et adolescent. Il est devenu une loque humaine, un paumé, que Madeleine a bien du mal à reconnaitre. Il végète dans un petit village de campagne alors que Basile est devenu professeur de français et Madeleine pharmacienne dans le village de Mornay où ils se sont connus. Qu'est devenu leur idole, ce révolutionnaire fantasque et adulé de tous, enfants comme adultes? Et comment vont-ils pouvoir le réinsérer?
   
   Un roman magnifiquement construit et écrit, ce qui fait qu'on le lit quasi d'une traite, en savourant sa grande richesse symbolique. C'est un livre à plusieurs entrées, à la fois roman psychologique, enquête policière, roman social, mais surtout une histoire d'amitié adolescente et de vengeance.
   
   Palpitant lors de la première partie, j'ai trouvé la seconde plus troublante et gênante. Le portait de Faber, ange déchu et être fantasque, est cependant l'occasion pour Tristan Garcia de nous montrer toute l'étendue de son talent.
   ↓

critique par Éléonore W.




* * *



Fascinations
Note :

   Peu aurait fallu pour que je n'adhère pas du tout à ce livre, mais peu aussi pour que je le trouve brillant... Cette histoire prend des risques. Notamment celui de déplaire. Je suis donc extrêmement partagé...
   
   C'est l'histoire de Faber qui a fasciné Madeleine et Basile durant leur enfance puis leur adolescence jusqu'à leur âge adulte où la fascination évolue en obsession.
   
   C'est aussi le thème de la fascination de l'auteur pour ses personnages.
   
   Pourtant, découvrant Faber, nous lecteurs ne pouvons être fasciné. Il est un adulte déchet, sale et repoussant, vivant de rien dans un endroit reculé non loin de Toulouse. Étonnamment aidé par deux vieilles personnes, nous commençons à constater l'ascendant qu'il sait prendre sur les autres. Madeleine, son amie d'enfance, vient le chercher parce qu'elle a reçu le message codé, alerte censée signaler l'urgence de la rescousse. Le genre de promesse adolescente exaltée qu'une fois adulte personne ne tient. Dans le cas de Madeleine, si. Elle ramène donc Faber vers la ville de son jeune âge, Mornay (j'imagine que ce nom n'est pas choisi par hasard...), ville moyenne imaginée par l'auteur, ressemblant en tout point à la plupart des villes françaises.
   
   Premier retour en arrière, direction l'enfance du trio principal. Nous découvrons alors l'origine amicale du lien qui unit Madeleine, Faber et Basile. Par de courts chapitres, successivement narré par l'un ou l'autre membre du trio, nous comprenons le pourquoi de l'envie irrépressible d'aider ce Faber adulte plus que repoussant... Basile était souffre-douleur de l'idiot costaud de la classe, Faber, par une intelligence et un aplomb sans limite l'a libéré dès son arrivée dans l'école. Madeleine était rejetée par les autres, il l'a tout de suite protégée. Bonne entrée en matière pour une amitié solide dans le futur, une amitié qui devient vite fascination. Car l'histoire de ce Faber n'est pas simple... Orphelin, recueilli par un couple âgé, endeuillé par la mort de leur fille par overdose, Faber est sans véritable limites. Pourtant, il est brillant à l'école, sait faire preuve d'amitié, les aide et les considère. Mais nous n'avons que le point de vue de ses amis d'enfance... Les premiers signes d'un déséquilibre apparaissent.
   
   Retour alors vers le présent d'un Faber qui retrouve ses connaissances en adulte. Basile est devenu professeur de français au collège de leur enfance, Madeleine pharmacienne. Mariés chacun de leur côté, ce fantôme du passé vient perturber leur vie adulte. D'autant plus que Madeleine en était évidemment amoureuse... Les questions existentielles se bousculent...
    "- Une solution pour quoi?
   Elle retenait longtemps la fumée avant de la souffler en légers motifs, brodés comme de la dentelle. Elle avait l'air d'une femme.
   Pour ne pas avoir une vie de cons.
   Je lui ai répondu tristement : J'ai essayé, ça ne marche pas." P 212

   
   Apparaissent alors de nouveaux personnages, dont les liens avec Faber seront évoqués dans un second retour en arrière évoquant l'adolescence, les combats politiques, les amours de jeunesse de ce héros promis à un avenir brillant et devenu ce que l'on sait.
   
   Les points de vue successifs sont bien amenés et un quatrième point de vue, dont je ne dirai rien, fera son apparition pour terminer le roman. Le livre est à la fois l'histoire d'une amitié, d'une génération, d'une certaine urbanité, mais également elle se veut une intrigue à suspense (des lettres mystérieuses, une vengeance venue du passé...) ainsi qu'une réflexion sur la fiction. Je n'ai pas trouvé très crédible l'intriguant. Les personnages font le grand écart en permanence. J'ai plus apprécié la façon dont est décrite la fascination que provoque Faber. Le style est simple, tend vers l'efficace, un peu trop à mon goût.
   
   Un livre que je conseille de lire pour égoïstement lire votre avis...

critique par OB1




* * *