Lecture / Ecriture
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La piste des sortilèges de Gary Victor

Gary Victor
  Le sang et la mer
  Maudite éducation
  Je sais quand Dieu vient se promener dans mon jardin
  La piste des sortilèges

Gary VICTOR, né le 9 juillet 1958 à Port-au-Prince, est un écrivain, scénariste haïtien. Après des études d'agronomie, il a exercé le métier de journaliste et de rédacteur en chef au quotidien 'Le Matin'. Il est également scénariste pour la radio, le cinéma et la télévision.

La piste des sortilèges - Gary Victor

Un très joyeux mélange
Note :

   Rentrée littéraire 2013
   
   
   Sonson Pipirit part à la recherche de son ami Persée Persifal qui erre sur la Piste, dans un monde entre le visible et l'invisible, entre la terre et le paradis, ce que nous appellerions le purgatoire. Persée est-il mort? Sonson Pipirit ne le croit pas et il veut le ramener coûte que coûte sur terre en convaincant ou défiant dieux, morts-vivants ou tentatrices.
   
   Il est difficile de résumer ce roman dense. C'est une épopée formidable, une quête initiatique dans laquelle Gary Victor se fait un plaisir de mêler la religion, la philosophie, la vie, la mort, la fidélité en amitié, la politique, l'amour, l'état de son pays Haïti de ses débuts à nos jours, ... Il y a une foultitude de personnages, des vivants, des morts, des divinités vaudou qui fort heureusement apparaissent les uns après les autres si bien qu'on ne s'y perd pas. Récit extrêmement maîtrisé qui se laisse suivre très aisément même lorsque comme moi, on n'est pas féru du genre fantastique. Certes, on peut se perdre facilement dans les traditions et la religion vaudou, mais G. Victor a eu l'intelligence de mettre en fin de volume d'une part un glossaire et d'autre part une liste des personnages intervenants, tous les deux bienvenus.
   
   Ce roman est long (581 pages dans sa version poche) mais jamais ennuyeux. La meilleure preuve est que parfois, je voulais passer vite tel ou tel passage mais qu'à chaque fois j'en étais empêché, attiré par le texte, les aventures de Sonson et les histoires annexes. Car si Sonson avance sur la Piste : "La Piste, c'est le purgatoire, la longue route où les mécréants doivent se dépouiller de leur peau d'homme pêcheur. La Piste, c'est le purgatoire avec une porte de sortie, une porte qui ne s'ouvre que sur l'enfer. La Piste, c'est la gomme qui efface tout, qui réduit l'âme à sa plus simple expression. La Piste, mon fils, c'est la punition suprême." (p.543), comme la définit Bawon Samedi (esprit gardien des cimetières dans le vaudou), il doit passer des épreuves, raconter des histoires et en écouter. Lui, raconte des bribes de la vie de Persée, tentant de justifier qu'il est un Juste et qu'il doit donc revenir sur terre, et il doit écouter les vies de ceux qui sont bloqués sur la Piste, certains avec des peines lourdes. C'est dans ces apartés que Gary Victor raconte son pays, depuis le temps des colonies lorsque les blancs contrôlaient tout jusqu'à la période plus proche de nous avec son Président Éternel et ses tristement célèbres tontons macoutes. Il y est aussi beaucoup question de religion, comment lentement, mais sûrement la religion catholique a supplanté le culte vaudou. Gary n'épargne ni les tenants de l'une ni ceux de l'autre ni même les dieux de la religion vaudou, les Iwa, mécontents des conversions des Haïtiens à une religion monothéiste auxquels ils cherchent à nuire et dont ils veulent récupérer les âmes. Beaucoup de questionnements sur la vie et la mort, sur l'amour, sur ce que l'on appelle maintenant la résilience. L'amour physique est abordé aussi de manière parfois brutale (il me faut préciser ici que Sonson Pipirit est muni d'un "énorme sexe que se disputent les filles des hommes et des dieux" (4ème de couverture), mais surtout de manière assez romantique, car Sonson est certes un homme qui aime le plaisir charnel, mais il respecte avant tout la femme avec laquelle il copule.
   
   Un roman d'aventure moderne, haïtien, truculent, empreint des rites et traditions haïtiens, qui lorgne également vers la mythologie, les contes, les récits d'aventures de tout ordre, les romans initiatiques, la critique sociale et/ou politique. Un très joyeux mélange, formidablement mené, totalement maîtrisé, qui ne m'a pas laissé une seule seconde de répit qui m'a envoûté moi aussi au point de ne pouvoir aller plus vite que le rythme imposé par l'auteur, "le tout servi par une langue drue, baroque et inouïe." (4ème de couverture).

critique par Yv




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