Lecture / Ecriture
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Le diable au corps de Raymond Radiguet

Raymond Radiguet
  Le diable au corps
  Le bal du Comte d'Orgel

Le diable au corps - Raymond Radiguet

Diablement beau
Note :

   Lisez-le si ce n'est fait et que Dieu nous garde d'être des amants du même cynisme que celui décrit par Radiguet!
   
   C’est la passion qui est disséquée ici, la passion, celle qui ravage et extermine.
    “Mes transes me faisaient prendre notre amour pour un amour exceptionnel. Nous croyons être les premiers à ressentir certains troubles, ne sachant pas que l’amour est comme la poésie, et que tous les amants, même les plus médiocres, s’imaginent qu’ils innovent.”
    “ L’amour, qui est égoïsme à deux, sacrifie tout à soi, et vit de mensonges.”
   
   
En fait c’est d’une relativement banale histoire d’amour qu’il s’agit. Un jeune homme, vraiment jeune, seize ans, tombe raide amoureux d’une jeune femme de quatre ans son aînée, Marthe, fiancée à Jacques, un soldat qui part combattre au front. Raymond Radiguet nous fait vivre la montée en puissance de l’amour réciproque, impossible et pourtant inendiguable, qui s’empare des deux jeunes gens.
   
   Le plus étonnant est que cette oeuvre magnifique a été écrite à moins de vint ans ! Ca parait impensable. Ecriture nerveuse et nourrie de l’ivresse de l’amour, de ce sentiment que tout est permis, qu’on est invulnérable.
   
   Comme toutes les histoires de passion … comme toutes les histoires d’amour, il n’y a pas égalité de traitement, il n’y a pas d’issue. Là, en tout cas, il n’y en avait pas.
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critique par Tistou




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Pendant les combats les amours continuent
Note :

   L'histoire se passe sur les bords de Marne, durant la Grande Guerre, côté civil. Le héros, un adolescent très intelligent, bien fait de sa personne et à la morgue inégalable, profite (honteusement, diront certains) de ces quatre ans de "vacances" pour découvrir, au sortir d'un ennui profond, l'amour et la vie. Il fait ainsi la connaissance de Marthe, jeune et jolie bourgeoise, de trois ans son aînée, et mariée à un officier parti au front. Très vite, une idylle aussi passionnée qu'immorale s'installe entre eux, et peu à peu le scandale s'étend: leurs amis respectifs, sur les conseils de leur entourage, cessent de les fréquenter, les voisins ne les saluent plus, leurs familles commencent à avoir des soupçons, même Jacques, le mari cocufié, s'étonne de l'attitude glaciale de sa femme à son égard... Mais rien ne peut séparer ces deux amants "libertins" qui ont, comme on dit, le "diable au corps", surtout pas cette annonce imprévue qui va bousculer leur jeunesse et leur vie: Marthe est enceinte...
   
    Roman sulfureux à l'époque de sa parution, "Le diable au corps" a beaucoup perdu de son côté licencieux, mais il n'en demeure pas moins une véritable attaque contre le sacro-saint statut des poilus, si bien défendu par Dorgelès. Car le choix du métier de Jacques n'est pas anodin: la liaison de Marthe et du héros est d'autant plus scandaleuse qu'elle ridiculise un homme parti se battre pour sauver sa patrie... Assez proche du "Grand Meaulnes" pour le thème du roman d'apprentissage (ce dernier se faisant par une femme plus âgée, comme ce fut souvent le cas chez Stendhal ou Rousseau, pour ne citer qu'eux), il s'en distingue toutefois par le ton de confession, tout en lucidité et en sincérité, employé par le narrateur, à tel point que certains y ont vu une autobiographie de Radiguet lui-même. En effet, le héros analyse avec une grande finesse ses sentiments pour Marthe et pour sa famille, mais aussi ses réactions, ses pensées et ses paroles, nous exposant avec une franchise désarmante son égoïsme qui le pousse par exemple, dans une scène rappelant "Les liaisons dangereuses", à dicter à Marthe une lettre d'amour pour Jacques, qu'il prendrait presque en pitié.
   
   Le style est parfois un peu lourd, accumulant à chaque page des participes présents à valeur causale, qui rappellent les rédactions d'un collégien, mais la justesse de l'expression des sentiments rattrape ces maladresses. Les personnages secondaires sont plutôt intéressants mais peut-être pas assez développés (d'autant que le roman compte moins de 150 pages...); on aurait souhaité connaître davantage la psychologie de Jacques, réduit au rang de mari trompé, ou de Mme Grangier, la mère de Marthe, qui devine, la première, la liaison malsaine de sa fille avec le lycéen qu'est le héros. Enfin, le dénouement est un peu trop brusque et assez convenu, même s'il insiste, avec brio, sur la tragédie que fut cette guerre, tant du côté militaire que du côté civil; en somme, il n'y eut que des victimes.

critique par Elizabeth Bennet




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