Lecture / Ecriture
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Confiteor de Jaume Cabré

Jaume Cabré
  Les voix du Pamano
  Confiteor

Jaume Cabré, né à Barcelone en 1947, est diplômé de l'université de Barcelone en philologie castillane et catalane et a été professeur de grammaire. Aujourd'hui, outre les ateliers d'écriture qu'il dirige, il écrit, avec succès, des scénarios pour la télévision catalane. Il vit à Matadepera, à côté de Barcelone. Auteur de plusieurs romans, il a aussi publié un essai sur l'écriture romanesque (El sentit de la ficcio, 1999), deux recueils de nouvelles, deux textes pour enfants et une pièce de théâtre, Pluja sera, primée en 2001 par le Théâtre national de Catalogne.
(Source Éditeur)

Confiteor - Jaume Cabré

Un grand roman
Note :

   Rentrée littéraire 2013
   
   
   Né à Barcelone en 1947, Jaume Cabré, après avoir enseigné, s’est consacré à l’écriture de romans, nouvelles, scénarii. Après trois romans traduits, il nous offre avec Confiteor une fresque monumentale qui mélange les siècles, les histoires sans souci de chronologie s’imbriquant les unes dans les autres, sans rupture de continuité du récit.
   
   Adria Ardévol, déjà âgé, revient sur son enfance dans les années cinquante auprès d’un père autoritaire et féru d’antiquités et une mère soumise aux décisions de son mari. Tiraillé entre la volonté de son père de lui faire apprendre les langues et le désir de sa mère de lui faire poursuivre l’étude du violon, l’enfant grandit solitaire dans une maison silencieuse.
   
   Au cœur du récit, un violon, un Storioni de 1764, que Félix Ardevol tient jalousement enfermé dans son bureau, acheté à un ancien nazi. Passé de main en main, le violon raconte à travers ses différents propriétaires l’histoire de l’humanité, de l’Inquisition à Auschwitz, seule responsable du Mal. Il sera aussi pour Adria, l’instrument qui lui dévoilera au fil des années la véritable nature de son père et l’origine de sa richesse, ses malversations, ses escroqueries, ses vilenies. Toute sa vie, à travers ses écrits, Adria aura tenté de découvrir l’essence du Mal, épaulé par son ami de toujours, Bernat.
   
   Roman polyphonique dans lequel Adria s’adresse à Sara l’amour de sa vie, il n’est qu’une longue confession de culpabilité
   "Naître dans cette famille avait été une erreur impardonnable".
   
   
Un grand roman de cette rentrée.
    ↓

critique par Michelle




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Quel roman !
Note :

   "Ce n'est qu'hier soir, alors que je marchais dans les rues trempées de Vallarca, que j'ai compris que naître dans cette famille avait été une erreur impardonnable"
   
   Le jeune Adria Ardevol vit très seul dans un grand appartement bourgeois, entre deux parents plutôt austères. Ils tiennent une boutique d'antiquités, où l'enfant a l'habitude de se rendre. Son père veut faire de lui un érudit et lui enjoint d'apprendre plusieurs langues étrangères. Certes, le jeune garçon aime étudier mais ce père lui en demande beaucoup trop, voulant faire de lui l'élève le plus brillant de Barcelone. Quant à sa mère, elle rêve que son fils devienne un grand violoniste. Solitaire, le jeune garçon se rend bien compte qu’il a une vie différente des autres, et que lui-même est différent dans sa façon d’être et de penser. Heureusement son amitié avec Bartat vient égayer une vie ennuyeuse, triste, presque sordide, et donne une vraie bouffée d’oxygène à un quotidien bien morne.
   
   Adria, aujourd'hui âgé, revient sur la tragique histoire de sa famille, les ambitions démesurées de ses parents, son enfance, ses découvertes sur l’origine de la fortune familiale, dans une longue confession, comme l’indique le titre de ce sublime roman "Confiteor" qui signifie Confession. Mais c’est aussi l’histoire d’un violon extraordinaire, fabriqué par le luthier Stoviari, que la famille va acquérir. C’est aussi l’histoire de l’Espagne, et également le récit d’une histoire d’amour. Celui que porte Adria à Sarah.
   
   Autant il est difficile d’entrer dans ce roman, qui n’est pas facile d’accès et réservé à des "initiés" (pas question de le lire sur la plage, il demande concentration voire érudition), autant une fois que vous êtes rentré dedans vous ne lâchez plus ce pavé de 750 pages, tout simplement passionnant. Magnifique, il l’est tout comme l’est la première de couverture avec cette formidable photo d’un enfant à la recherche d’un livre en haut d’une étagère devant une bibliothèque. J'ai tout aimé : l'histoire formidablement racontée, les personnages, la recherche de la vérité. Mais le véritable thème de ce roman reste une réflexion sur le mal qui hante l'humanité depuis toujours. Un grand grand livre.
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critique par Éléonore W.




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Eparpillement (s)
Note :

   Au soir de sa vie, vers 2003, à Barcelone, sa ville natale où il réside, Adria confie un manuscrit à son ami Bernat. Ce manuscrit, c’est le récit que nous lisons.
   
   Adria Ardevol y raconte sa vie, celle de son père, et le destin d’un violon de grande valeur, depuis l’homme qui a récolté au 17 ème siècle le bois dont il fut fait, jusqu’à son ultime changement de propriétaire, en passant par les diverses transactions, souvent scélérates voire sanglantes, qui le firent passer de main en main.
   
   Le destin du violon permet de traverser plusieurs périodes de l’histoire, un atelier de luthier, des monastères pendant l’Inquisition, les camps d’Auschwitz et leurs chefs nazis… et, bien sûr la maison familiale des Ardevol …
   
   Adria vécut une enfance plutôt malheureuse, en dépit de son don pour les langues, et des ambitions de ses parents à son égard. Sa mère veut faire de lui un musicien violoniste, son père un érudit. Le couple ne s’entend pas, et n’aime pas l’enfant qui leur rappelle l’échec de leur mariage. Après le décès prématuré de son père, Adria va découvrir que ce tyran domestique, était aussi un délinquant notoire.
   
   Le narrateur s’adresse à Sara, la femme qu’il a toujours aimée, ou à son ami Bernat, et puis glisse de la première à la troisième personne du singulier pour se désigner. De même, il passe sans transition apparente d’un récit à l’autre, son enfance, à la fuite de Jaschiam, bûcheron en Italie du Nord après qu’il eut vengé un acte scélérat, la vie estudiantine de son père à Rome, l’Inquisition, la barbarie nazie, d’autres époques de sa propre vie… parfois, il s’interrompt au cours d’une phrase ou d’un mot, pour revenir à un autre récit, ou, lors d’un dialogue au style direct, les interlocuteurs changent subitement d’identité et de propos, nous entrons dans un autre récit. Cependant, passant d’un récit à l’autre, le narrateur ne change ni de ton, ni de rythme, seul le langage peut changer, mais assez peu. Adria est atteint d’un Alzheimer ce qui doit expliquer qu’il manifeste un certain éparpillement dans son exposé. On doit penser qu’ayant brusquement oublié la suite de ce qu’il veut dire, il se lance dans un autre récit. Bien sûr, les alternances d’un récit à l’autre sont parfaitement orchestrées, et autorisent une lecture variée .
   
   Les récits sont en nombre réduits, il y a pas mal de répétitions comme des leitmotivs, et l’on a tôt fait de se repérer. Si l’on hésite, l’auteur a prévu une nomenclature des personnages principaux et des personnages particuliers de chaque histoire, à la fin du roman.
   
   On sait gré au narrateur de ne pas s’être contenté de raconter sa vie, et d’avoir évoqué plusieurs périodes sombres de l’histoire, grâce au violon qui sert de fil conducteur. Cela donne de l’ampleur au roman ; ou plutôt cela devrait en donner, mais la réussite n’est pas flagrante. Je me suis lassée assez vite, et ai passé un bon nombre de pages, à partir du milieu. Cela est dû au fait que les propos les plus intéressants sont déjà formulés au terme d’à peu près 300 pages, et qu’au-delà, Adria se répète avec monotonie, quelque soit le récit. D’autre part les dialogues au style direct sont interminables, et ne font avancer que très lentement le processus de pensée ou d’action.
   
   Ainsi j'ai bien aimé le climat de l'enfance d'Adria, les personnages fictifs qu'il s'invente pour tenir le coup, ses discussions avec son père à propos de l'intérêt des objets, comment les apprécier sans fétichiser. Le travail du bois, la confection de l'instrument. l'Inquisition, le Franquisme, le nazisme sont des passages obligés.
   
   Les histoires d'amour des récits ont en revanche toutes très ennuyeuses, et toutes les hésitations d'Adria et Bernat sur dois-je ou non continuer telle discipline, suis-je ou non romancier, bon ou mauvais musicien, leurs interminables atermoiements, vraiment pénibles.
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critique par Jehanne




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Il faut le lire - il faut le lire - il faut le lire
Note :

   Ok. Avertissement. Je sens que ce billet sera tout sauf cohérent. Ça vous arrive, vous, de lire une œuvre littéraire et de vous sentir tout petits petits? C'est ce qui m'est arrivé avec ce roman. Il suffit que j'y repense pour être complètement bouleversée, totalement dépassée par ce grand roman. Ce grand, grand roman.
   
   Je pourrais juste dire "Il faut le lire - il faut le lire - il faut le lire" mais je ne serais alors pas considérée comme une blogueuse sérieuse et légitime n'est-ce pas? Je vais donc tenter de rassembler mes pensées et impressions et vous en parler un peu plus.
   
   Je pitche mais je vous avertis, avec mes mots, ça n'a l'air de rien. Ce roman, c'est l'histoire d'Adria. Ou plutôt C'EST Adria. Toute son histoire, telle qu'il la raconte à la fin de sa vie, alors que son esprit s'enfuit et qu'il tente de se raccrocher à ce qui lui reste. C'est sous la forme d'une longue lettre à la femme de sa vie que prend forme cette confession, cet aveu de culpabilité, d'être qui il est, d'être né où il est né. Mais ce n'est pas que ça. C'est aussi l'art, la guerre, l'histoire du mal (qui prend ici plusieurs formes), du pardon, de la rédemption (ou pas) de toutes les manières possibles. Bref, c'est une grande histoire, qui nous balade de siècle en siècle à travers une narration virtuose et parfaitement maîtrisée.
   
   On passe du "je" au "il" et d'une époque à l'autre dans la même phrase, les personnages se superposent, se répondent, peu importe leur siècle d'appartenance, les questionnements sont constants, soulevés de façon subtile (ce n'est pas le bon mot mais bon...) et les réponses ne nous sont pas imposées. Jamais dans ces 780 pages je n'ai eu l'impression de me faire faire la morale. Sous nos yeux défilent des drames, petits ou grands, historiques ou humains, des personnages à la psychologie étudiée, imparfaite, très humains, avec leurs réactions diverses aux événements, avec leurs failles, leurs petitesses. Et leur grandeur parfois, à leur échelle. La possible lourdeur est contrebalancée par un humour qui nous surprend au détour d'une page mais aussi pas une très émouvante histoire d'amitié qui reste malgré tous les malgré du monde. Et par l'amour, toujours l'amour. Qui prend plusieurs formes. Malgré ça, nulle facilité dans ce roman, loin de là.
   
   Lire Confiteor (en plus de passer des heures sur internet pour tout savoir des lieux et de ce qui est évoqué), c'est accepter d'être bouleversé, ému, choqué parfois. C'est en venir à confondre une âme humaine géniale qui s'effrite avec un monastère qui s'efface. C'est de voir l'avenir de l'homme en un violon, C'est se sentir impuissant, sans voix. C'est accepter que parfois, nulle rédemption n'est possible. C'est se sentir emporté par les sentiments, par la fatalité. C'est devoir refermer le livre parce que c'est juste trop. C'est accepter de ne pas tout comprendre tout de suite, de voir la toile se tisser lentement mais sûrement sous nos yeux. C'est se dire, que finalement, l'art est peut-être la seule rédemption possible...
   
   Un roman puissant, génial, une œuvre d'art en soi. Sans blague. Lisez-le!
   
   
   PS: Vous savez comment je râle souvent contre les traductions? Ben celle-là est géniale. En plus, je lève mon chapeau au traducteur, Edmond Raillard (que je prends la peine de nommer) parce qu'un tel texte, une telle narration, ça a dû être disons... quelque chose! Bravo!
    ↓

critique par Karine




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Un coup de cœur, un coup au cœur
Note :

   Si j'aime lire les pavés, en faire un billet et un résumé me semble toujours presque impossible. C'est le cas pour "Confiteor", terminé depuis quelques jours mais dont je relis certains passages plutôt que de rédiger mes impressions... Curieusement plus j'ai aimé, plus c'est difficile et cette confession d'un jeune Catalan surdoué à la fin de sa vie quand il sent la maladie lui ôter la mémoire est un des plus beaux romans lus depuis bien longtemps. L’histoire du violon, la période révélée par le vieux juif m'a fait penser à un autre chef d'œuvre qui m'a terriblement marquée et bouleversée également: "Le choix de Sophie" de William Styron. Rien de commun cependant dans l'histoire des héros de ces récits si ce n'est leur plongée dans le Mal absolu qui aura dominé la deuxième moitié du XXe siècle avec l'enfer des camps d'extermination et le rappel de l'Inquisition et des autres infamies dues aux excès des pouvoirs aussi bien religieux que politiques. Impossible désormais d'oublier ce jeune mais aussi ce très vieil Adrià Ardèvol, son ami Bernat, qui l'aime et l'envie à la fois, le violon Storioni, un des grands moments de sa vie. C'est à Sara, sa femme très aimée mais trahie et disparue avant lui qu'il raconte sa vie de façon décousue, au gré de sa mémoire et de sa concentration, toutes deux vacillantes.
   
   Je me suis parfois perdue dans les récits, les changements de tons, d’âges mais sans jamais ressentir l’envie de m’arrêter grâce au fil d’Ariane savamment tendu entre un souvenir et un autre qui fait que j’ai parcouru avec infiniment de plaisir et de tristesse à la fois cette vie d’un homme si doué dans tous les domaines et si malchanceux pourtant dès les premiers instants de sa naissance, entre un père et une mère mal aimants, chacun rêvant pour lui à des destinées contraires.
   
   Un beau grand livre qui restera parmi mes meilleurs moments de lecture.
   
   
   "Et je me demande aussi pourquoi ils s’étaient mariés, mes parents. Je ne crois pas qu’ils se soient jamais aimés. A la maison, il n’y eut jamais d’amour. Et moi, j’ai été une pure conséquence circonstancielle de leurs vies." (p.41)

critique par Mango




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