Lecture / Ecriture
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Une terre si froide de Adrian McKinty

Adrian McKinty
  Le Fils de la mort
  Une terre si froide
  Dans la rue j'entends les sirènes
  Le fleuve caché

Adrian McKinty est un écrivain irlandais né à Belfast en 1968.

Une terre si froide - Adrian McKinty

L’ère de glace !
Note :

   Après quatre romans avec Michael Forsyth comme personnages principal et nous avoir transporté aux quatre coins du monde, Adrian McKinty revient à sa terre natale. Et avec un nouvel "héros" Sean Duffy pour une trilogie.
   
   Nous sommes en 1981, Carrickfergus, comme le reste de l'Irlande du Nord est à feu et à sang, un second gréviste de la faim vient de mourir déclenchant son lot d'émeutes.
   Une affaire semble pourtant relever du crime de droit commun, un homme est retrouvé mort la main droite coupée et déposée près de lui. C'était un homosexuel, la permissivité sexuelle n'est pas le fort de l'Irlande du Nord. Mais est-ce une raison suffisante? L'affaire se complique, la main retrouvée près du corps n'est pas celle du cadavre, donc il semblerait qu'il y ait deux morts! Le sergent Sean Duffy , un des rares catholiques de la police nord irlandaise est en charge de l'enquête. Et l'Irlande continue de s'embraser!
   
   L'autopsie du cadavre révèle un détail sordide, un morceau de partition musical est découvert dans l'anus de la victime, quelques notes de "La Bohême" de Puccini!
   Puis une seconde victime est découverte, un professeur de musique. Une main coupée posée sur sa poitrine. Lui aussi connu pour son homosexualité.
   
   L'assassin envoie une carte postale au sergent, par défi. Et si ces meurtres étaient l’œuvre du premier tueur en série, non sectaire de l'île? Une femme épouse divorcée d'un républicain et qui avait mystérieusement disparu réapparaît, sous forme de cadavre. Pendue dans un bois.
   
   Et le tueur réclame les gros titres de la presse, sinon la liste des morts va prendre de l'ampleur. Le second mort a aussi sur lui une partition "Orphée aux enfers".
   Et pour la jeune femme, certaines révélations troublent la police. La première victime est identifiée, c'est un membre subalterne de l'I.R.A. Et quand la police veut perquisitionner son appartement c'est trop tard, il a déjà été vidé, et le retour au bercail ne sera pas de tout repos. Certains uniformes sont très mal vus dans les quartiers catholiques.
   
   Ce roman prouve encore une fois que l'argent n'a pas d'odeur, ni de religion et que si la somme est assez importante toutes les compromissions sont possible!
   
   Sean Duffy représente à lui seul les contradictions de l'Irlande du Nord. Il est flic et catholique. Donc très mal vu par sa communauté, un catholique ne peut pas être dans la police, car celle-ci est accusée, souvent à raison d'ailleurs, d'être très partisane. Il n'est pas non plus apprécié par les protestants, pour qui il parait être une espèce de caution d'un monde politique voulant donner le change. La nouvelle volonté politique est "voyez, nous évoluons dans notre recrutement"! Ses études de psychologie et ses connaissance de la façon de penser de la population catholique est un plus. Mais gros inconvénient cela en fait une cible de choix pour l'I.R.A!
   
   Le personnage de Freddie Scavanni semble avoir été inspiré par Freddie "Scap" Scappattici, qui dirigeait la sureté interne de l'IRA mais était en réalité un agent britannique!
   
   On rencontre dans ce roman Gerry Adams, lui même! Et pour faire bonne mesure, Ian Paisley aussi!
   
   La société d'Irlande du Nord de l'époque. Le rôle très ambigu de certains groupes paramilitaires, chantage et extorsion de fonds en échange d'une protection non officielle. La misère et le chômage, les fermetures d'usines ont fait exploser le chômage, Sean Duffy assiste à des distributions de nourritures pas réellement désintéressées! L'envie de départ est très forte et la politique de la Grande-Bretagne est très souvent aberrante et semble uniquement basée sur le court terme. Pour preuve ces quelques lignes :
   «Les Anglais ont toujours excellé à verser de l'huile sur le feu lorsqu'une situation difficile se présentait en Irlande. Que ce soit pendant le soulèvement de Pâques 1916 ou, plus récemment, du Bloody Sunday, durant toute la période de l'Internement aussi, ils ont toujours fourni de formidables outils de propagande pour les mouvements radicaux.»

   
   
   Extraits :
   
   - L'émeute revêt une beauté particulière à présent. Arc de flamme au-dessus des feux d'essence, sous le croissant de lune.
   
   - C'était l'époque de Seamus Heaney*, de Paul Muldoon* et de Ciaran Carson*, et cette université était comme une bougie que l'on brandissait contre l'option contre l'obscurité envahissante.
   
   - Le monde peut partir totalement à vau-l'eau, le mariage royal a lieu dans deux mois et c'est tout ce qui compte.
   
   - Si on veut se faire un nom, c'est à Belfast ou à Derry que l'on doit être.
   
   - Brennan a raison, on ne fait pas dans les tueurs en série en Ulster. Même les bouchers de Shankill avaient eu la décence d'entrer d'abord chez les paramilitaires protestants.
   
   - Emprisonné en 1973 pour appartenance à l'IRA- mais qui ne l'a pas été?
   
   - L'idée généralement répandue chez les protestants est que tous les enfants de chœur catholique ont été violés par le prêtre de la paroisse.
   
   - Je veux dire, pour une fois qu'on a un vrai crime, un crime normal, non sectaire. C'est quand même inhabituel pour la région. Une vraie info.
   
   - Ses amis sont catholiques, nous sommes la police, nous sommes face à un mur.
   
   - Mais nous ne sommes pas une société normale.
   
   - L'Irlande du Nord n'est pas un terreau pour les tueurs en série. En Irlande, si l'on avait envie de tuer, on rejoint les paramilitaires pour assouvir ses penchants sociopathes.
   

   
   Titre original : The Cold Cold Ground. (2012)
   
   * Trois des plus grands poètes irlandais qui furent professeurs ou élèves à l'Université de Belfast. Seamus Heaney fut prix Nobel de littérature. Ciaran Carson eût le gaélique comme première langue.

critique par Eireann Yvon




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