Lecture / Ecriture
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Le corps humain de Paolo Giordano

Paolo Giordano
  La solitude des nombres premiers
  Le corps humain

Paolo Giordano est un écrivain italien né à Turin en 1982.

Le corps humain - Paolo Giordano

La Vallées des Roses, si mal nommée...
Note :

   Rentrée littéraire 2013
   
   
   Une roman qui se déroule en Afghanistan, voilà qui ne semble pas correspondre au titre. On vérifie l'original italien et c'est pourtant çà : “Il corpo umano”, par l'auteur qui a atteint la célébrité et les gros tirages avec “La solitude des nombres premiers”.
   
   D'un côté Giordano nous donne un roman de soldats. Le contingent italien de l'ISAF est positionné dans la province de Gulistan, à savoir la Vallée des Roses — si mal nommée—, à l'ouest du pays. Plus précisément, c'est l'histoire des deux cents et quelques militaires de la base avancée “Ice” vue par les yeux du lieutenant Egitto, médecin militaire fils de médecin hospitalier, qui recourt aux tranquillisants pour mieux supporter, pense-t-on, les risques du métier. Autour d'Egitto, tout un escadron super-équipé passe sa vie dans les tentes ou les blindés, sous le commandement du colonel Ballesio. Autour d'Egitto donc : Camporesi, René, Torsu, Iatri, Cederna, Mitrano, Di Salvo, etc.., dont le lecteur découvre les qualités, les défauts, ou les marottes. Mais c'est bien Alessandro Egitto qui est le personnage principal, que l'on voit à Belluno au début du roman (et la fin dira pourquoi). Sa famille aux relations compliquées en est aussi la raison et explique quelques chapitres rédigés à la première personne.
   
   Car le sujet n'est pas uniquement la guerre d'Afghanistan contre les talibans terroristes et coupeurs de têtes. Dans l'approche des hommes et des événements, l'auteur attache une importance particulière à la corporalité, au corps, à l'incidence du physique sur le comportement et sur le mental. Et l'on comprend pourquoi beaucoup de choses sont vues par le regard du médecin qu'est le lieutenant Egitto. Cette pesanteur due aux considérations corporelles se retrouve constamment dans la narration. Elle explique la place des relations physiques —au sens de sexuelles— par lesquelles Cederna compense le trauma de guerre après qu'il a échappé à l'embuscade. Ou encore comment René, rattrapé par son passé de gigolo, est déstabilisé par la mort de ses hommes dans la Vallée des Roses, et contrarié par la nouvelle de l'avortement de son amie.
   
   Aux femmes restées au pays, s'opposent Zampieri la blonde conductrice de blindé et Irena l'agent des services secrets qui provoque à la fois attirance et répulsion chez Egitto dont elle découvre l'addiction à certains médicaments. Les aventures des corps passent en effet par la maladie de peau du médecin —vraie raison de sa consommation de drogues— comme par les éphélides de sa sœur Marianna, l'ancienne excellente élève dont les échecs en master avaient déclenché l'acharnement clinique de son père, cause d'une rupture dramatique dans la famille.
   
   Mais le plus intéressant reste le sentiment de culpabilité qui se développe chez René et Egitto après l'explosion de la mine et l'embuscade qui ont causé la mort de plusieurs d'entre eux. Le psychologue mis à leur disposition n'a pas été utile. Ces deux-là étaient déjà prédisposés à se sentir une responsabilité voire une culpabilité : aussi chercheront-ils à se racheter, l'un en visitant assidument la veuve d'un soldat, l'autre le soldat convalescent et meurtri.

critique par Mapero




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