Lecture / Ecriture
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Annabel de Kathleen Winter

Kathleen Winter
  Annabel

Née en 1960 dans le nord de l'Angleterre, Kathleen Winter s'est installée au Canada avec sa famille en 1968. Elle a commencé par écrire des scénarios pour la télévision avant de devenir journaliste pour le Telegram à Saint-John. En 2007, elle a publié un recueil de nouvelles, Boys, récompensé par plusieurs prix littéraires canadiens. Son premier roman, Annabel, paru en 2010, a figuré sur les dernières sélections du Giller Prize, du prix du Gouverneur général et de l'Orange Prize for Fiction. Il a également été couronné meilleur livre de l'année par Amazon.ca et par le Globe and Mail. Kathleen Winter vit à Montréal avec son mari et leurs enfants.
(Source éditeur)

Annabel - Kathleen Winter

Quand Hermès embrasse Aphrodite…
Note :

   Un roman qui nous emmène dans le Grand Nord, au Labrador, dans un petit village d’environ trois cents habitants, où les gens vivent au rythme de la nature. En 1968 y naît un enfant hermaphrodite. Les parents, Jacinta et Treadway, veulent garder secret ce "défaut". Seule Thomasina, une voisine qui vient de perdre son mari et sa fille Annabel, est au courant car elle était présente au moment de l’accouchement.
   
   Contre l’avis de Thomasina qui veut préserver la particularité de ce(te) enfant (et qui l’appelle Annabel), les parents décident de le faire opérer. Ce sera un garçon, et il s’appellera Wayne.
   
   Le roman nous narre la vie de Wayne dans cette communauté du Labrador. Nous le voyons grandir, sous l’œil vigilant de ses parents qui craignent à tout moment que leur secret ne soit découvert. Jusqu’à l’âge de douze ans, Wayne n’est pas au courant de sa véritable nature. Ce n’est qu’avec les règles que les vrais problèmes arrivent…
   
   Nous suivons pas à pas le parcours de Wayne, qui connaît bien sûr des hauts et des bas. J’avoue que son personnage ne m’a pas autant touchée que j’aurais aimé, le récit restant très neutre. On reste à l’extérieur, même si l’auteure nous fait part de ce qui se passe dans la tête de Wayne. Certes, il a des problèmes, des angoisses, des rêves, mais il semble rester très froid, très équilibré, et le lecteur aussi du coup! Il n’y a pas l’intensité, le trouble que l’on trouve dans le roman de Denis Lachaud ("Le vrai est dans le coffre") que j’ai lu récemment et qui parle également du problème de l’identité sexuelle.
   
   Par contre, il y a un lyrisme certain dans la description des gens du Labrador et de leur vie au gré des saisons, leurs gestes quotidiens, leurs préoccupations alimentaires. Ils vivent loin de tout. Pendant que les maris partent à la chasse pendant des semaines, les femmes se distraient en rêvant sur des catalogues ou en buvant un verre "entre filles" en médisant sur leurs maris…
   
   Ces gens supportent les coups du destin avec beaucoup de simplicité. Jamais Jacinta et Treadway ne rejettent leur enfant. Malgré les difficultés, ils aiment aussi son autre facette, la fille qu’il porte en lui et qu’ils auraient bien aimé avoir….
   
   Un livre à lire.
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critique par Alianna




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Un roman splendide
Note :

   Qu'arrive-t-il quand un enfant n'est pas comme les autres ?
   Sur un sujet difficile une vraie réussite littéraire.
   
   Dieu que le sujet était difficile pourtant ! Né(e) en 1968 au fin fond du Labrador, l'enfant n’est ni fille ni garçon, mais les deux à la fois. Relisez les Métamorphoses c'est ce qu'on appelle l'hermaphrodisme.
   
   Le secret n’est partagé que par trois personnes, Thomasina qui l’a aidé à venir au monde et ses parents.
   
   Une décision est prise, ce sera un garçon que ses parents appellent Wayne mais que la mère en secret nomme Annabel.
   
   Séjour à l’hôpital et traitement hormonal à vie voilà le lot de Wayne jusqu’à ce qu’à ce que la personne qui tente de s’épanouir derrière ce prénom brise conventions et tabous pour tenter de devenir une personne assumée, désirable, indépendante.
   
   Depuis que j’ai vu le livre, je m’étais promis de le lire; rien ne pressait et je l’ai ouvert je dois le dire avec un préjugé favorable, mais mon plaisir de lecture est allé bien au-delà.
   
   C’est un roman splendide et qui ne s’en tient pas à un sujet un peu hors norme, les liens familiaux, les relations parents/enfants, l’idéal que les parents rêvent pour leurs enfants, l’adolescence, tout est traité magnifiquement jusqu’à la nature de ce Labrador si dur de climat et qui fabrique des hommes et des femmes comme Treadway et Jacinta.
   
   Il faut un talent très sûr d’écrivain pour parvenir à toucher les lecteurs, les faire s’interroger sur leurs attentes, leurs a priori, leurs angoisses face à la différence.
   
   C’est plus que réussi alors accordez-lui une place dans votre bibliothèque
    ↓

critique par Dominique




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Wayne – Annabel
Note :

   L’hermaphrodisme, vrai, voilà une base de départ intrigante pour un roman. C’est le thème de ce roman de Kathleen Winter. Mais ce qui pourrait n’être qu’un roman provocateur, à l’esbroufe et sensationnaliste s’avère une belle étude intimiste sur une situation des plus complexe et douloureuse.
   
   Jacinta et Treadway vivent au milieu de nulle part, dans le Labrador, vers le Grand Nord. Un petit village où l’on est plutôt trappeur que philosophe. D’ailleurs Treadway l’est, trappeur. Homme simple, taciturne, plutôt frustre, il n’est en rien préparé à l’arrivée de l’enfant que Jacinta met au monde, un enfant mâle et femelle : un hermaphrodite. Tous deux, chacun de leur manière, comprennent bien que rien de simple ne va découler de ceci, d’autant plus dans un petit village de 300 âmes perdu dans le Grand Nord. Seule Thomasina, institutrice locale et l’amie de Jacinta, qui a assisté l’accouchement est au courant. Ils ne sont que trois à savoir... et Treadway va décider, l’enfant s’appellera Wayne, ce sera un garçon. Sauf que...
   
   Et le roman de Kathleen Winter, une fois ce postulat posé, déroule la vie – forcément compliqué d’un petit garçon nommé Wayne, qui ne sera pas du tout attiré par l’activité de trappeur de son père, qui aura aussi des pulsions féminines. Ça ne pouvait évidemment pas se dérouler simplement. Mais, loin du sensationnel, Kathleen Winter déroule la suite avec une pudeur et une sensibilité toute féminine, un respect infini, et parvient à nous faire entrer dans cette histoire... pour le moins pas banale.
   
   Beaucoup d’amour là-dedans, de souffrances aussi tant le monde n’est pas préparé à ce genre de particularité : l’hermaphrodisme. L’écriture est bien belle, ce qui ne gâte rien. Il fallait une bonne dose d’inconscience pour se lancer dans cette improbable histoire. Qu’à cela ne tienne Kathleen Winter doit avoir l’inconscience flamboyante !
   
   "Du thé du Labrador au parfum identique pousse en paix sur la berge de ce lac situé au cœur du Labrador, ce lac sans nom d’où partent les rivières tant vers le nord que vers le sud. Les mêmes insectes s’aventurent dans les entonnoirs mortels des sarracénies, sous un ciel que d’aucuns qualifieraient d’impitoyable. Et de temps à autre passe un nuage sur l’eau de l’entonnoir, tout comme s’y reflètent les formations de canards en migration printanière.
   Treadway Blake se rend en ce lieu comme il l’a toujours fait, ce berceau des saisons, de l’éperlan et du caribou blanc, source d’un savoir profond qu’on ne trouve pas dans les créations humaines. Ce n’est que dans le vent qui balaie le territoire que Treadway goûte cette liberté que son fils va chercher ailleurs. Treadway est un homme du Labrador, mais son fils est parti comme les fils et filles du pays, en quête d’une liberté que leurs pères n’ont nul besoin de chercher parce qu’elle les habite."

   
   Quelque chose me dit qu’on peut féliciter Claudine Vivier, la traductrice...

critique par Tistou




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