Lecture / Ecriture
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L'auteur et moi de Eric Chevillard

Eric Chevillard
  Oreille rouge
  Le vaillant petit tailleur
  L'auteur et moi
  Juste Ciel
  Ronce-Rose
  L'autofictif croque un piment

Éric Chevillard est un écrivain français né en 1964.

L'auteur et moi - Eric Chevillard

En tout cas, une fourmi de 18 mètres, ça n'existe pas.
Note :

   Le narrateur n'aime pas le gratin de chou-fleur. Il le hait, il l'exècre, et devient méchant (jusqu'au meurtre?) quand on lui en propose. En revanche il adore la truite aux amandes. Quel drame alors quand au lieu de truite on lui sert du chou-fleur en gratin? Voilà ce que dans un monologue fou il tente d'expliquer à une jeune femme en terrasse d'un café, alors qu'autour d'eux les passants vaquent à leurs occupations.
   
    Dès le début, le lecteur est prévenu que l'auteur veut se démarquer du narrateur et qu'il interviendra! D'où de longs bas de page s'étalant sans ambages sous le texte principal. Et patatras, alors que le lecteur (moi en l'occurrence) commençait un peu à fatiguer du gratin de chou-fleur (sa vie, ses œuvres), arrive carrément un bas de page prenant le pouvoir sur une bonne centaine de pages, ("Pourquoi, en effet, serait-il interdit d'écrire un roman en bas de page?") narrant l'aventure de l'auteur à la poursuite (non échevelée) d'une fourmi, bientôt suivi par une jeune femme, un tamanoir, un enfant, etc.
   
    Puis la fourmi disparaît, laissant le lecteur abasourdi par la fin, et revient le chou-fleur, avec force et rage.
   
   Mon avis :
    Une expérience de lecture, ça c'est sûr! Qui peut bien sûr paraître totalement artificielle, sans queue ni tête, et laisser sur sa faim côté histoire (quoique, la fourmi, c'est pas mal du tout). Mais quelle maestria! Le délire chou-fleuresque atteint encore des sommets vers la fin, emportant tout sur son passage.
   
    "Les livres de l'auteur (...) suivent un cours digressif et déconcertant. Le lecteur n'en peut sauter un mot sans en perdre le fil mais il ne lui est pas recommandé non plus de s'attarder trop, car alors il s'y emberlificote. (...) Toute lecture bien comprise est d'ailleurs affaire de vitesse. Il s'agit de trouver la bonne. Il en est une adaptée pour chaque écrivain qui sera fatale au lecteur s'il n'en change pas en s'engageant dans le livre d'un autre. Aussi est-il malavisé, selon l'auteur, de prétendre traverser toute la littérature dans une voiturette de golfeur."

   
    Les interventions de l'auteur déconcertent. C'est un jeu? C'est à prendre à quel degré de folie? L'auteur est-il en fait un type imbuvable? Allez savoir... Mais il a une écriture incroyable, c'est évident.
    "Or il n'est pire douleur que celle que l'on vous dénie. Elle augmente de ce désaveu. Puis il est encore ceux que réjouissent les conditions de votre malheur, qui y trouvent quant à eux celles de leur bonheur et de leur volupté, tant il est vrai que le ver de terre et le renard ne se font pas la même idée de la poule."
   
    "L'instinct infaillible tout à fait remarquable des bêtes précipite ainsi les escargots par équipes de douze dans les alvéoles de l'assiette conçue pour les recevoir."
   

    Après quelques lectures plus traditionnelles, je reprendrais bien une part de gratin de chou-fleur Chevillard, un jour ou l'autre. Vos suggestions?

critique par Keisha




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