Lecture / Ecriture
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Emma de Jane Austen

Jane Austen
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  Sanditon
  Emma
  Mansfield Park
  Northanger Abbey
  Les Watson
  Du fond de mon cœur - Lettres à ses nièces

Jane Austen est née en Angleterre en 1775 d’un père pasteur.
On sait très peu de choses de son assez courte vie : Qu’elle a toujours écrit et voulu écrire, qu’elle resta demoiselle, vécut d’abord avec ses parents et sa sœur, puis sa mère et sa sœur, puis sa sœur seulement et succomba finalement à 41 ans après une longue maladie que les diagnostics de la médecine moderne supposent maintenant avoir été la maladie d’Addison (forme d’insuffisance des glandes surrénales).
Elle connut le succès littéraire de son vivant et fut appréciée aussi bien du grand public que de la famille royale ou de grands écrivains comme Walter Scott. Depuis, nombreux sont les grands écrivains qui ont encore succombé au charme de son écriture, comme Virginia Woolf et Vladimir Nabokov, pour ne citer qu’eux.

* Karen Joy Fowler également a beaucoup parlé de Jane Austen dans son roman "Le club Jane Austen" (fiche sur ce site)

Emma - Jane Austen

« A heroine whom no one but myself will much like »
Note :

   Alors qu'elle était sur le point de se lancer dans l'écriture d' "Emma", Jane Austen avait confié à l'un de ses proches: "I am going to take a heroine whom no one but myself will much like"*. Et ma foi, je ne peux pas tout à fait lui donner tort. C'est que cette chère Emma, en dépit de son charme très réel, est par moments si terriblement agaçante!... Si terriblement sûre d'elle et du bien fondé de ses manigances matrimoniales. Ce n'est qu'au moment où elle essuie ses premiers revers qu'elle nous apparaît enfin plus humaine et que l'on commence à éprouver pour elle un peu de sympathie.
   
   Miss Emma Woodhouse, donc, jeune demoiselle d'excellente famille, se pique d'arranger d\'heureuses unions pour ses consoeurs du voisinage. Lorsque Jane Austen commence à nous raconter son histoire, elle vient, s'il faut l'en croire, de marier son ancienne gouvernante. Et sitôt engrangé ce premier succès, elle n'a de cesse de récidiver au gré de ses sympathies et surtout de son idée d'une alliance conforme à un ordre social que rien ne devrait venir bousculer.
   
   C'est finalement le portrait très ironique que Jane Austen dresse des préjugés de la société anglaise du début du XIXème siècle qui constitue le principal intérêt de ce roman, un portrait animé par les deux extraordinaires personnages, plantés avec une rare finesse, que sont Mr Woodhouse - le père d'Emma, vieil homme égoïste et hypocondriaque, sous ses dehors bon enfant - et de Mrs Elton, l'épouse du vicaire, au sans-gêne invraisemblable.
   Entre les mésaventures d'Emma et les apparitions de Mr Woodhouse et Mrs Elton, et malgré quelques longueurs, on sourit souvent à la lecture de ce roman qui nous offre un agréable moment de lecture, s'il n'est peut-être par le meilleur de son auteur.
   
   * Je suis en train de concevoir une héroïne que personne n'aimera beaucoup, à part moi.
   
   PS: Alexander McCall Smith a proposé une version moderne de ce roman.
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critique par Fée Carabine




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Un très très bon moment
Note :

    «Orpheline de mère, seule auprès d'un père en mauvaise santé, Emma Woodhouse, désormais la maîtresse de maison, s'est mis en tête de marier Harriet Smith, une jeune fille qu'elle a recueillie chez elle. Ce faisant, ne s'est-elle pas attribué un rôle qui n'est pas (ou pas encore) pour elle ? Son inexpérience des coeurs et des êtres, ses propres émotions amoureuses, qu'elle ne sait guère interpréter ou traduire, lui vaudront bien des déconvenues et des découvertes.»
   
   Encore un excellent Jane Austen, qui, s'il n'est toujours pas en tête de mon hit-parade, m'a fait passer un très très bon moment.
   
   L'héroïne n'est pas très attachante au début du roman: un peu trop sûre d'elle, têtue, mais au fil du roman elle m'est devenue plus attachante et finalement, je l'aime bien cette Emma.
   
   Bien que moins présent que dans Northanger Abbey ou Orgueil & préjugés, l'humour est quand même saupoudré avec délicatesse. Quant au style, c'est toujours un véritable plaisir.
   
   Bref un livre que tout bon adorateur de Jane Austen, de littérature anglaise, de peinture de moeurs teintées d'ironie se doit de lire !
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critique par Morwenna




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Des dangers de l'imagination
Note :

    Emma Woodhouse est jeune, belle, intelligente et riche. Elle vit avec son père, l'hypocondriaque Mr Woodhouse, dans le petit village de Highsbury où elle règne avec gentillesse. Le seul problème d'Emma est qu'elle se trouve des talents de marieuse, qu'elle décide de mettre à profit pour organiser des unions entre les gens qu'elle connaît. Hélas, tout ne se passe pas comme elle l'espérait...
   
   Figurez-vous, chers happy few, qu'en ces temps ensoleillés, j'ai eu envie d'une lecture-doudou, une lecture qui ne me bouscule pas et qui m'enchante (c'est la version plus kulturelle de la lecture-thérapeutique, qui me voit dans ces cas-là ouvrir une saga ou un Stephanie Plum). Et quoi de mieux dans ces cas-là qu'un Jane Austen ? Et en plus je me suis rendue compte que celui-ci, je ne l'avais jamais lu! J'ignore comment une telle chose a pu se produire : un moment d'égarement provoqué par un enlèvement alienesque, je ne vois que ça, chers happy few!
   
   Bref. Et ? Eh bien, c'est un roman très intéressant, même si je lui ai trouvé un défaut (oui, je sais, c'est mal, attendez avant de me frapper à coup d'Orgueil et Préjugés que je vous expliquasse le pourquoi du comment, chers happy few) : il est un peu trop bavard à mon goût, il y a pléthore de dialogues et finalement peu de récit. Du coup, on se perd un peu dans les redites, mais, aussi étrange que cela paraisse, il y a un aspect très positif à cette construction : l'abondance de dialogues permet aussi de dessiner très finement les caractères des personnages qui appartiennent à ce microcosme anglais. L'histoire en elle-même tient sur un timbre-poste et ce qui est le plus intéressant, c'est finalement l'évolution d'Emma, qui va apprendre à ses dépens que la réalité ne peut pas se plier à sa vision de la vie. Elle voudrait qu'Harriet Smith fasse un beau mariage, sans tenir compte du fait qu'elle est une enfant illégitime abandonnée à la naissance et que la société ne lui permet pas de se marier en dehors de son milieu social supposé. Emma imagine qu'Harriet est la fille d'un noble, sans tenir compte des indices lui prouvant le contraire. Elle tire des plans sur la comète pour tout un chacun et ne voit pas ce qui crève les yeux de tout le monde (lecteur y compris) : la fatuité de Mr Elton, la noblesse de caractère de Robert Martin, l'idylle entre Frank Churchill et Jane Fairfax ou encore l'amour que lui porte Knightley.
   
   Si elle apprend au cours du roman à se méfier de son imagination débridée et à contrôler ses élans, il n'en demeure pas moins que la vision de la société proposée par Jane Austen est pleine de préjugés qu'il est impossible d'abolir : la noblesse de coeur d'Harriet n'est rien sans fortune et la nouvelle Mrs Elton, certes fortunée, est un comble de vulgarité, la pauvre Jane est contrainte de cacher son amour pour Frank faute de fortune appropriée et Emma épousera finalement le seul qui soit digne de son rang et de ses rentes... On est là bien loin d'Orgueil et Préjugés (20 ans séparent les deux romans), Emma mettant en scène des personnages prisonniers de leur rang dans une société figée où les codes sociaux apparaissent comme immuables. Le style, quant à lui, est toujours vif et ironique et les personnages sont fort bien campés (mention spéciale à Miss Bates, la vieille fille bavarde et à Mrs Elton, dont la vulgarité tape-à-l'oeil se révèle réjouissante).
   
   Un fort bon roman, donc, chers happy few, mais je n'en attendais pas moins de cette chère Jane!
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critique par Fashion




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Emma est-elle un personnage sympathique ou antipathique?
Note :

   Emma Woodhouse est une jeune fille riche, intelligente, séduisante qui vit seule avec son père depuis le mariage de sa gouvernante, Mlle Taylor. Cette dernière avait remplacé la mère d’Emma, morte quand celle-ci était une enfant. Sa sœur aînée habite à Londres avec son mari et ses enfants. Emma est entourée d’un petit noyau d’amis que son père reçoit volontiers chez lui, de son beau frère M. Knightley, plus âgé qu’elle et qui la critique souvent sans qu’elle s’en laisse remontrer.
   Car la grande distraction d’Emma qui se pique d’être une fine analyste des sentiments amoureux est de faire des mariages. Pour l’heure, Emma pense que le pasteur, M. Elton, est amoureux de sa meilleure amie, une jeune fille de dix sept ans, Harriet Smith, enfant naturelle, donc déclassée dans la société. Elle décide de tout mettre en œuvre pour les amener au mariage. Inutile de dire qu’elle se trompe et que cette erreur ne sera pas la seule!
   
   Emma, en effet, comme toutes les autres héroïnes de Jane Austen, Elizabeth de "Pride and Prejudice", Marianne de "Sense and sensibility", Catherine de "Northanger abbey" … est dans l’erreur. Menée par l’orgueil, par la passion ou par un idéal romantique suranné, et toujours par l’ignorance, l’héroïne de Jane Austen ne peut faire l’économie d’une expérience parfois désagréable pour parvenir à y voir clair dans son cœur comme dirait la Sylvia de Marivaux.
   En ce sens, les romans de Jane Austen sont tous des romans d’apprentissage où l’héroïne apprend, souvent à ses dépens, à mieux connaître la société, à être plus lucide sur ceux qui l’entourent et au terme de son histoire à découvrir la sagesse!
   
   Cependant, et c’est ce qui ne rend pas Emma très sympathique, c’est toujours au dépens des autres et non d’elle-même que notre héroïne se trompe et elle sort toujours indemne de ses erreurs. Quant elle détourne Harriet du seul homme qui l’aime vraiment, le fermier M. Martin, pour la pousser dans les bras du pasteur Elton qui n’en veut pas, la seule à en souffrir est Harriet! Le fait que cette dernière soit d’une condition inférieure, manque d’intelligence, semblable à une poupée de cire malléable, n’est pas une excuse. Le lecteur a l’impression qu’Emma manipule sa jeune amie comme une marionnette sans âme. Et les remords qu’elle en éprouve ne la rendent pas plus lucide puisqu’elle est prête à récidiver. Elle se trompera de même à propos de Jane Fairfax et de Frank Churchill. Il lui en faudra plus pour admettre ses erreurs, à croire que l’intelligente Emma a l’esprit brouillé par la bonne opinion qu’elle a d’elle-même, par une certaine vanité et par des préjugés sociaux si fortement ancrés qu’ils l’empêchent de voir l’homme véritable sous l’appartenance sociale, les qualités d’un M. Martin, fermier, et les bassesses d’un M. Elton, pasteur, par exemple.
   
   Jamais, d’ailleurs, Jane Austen n’avait souligné avec autant d’amertume le pouvoir de l’argent et de la hiérarchie sociale qu’elle décrit pourtant dans tous ces romans. Il n’y a pas dans "Emma", l’humour piquant, caustique toujours présent qui fait le charme de "Pride and prejudice", le regard amusé et attendri qu’elle porte sur la Catherine de "Northanger abbey" ou la compréhension attentive envers la souffrance de Marianne dans "Sense and sensibility". Certes l’ironie austenienne est là. Les portraits des différents personnages tournent à la caricature comme celui de la bavarde et futile Melle Bates, de l'insupportable Mme Elton, épouse du pasteur, infatuée d’elle-même, snob, commère difficilement supportable qui cherche à régir la vie de tous. L’on pourrait rire aussi de M. Woodhouse, un charmant vieillard, pour qui un mariage est toujours un évènement malheureux car il lui enlève les gens qu’il aime si cela ne soulignait un égoïsme forcené qui le pousse à sacrifier sa fille cadette. Bref! rien ne semble atténuer le pessimisme de l’écrivain dans ce roman.
   
   En effet, quand Jane Austen se décide à remettre de l’ordre dans l’imbroglio sentimental créé par Emma, elle redonne à chacun la place qu’il mérite: la jeune fille bâtarde avec le fermier, le pasteur avec une femme qui a 200 mille livres de rente (une bonne affaire pour Elton mais moins que ce qu’il visait, la fortune colossale d’Emma!), Jane Fairfax modeste- mais éduquée par une famille riche- avec Frank, et Emma elle même avec M. Knightley, entre pairs, bien sûr!
   
   Dans la société de Jane Austen, et dans ses romans, pas de miracle! On ne mélange pas les torchons avec les serviettes!
   
   Quant à l’amour entre Emma et George Knigthley, on peut dire qu’il est bien cérébral et que la passion n’a pas l’air d’être de mise!
   
   Qui a dit que Jane Austen était romantique?
   ↓

critique par Claudialucia




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Roman de mœurs
Note :

   Deux siècles que Jane Austen disparaissait... fêtons-là, relisons-là!
   
   j'ai opté pour " Emma " car, les autres " Austen" disponibles, et pas encore lus, étaient des romans épistolaires, une forme de narration que je ne goûte guère.
   
   1ere publication, 1816.
   
   Dans le Surrey, à quelque 30 kms de Londres, le domaine d’Hartfield, la jeune Emma s’ennuie à mourir, avec son vieux papa hypocondriaque. Sa gouvernante et amie vient de se marier, et se consacre désormais à sa vie d’épouse, tout en espérant un bébé. Cela a créé un vide dans l’existence routinière d’Emma… bien qu’elle soit persuadée d’avoir été l’instigatrice du mariage de miss Taylor !
   
   Emma se fait une nouvelle amie, Harriet Smith, une toute jeune fille, orpheline, fille naturelle "de quelqu’un", qui habite chez son institutrice, jusqu’à ce qu’elle trouve un mari.
   
   D’après Emma qui adore les intrigues, Harriet peut et doit prétendre à un mariage très avantageux ; elle le mérite, et si ça se trouve son père est quelqu’un de prestigieux qui n’attend qu’une occasion pour la doter.
   
   Harriet est très influençable, et davantage une victime qu’une amie pour Emma ; elle la persuade que le pasteur est amoureux d’elle, et tente de manœuvrer pour que ce mariage se fasse. Ses manigances échouent, elle jette alors son dévolu sur un autre prétendant, Pour la satisfaire, la gentille Harriet a dû renoncer à un candidat qu’Emma ne jugeait pas assez bien pour elle !
   
   En suivant les intrigues fomentées par Emma, nous croisons une multitude de personnages dont les plus intéressants sont l’arrogante vulgaire et stupide Mrs Elton, que le pasteur a finalement épousée, le frivole et galant Frank, la belle et discrète Jane Fairfax, de noble origine et éducation, mais sans fortune, sa nièce Mrs Bates, une grande bavarde qui passe d’un sujet à un autre sans continuité, et le pauvre père d’Emma qui vit dans la crainte continuelle d’un refroidissement, ou d’un empoisonnement par la nourriture. N’oublions pas George Knightley le beau-frère d’Emma, réaliste, très critique à son égard "qui passe le temps à lire ou faire sa comptabilité" et rechigne à danser lorsqu’il ne peut se soustraire à un réception… un personnage plutôt sévère mais son patronyme (Knight) laisse entrevoir plus de romantisme que prévu…
   
   Il ne se passe pas grand-chose dans le récit, pourtant, lorsque Frank arrive chez Mr Weston, son attitude en fait un personnage énigmatique dont on ignore les intentions réelles. De même la belle Jane, que va-t-elle devenir, et ce piano qui lui est livré, de quel correspondant mystérieux ? Pour le reste, on sait à quoi s’en tenir des mariages qui se feront, classiquement, à la fin du livre.
   
   Emma est avant tout un roman de mœurs, agréable à lire, un peu long dans sa dernière partie.

critique par Jehanne




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