Lecture / Ecriture
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Lady Hunt de Hélène Frappat

Hélène Frappat
  Sous réserve
  Lady Hunt
  Inverno

Hélène Frappat est une écrivaine, traductrice et critique de cinéma française née à Paris en 1969.

Lady Hunt - Hélène Frappat

Bon suspens, mais...
Note :

   Rentrée littéraire 2013
   
   
   C'est avec énormément de curiosité que j'ai jeté mon dévolu sur Lady Hunt d'Hélène Frappat dans le cadre de la rentrée littéraire, en raison de cette promesse d'un roman gothique qui évidemment renvoyait de suite à une certaine littérature anglo-saxonne et à des codes bien précis. Puis je n'ai cessé de croiser des avis mitigés, voire des lecteurs franchement déçus. C'est donc sans attentes bien précises que j'ai finalement ouvert ce livre, et je m'en réjouis aujourd'hui car cela m'a permis de pleinement apprécier ses qualités... j'aurais sans doute été beaucoup moins enthousiaste si, comme le promet le point de vue des éditeurs, je m'étais complètement fiée à cette phrase ô combien alléchante et merveilleuse : "Des ruines du parc Monceau à la lande galloise, avec liberté et ampleur elle réinvente dans Lady Hunt le grand roman anglais, et toutes les nuances du sortilège".
   
   Oublions donc tous nos a priori sur ce roman et laissons-nous emporter...
   
   Laura Kern travaille pour une agence immobilière dans le Triangle d'Or parisien, faisant visiter des appartements de luxe et des hôtels particuliers à des clients fortunés, pour l'essentiel dans les environs du parc Monceau. Sa situation est précaire car elle est payée à la commission et n'a jusqu'ici réalisé qu'une seule vente. Elle vit dans un petit deux pièces à Vanves en compagnie de son chat, entretient une liaison avec son patron déjà marié. Sur elle et sa sœur plane la menace de la maladie qui a emporté son père, la Chorée de Huntington. C'est d'ailleurs de là que vient le titre, Lady Hunt, qui, outre ses influences anglaises, rappelle aussi la chasse à la femme... car Laura est à la fois traquée par Huntington et par d'étranges rêves dont on ne sait pas d'abord s'ils sont une réelle manifestation du gothique dans le roman ou l'annonce de la maladie, qui provoque des hallucinations.
   
   C'est ainsi que, progressivement, la réalité bascule, tandis que l'étrange envahit le quotidien de Laura Kern. Ainsi, un enfant disparaît lors de la visite d'un appartement. Chaque nuit, elle rêve d'une maison de plus en plus inquiétante. Des odeurs envahissent un jour son appartement. Une porte ne peut plus s'ouvrir. Elle fait face à un miroir sans y trouver son reflet. Eprouve un malaise à visiter certains biens immobiliers. Folie, maladie ou surnaturel? Hélène Frappat emprunte en effet certains codes du roman gothique anglais mais laisse planer le doute dans l'esprit du lecteur. La construction du roman rappelle d'ailleurs bien plus la littérature française avec ses phrases courtes, incisives, le caractère répétitif de certaines scènes du quotidien, la distance qui s'instaure entre le lecteur et les personnages, l'exercice de style primant à mon sens sur le fond.
   
   Au final, je me suis prise au jeu et ai dévoré ce roman - peut-être qu'une lecture plus hachée aurait d'ailleurs nui au plaisir de lecture, en raison du manque d'empathie des personnages et des scènes récurrentes : visions de la maison dans les rêves ; visites d'appartement ; retrouvailles avec l'amant, la mère, la sœur ; trajets en voiture, en métro, traversée de la Manche en Eurostar...
   
   J'ai savouré sa complexité, les nombreuses thématiques (notamment la transmission familiale très bien traitée) et la façon qu'a Hélène Frappat de mêler réalité et fiction, style français et influences anglaises. Le texte est enrichi d'allusions à Lady Shalott, dont la malédiction rappelle celle des sœurs Kern (sur qui s'abattra finalement la maladie? laquelle sera sauvée? Huntington est-il le seul sortilège?). Puis Laura découvre un portrait inquiétant, celui d'une femme rousse qui peuple ses rêves et rappelle les peintures de Rossetti :
   "Sa chevelure flamboyante recouvre son front, ses oreilles, ses épaules, ses bras. Sa chevelure folle que rien n'arrête, pas même le cadre doré du tableau, se fond dans les volutes du papier peint, serpente jusque dans chaque pièce, escalade les charpentes, les poutres, le toit. Ses cheveux sont les veines par où coule le sang de la maison. Son visage et ses lèvres décolorés sont le cœur vibrant de Luna, le cœur du monstre "(p 214).

   
   J'ai aussi apprécié les moments passés dans ces luxueux appartements parisiens (où le lecteur devient voyeur et où se concrétise un fantasme, découvrir ce qui se cache derrière les façades et fenêtres de la ville), près des grilles du parc Monceau, puis dans le quartier de Bloomsbury ou sur un banc de Regent's Park à Londres : des lieux où je me suis promenée bien souvent l'âme rêveuse et que j'ai aimé retrouver lors de ma lecture, de nouveau dans un cadre onirique.
   
   Ce livre aurait presque pu finir en coup de cœur tant j'ai aimé ce dépaysement, si ce n'était une fin que je trouve assez plate, en deçà de ce à quoi nous avait préparés Hélène Frappat. Malgré cette déception sur les dernières pages, je recommande vivement ce livre à condition de ne surtout pas en attendre un roman anglais gothique au sens traditionnel du terme.
   
   Un roman qui ne laisse pas indifférent...
   ↓

critique par Lou




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Le mystère est dans le brouillard
Note :

   Pourquoi ce besoin constant de vouloir garder le souvenir de chacune de mes lectures, même et peut-être surtout si je ne les ai pas aimées, comme aujourd'hui? Écrire un tel billet m'est difficile parce que tout d'abord, comme ça, spontanément, à peine le livre refermé, je ne sais pas vraiment au juste ce qui m'a déplu.
   
   Certains passages comme celui-ci résument assez bien mon malaise:
   "Peu à peu le rêve a envahi tout l'espace. Il a enfreint la frontière du jour et de la nuit. Chaque réveil conservait la marque de l'autre monde. Son odeur collait à mes vêtements, à mes cheveux. Le rêve se mêlait aux souvenirs. Le futur avait un air de déjà-vu. Quand le rêve s'est invité sur le mur de ma chambre, il m'a chassée de chez moi."
   

   Je les trouve beaux et agaçants à la fois. Poétiques, mais trop peu explicites. De quoi s'agit-il au juste? Je ne suis pas sûre d'avoir bien compris l'histoire.
   
   Il y est question d'une maison pleine de brume et de mystère qui hante l'héroïne Laura Kern (dont le prénom peut aussi devenir Luna, du nom de cette maison dans l'incendie de laquelle fut brûlée vive Diane, son arrière-grand-mère )
   "Au bout de la route, Luna m'attend. Diane me réclame en sacrifice.
   Toi et moi avons hérité de la chevelure de Diane. Le feu est là dans nos cheveux. Le feu protecteur et vivant de Diane chasseresse. Et la lune d'Hécate doit sortir de nos cœurs. "

   
    Les maisons ont une grande importance. Laura les fait visiter aux éventuels acheteurs de la Plaine Monceau, à Paris. C'est là aussi qu'elle vit sa liaison avec son employeur, là qu'elle a des visions dans les miroirs, là qu'elle a vu disparaître un enfant.
   
   A ces souvenirs s'ajoute la crainte toujours présente d'avoir hérité du sang des Kern. Son père l'a quittée quand elle avait sept ans, à l'annonce de la maladie de Huntington. Laura et Elaine sa sœur vont-elles se décider à connaître leur propre sort? Ont-elles hérité du gêne de John, leur père? Quel rôle pourrait jouer cette malédiction dans les étranges visions et les peurs de la jeune femme?
   
   Tout cela pouvait m'intéresser mais non, je n'ai pas pu m'attacher aux personnages. Ils ne m'ont pas semblé réels. Peu m'importait leur sort. Un comble avec la menace de cette terrible maladie psychique planant au-dessus d'eux! Une déception.

critique par Mango




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