Lecture / Ecriture
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La femme à 1000° de Hallgrimur Helgason

Hallgrimur Helgason
  La femme à 1000°

Hallgrímur Helgason est un écrivain et peintre islandais né en 1959 à Reykjavík.

La femme à 1000° - Hallgrimur Helgason

L'Œuf du Fin Berger
Note :

   1000°, c'est la température d'une crémation. Notre héroïne et narratrice, Herra, a d'ailleurs elle-même pris rendez-vous par téléphone pour sa crémation, le 14 décembre, car c’est la date (proche) à laquelle elle prévoit de mourir. Rendez-vous le 14, si on prévoit de mourir le 14, c'était mal vu me suis-je dit, mais la nature a remis les choses en ordre.
   
   "Bref, mon esprit passe du coq à l'âne puis de l’âne au coq" prévient-elle au début, et c'est rien de le dire, nous allons être constamment ballottés tout au long de ces 630 pages de l'enfance de cette octogénaire au présent récent ou au présent immédiat. Avec, en gros un ordre chronologique interne, mais "en gros" seulement, car les retours en arrière ne sont pas rares. Le tout en chapitres assez brefs qui rythment ce roman et lui donnent du "peps", relançant constamment l’intérêt et lui permettant de ne pas devenir indigeste.
   
   Nous sommes en Islande. Nous apprenons d'abord que Herra, grosse fumeuse, est clouée au lit avec un ""septuple cancer" dont on lui a diagnostiqué les premières atteintes en 1991. Nous sommes en 2009, et tout lui dit qu'elle arrive au bout du combat. S'étant évadée de la maison de retraite où ses fils l'avaient mise, et comme ils avaient vendu sa maison dans l’intervalle, elle se trouve à louer un garage que son propriétaire obligeant a bien voulu lui aménager. Mais pas de manichéisme, le propriétaire n'est pas un infâme exploiteur et pour ses fils, elle ne leur a pas fait de cadeaux non plus. "J'eus des enfants, en perdis un, mais ne laissais jamais les autres prendre le contrôle de ma vie. Je les emmenais avec moi, ou les laissais derrière, avançais sans jamais reculer(...)"
   
   C'est qu'elle a eu une existence mouvementée notre Herra, une enfance en plein dans la guerre, avec un papa nazi et une maman qui ne l'était pas, une jeunesse agitée et un âge adulte pas bien calme non plus... Il y a bien des choses à raconter, dont il ne lui reste qu'une vieille grenade allemande (mais pas le modèle avec manche, le modèle ovoïde) dont personne ne sait au juste si elle est encore dangereuse (il faudra attendre la fin du livre) et qu'elle ne quitte jamais. C'est elle qui lui redonne confiance dans les moments de crainte. Cette capacité de tout faire sauter, si vraiment ça se met à aller trop mal, l'a beaucoup soutenue toute sa vie, et la soutient encore. Sur sa table de nuit. Elle n'hésite pas à affirmer que c'est un objet d'art, si quelqu'un s'interroge :
   "- Ce serait pas une vieille grenade?
   -Non, c'est un bijou. Vous n'avez pas entendu parler de l'Œuf du Fin Berger?"

   
   Pour cette fin de vie solitaire dans son garage, les compagnons d'Herra sont ses cigarettes et son ordinateur, branché sur internet, dont elle sait fort bien se servir, et elle s'est ainsi créé plusieurs profils facebook, dont celui d'une ex Miss Monde qui a beaucoup de succès et avec lequel elle mène des échanges suivis. Elle peut aussi s'en servir pour se venger... Et surtout, il lui sert à raconter sa vie avant qu'elle se termine.
   
   Un ouvrage bien intéressant qui m'a appris à peu près tout ce que je sais actuellement de l'histoire de l'Islande bien qu'il faille se souvenir que l'héroïne (présentée comme la petite-fille du 1er président islandais) et ses parents sont fictifs. Mais le contexte est réel, en particulier la place instable du pays pendant la guerre où il acquit son indépendance. Sans oublier que, bien sûr, la vie d'Herra n'a jamais été ennuyeuse non plus.

critique par Sibylline




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