Lecture / Ecriture
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Un monde beau, fou et cruel de Troy Blacklaws

Troy Blacklaws
  Un monde beau, fou et cruel

Troy Blacklaws est un écrivain sud africain né en 1965. Il a grandi au Cap durant l'apartheid et a étudié l'anglais à l'université de Rhodes. Il a enseigné la littérature anglaise en Angleterre, à Vienne et à Francfort.

Un monde beau, fou et cruel - Troy Blacklaws

Zero, Jero, Zorro
Note :

    Beau, fou et cruel! Comme le chantait Johnny Clegg, oui, il est tout cela, le monde que nous peint Troy Blacklaws. O combien! Et barbare, romantique, désespérant, plein de lumière, effroyable, dangereux, heureux...
   
   1994, Nelson Mandela devient le premier président noir d'Afrique du Sud, l'apartheid est mort. C'était donc il y a 20 ans. Qu'en est-il de l'Afrique du Sud aujourd'hui?
   
   Troy Blacklaws nous en montre une part, perché sur l'épaule de Jero, métis à la peau "entre la cannelle et le potiron", étudiant et poète, préparant (vaguement) une thèse sur Garcia Marquez. Pour l'instant, il a été embarqué par son père Zero, qui l'installe dans un petit village de pêcheurs où se tient en permanence un marché d'objets artisanaux. Jero doit y vendre des animaux en perles zoulous. En fait, on a l'impression que Zero l'a plutôt installé là pour l'occuper et le tenir loin de la ville si dangereuse (et encore, Le Cap est un havre par rapport à Johannesbourg). Jero, le poète, pose un regard sévère sur son père, le caïd. Zero est un voyou, chef de bande, n'hésitant pas à tuer (mais peu de gens hésitent, apparemment en Afrique du sud), il vaque à ses affaires, trafics en tous genres et ce qu'il considère comme "une justice poétique", qui couvrirait aussi bien les animaux que les hommes.
   
   Un chapitre sur deux, nous changeons d'angle de vue pour découvrir l' Afrique du sud depuis l'expérience mouvementée de Jabulani, professeur zimbabwéen qui a été renvoyé et auquel on n'a plus permis aucun emploi d'aucune sorte, pour avoir plaisanté sur les chemises de Mugabe. Avec sa femme et ses deux enfants, ils en sont à fouiller les poubelles pour se nourrir, leur chat a été tué, aussi se décide-t-il, malgré les risques, à passer clandestinement la frontière vers l' Afrique du sud, dans l'espoir d'y prendre un nouveau départ. Hélas, l'opération est dangereuse et les immigrés ne sont pas les bienvenus.
   
   L'action se met en place, Jero tombera amoureux tout aussi bien que s'il ne vivait pas dans une poudrière, Jabulani sera capturé par des trafiquants de drogue qui utilisent les clandestins comme esclaves dans leur plantation. Quant à Zero, nous découvrirons peu à peu le Robin des bois blessé qui se cache sous le caïd et sa redoutable efficacité.
   
   Ces aventures incessantes rendent le récit captivant et le lecteur est constamment avide de savoir ce qu'il adviendra de Jabulani ou des amours de Jero. Le roman se dévore comme un polar. Mais c'est tout autre chose. Tout d'abord, il y a l'écriture, belle poétique, pleine du chant des baleines, des parfums des fruits et des couleurs éclatantes du paradis sur terre que pourrait être cette région du monde. Jamais Blacklaws ne nous le laissera oublier. Et puis il y a les "vues de l'intérieur" d'un pays où la police, corrompue ou non, est complètement dépassée. Une jungle où tout peut arriver, les femmes étant comme toujours les principales victimes, et où règne la seule loi du plus fort et des circonstances. Si la couleur de la peau n'est plus aussi déterminante, l'égalité est loin d'être une réalité "et, pour beaucoup de gens des bidonvilles, liberté n'est qu'un mot, aussi flou que le mot ironie. Pour ces gens, rien n'a changé, à part la couleur de leur chef. Elle perce là, l'ironie."
   
   
   Titre original : Cruel, Crazy, Beautiful World

critique par Sibylline




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