Lecture / Ecriture
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Autoportrait au radiateur de Christian Bobin

Christian Bobin
  La dame blanche
  Une petite robe de fête
  L'homme-joie
  L'inespérée
  Autoportrait au radiateur
  La femme à venir
  Un bruit de balançoire

Christian Bobin est un écrivain français né en 1951.

Autoportrait au radiateur - Christian Bobin

Journal de deuil
Note :

   Ce petit recueil n’est sans doute pas, et de loin, le meilleur texte de Christian Bobin, mais si vous êtes sensible à la sincérité et l’authenticité de cet auteur particulier, vous apprécierez cette invitation à une conversation intérieure. D’où vient ce titre à l’humour ironique, je suppose.
   
   Paru en 1997, cet autoportrait réside dans la reproduction du journal de deuil de Christian Bobin, qu’il entreprend après le décès de sa compagne. La fulgurance de la séparation définitive l’a anéanti, et lui qui se pose volontiers comme un anti- homme d’action, plus volontiers livré à ses émotions, accède par l’écriture de menus faits, à la source qui lui permet de renouer avec le sentiment de vivre, grâce à l’humble beauté des fleurs, ses nouvelles compagnes dont il suit attentivement le destin, de l’éclosion au flétrissement.
   
   La particularité de l’écriture de Christian Bobin tient à son rapport en apparence dépouillée à un environnement réduit au minimum : il s’agit d’un arbre à l’ombrage accueillant, d’un rayon de soleil qui entre par la fenêtre, d’une pensée des enfants de sa compagne, d’une promenade apaisante dans la nature environnante. Ces émotions intimes suscitent le besoin de notes, et l’écriture constitue le lien, le limon sur lequel Bobin cultive sa relation à la disparue. Tenir ce journal entretient la présence de l’Absente, comme elle est parfois nommée. L’effacement de ce prénom n’est pas un détail, car il nous semble qu’ainsi Christian Bobin lui confère une réalité supérieure, hors d’atteinte des contingences matérielles.
   
   Petits extraits en guise d’amuse –lecture :
   
   "Samedi 6 avril 1996
     Je les rencontre une fois par semaine dans une rue en pente. Je les ramène chez moi et je les regarde vivre. Apparemment, ce sont des fleurs. Apparemment. Les choses ne sont jamais seulement des choses. Celles-ci, par exemple, des tulipes, font résonner dans l’appartement une note gaie, fraternelle. Les livres que je ne peux m’empêcher d’ouvrir ne sont pas aussi généreux…" (page 9)
   
   Mercredi 10 avril
   Ne pas donner son cœur aux fantômes. Les fantômes, ce ne sont pas les morts, certes non, ce sont les vivants quand ils se laissent emmailloter par les bandelettes de leurs soucis…"
   
   Vendredi 6 septembre
   C’est du tout petit, ce que je fais. C’est de l’ordre du minuscule, de l’infinitésimal. À la question que faites-vous dans la vie, voilà ce que j’aimerais répondre, voilà ce que je n’ose pas répondre : je fais du tout petit, je témoigne pour un brin d’herbe. ( page 89)
   
   Mardi 31 décembre
   J’ai rendez-vous chaque matin avec la beauté du monde. La beauté du monde est assise en face de moi. La beauté du monde change de chaise tous les jours. La beauté du monde, à mon réveil, s’appuyait, rêveuse, sur le portail blanc d’une maison de l’autre côté de la rue…"

critique par Gouttesdo




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