Lecture / Ecriture
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Les pierres sauvages de Fernand Pouillon

Fernand Pouillon
  Les pierres sauvages

Les pierres sauvages - Fernand Pouillon

Le temps des bâtisseurs
Note :

   Au XII ème siècle un moine mandaté par Bernard de Clairvaux se rend à Notre-Dame de Florielle pour organiser la mise en chantier d’une future abbaye. Il arrive par Avignon et les Alpilles et fait halte à Montmajour.
   "Le jour de la saint Jean de Damas nous nous sommes arrêtés à Montmajour"
   

   Sur le futur emplacement, le défrichement de la forêt a déjà commencé. Le chantier est né. Il est le maître d’œuvre et va dans les mois qui suivent organiser le travail. La préparation est ingrate, longue et nécessite l’embauche de tous les corps de métier nécessaires : carriers, forgerons, potiers, bûcherons.
   
   Il faut en premier lieu construire des bâtiments annexes où loger les moines, les convers et tous les ouvriers. Il faut essarter, labourer, semer, créer potager et verger, pressoir et moulin à huile, bergerie et étable, le nécessaire pour assurer la subsistance de tous. Un jardin des simples pour soigner.
   
   Un potier est en charge des tuiles qui couvriront les bâtiments. Des charpentiers préparent les longues poutres et solives qui serviront à la charpente.
   
   Le travail est lent
   
   "Dans les meilleurs conditions, six années seront consacrées à à l’extraction et à la taille."
les matériaux choisis ne sont pas ceux auxquels les tailleurs de pierre sont habitués, il y a là des pierres fragiles, d’une couleur inhabituelle, des "pierres sauvages".
   
   Contre tous il choisit de monter les murs sans utiliser de mortier pour garder toute sa beauté à la pierre, mais cela exige un travail plus difficile, la taille doit être parfaite.
   
   Il est alternativement confiant et inquiet mais pour lui "la difficulté est l’un des plus sûrs éléments de la beauté" il tente de ne jamais oublier les vertus nécessaires "Patience, Persévérance et Humilité".
   
   Il ne peut oublier son rôle spirituel, faire vivre ensemble des hommes différents, les uns sont de simples ouvriers, les autres voient là une mission de foi.
   
   Il lui faut respecter les prérogatives de chacun, ménager la susceptibilité des uns et des autres. Il est garant de la règle de Saint Benoît tout autant que de la bonne avancée des travaux et parfois le souci du chantier le pousse à accepter quelques entorses à la règle sacro-sainte.
   
   Les accidents, les intempéries, la dégradation de sa santé le font parfois douter de la réussite du projet, doutes et regrets l’assaillent, il aurait voulu avoir le temps pour "Etudier, observer, contrôler, revenir en de nombreux repentirs, afin d’atteindre une perfection certaine."
   

   Ce journal de la construction de l' abbaye du Thoronet est d’une austérité toute bénédictine, le récit est âpre, rude, à l’image du futur édifice. C’est dans le même temps une chronique très vivante et une méditation sur la volonté qui portait ces hommes pour affirmer la puissance divine par une œuvre belle, simple, qui rende présent l’invisible.
   
   Un très beau roman, un acte de foi dans l’architecture, l’art et la main de l’homme.

critique par Dominique




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