Lecture / Ecriture
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Les vivants de Pascale Kramer

Pascale Kramer
  L'implacable brutalité du réveil
  Les vivants
  Onze ans plus tard
  Autopsie d'un père

Pascale Kramer est une écrivaine suisse née en 1961.

Les vivants - Pascale Kramer

... et les morts
Note :

   Nous sommes en plein été, dans l’arrière-pays niçois. Il fait si chaud que le temps semble se figer sur place. Une jeune mère, accompagnée de son frère de dix-sept ans, trimbale gentiment ses deux enfants pour meubler une inoccupation que rien dans ce village paumé et éloigné de tout ne vient distraire.
   
   Soudain, c’est l’accident tragique. La vie bascule en quelques petites secondes : la mort en direct, bêtement, sans rien pouvoir faire. A distance, on comprend immédiatement que les deux enfants viennent de mourir, prisonniers d’une jeu excitant et stupide qui tourne mal.
   
   Comment continuer à vivre quand la chair de sa chair n’est plus? Comment accepter et gérer sa responsabilité indubitable dans cet accident à dix-sept ans? Pourquoi et comment vivre en plein été, jeunes, prisonniers de ses pulsions?
   
   Pascale Kramer dresse le portait d’un quatuor saisi en pleine force. Nous assistons à une métamorphose en direct, assez saisissante. Celle laissée par la disparition soudaine de ceux qui symbolisaient la vie et qui laisse quatre vivants abasourdis, hébétés.
   
   Nous accompagnons avec pudeur et intelligence la jeune mère qui s’enfonce dans une dépression que quelques rares moments d’insouciance viennent zébrer avant de l’abandonner à encore plus de désespoir et son mari. Ce dernier tente vainement de calmer sa douleur en se réfugiant dans des adultères violents où le sexe crû n’est là que pour combler la perte définitive de l’amour. La perte des enfants va rapidement l’engager sur la voie de ruptures en chaîne, d’une recherche quasi adolescente de son moi.
   
   Quant au jeune frère, il doit sans cesse naviguer entre les humeurs des deux protagonistes précédents. C’est en regagnant l’intimité de sa sœur, en contribuant à la sortir parfois de sa torpeur, tout en frisant fréquemment des comportements et des sentiments quasi incestueux, qu’il parviendra lui aussi à se reconstruire. C’est avec son beau-frère qu’il découvrira que la jouissance aveugle peut calmer une sourde douleur, inexprimable car il faut taire l’irréparable.
   
   Enfin, il y a la mère, quadragénaire que l’âge a cessé de gâter, divorcée et qui tente de recoller les morceaux, maladroitement, de donner la force aux autres de vivre. Pour elle aussi, la relation qu’elle entretient avec un homme dont nous ne saurons rien, est une question vitale. C’est dans l’amour physique qu’elle se réfugie pour compenser l’amour tout court, absent.
   
   Soudain, l’argent fait irruption. On ignore d’où il vient. De cet homme peut-être? Seul compte le fait qu’il aide à fuir les problèmes, en consommant pour s’abrutir, jusqu’au moment où le deuil a fait son chemin et pousse à s’installer ailleurs, pour revivre. Pour redevenir des vivants que ces quatre là ne sont plus que par sursis.
   
   L’auteur a choisi un sujet difficile et douloureux et sait nous faire cheminer au cœur des âmes meurtries de ses personnages. L’écriture est belle, maîtrisée et parsemée de figures descriptives empreintes d’un réel talent.
   
   Pourtant, on reste sans arrêt à la surface des choses du fait d’un zapping incessant entre les personnages sans doute. Du fait aussi d’une écriture qui manque parfois d’aération et n’invite pas suffisamment à un temps de respiration. C’est haletant mais le lecteur reste sur la réserve et une certaine défensive. Jamais, je ne suis véritablement entré dans cette histoire à laquelle j’ai assisté, de l’extérieur.
   
   Dommage. C’est un assez beau roman qui aurait pu être très beau avec un zeste de folie en plus.

critique par Cetalir




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