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Une autobiographie de Neil Young

Neil Young
  Une autobiographie

Une autobiographie - Neil Young

Toutes ses passions...
Note :

   Neil Young n’est pas du genre tiède, à faire les choses à moitié. Son autobiographie, il l’a écrite lui-même –quasiment une année durant, dit-il – et il ne cache pas grand-chose. Pour ne pas dire rien, mais là… je ne suis pas dans sa peau!
   
   L’autobiographie à proprement parler couvre toute sa vie passée. De sa petite enfance du côté de Winnipeg, Canada (ah, la chanson "Don’t be denied" sur "Time fades away!") et le drame de la séparation de ses parents avec le départ au loin de son père, journaliste sportif. Ses débuts laborieux, canadiens, puis rapidement californiens, la rencontre avec Stephen Stills et la création de Buffalo Springfield,... puis la suite, le reste, toujours d’actualité, notamment avec "Crazy Horse" groupe de légende... Ça, c’est pour l’aspect musical. Certainement le plus riche mais, il nous le confirme, complètement impacté par les soubresauts qui jalonnent sa vie personnelle. Entre premier mariage raté, divorce, bonheur trouvé avec Pegi Young puis des enfants handicapés...
   
   La vie n’est pas forcément simple pour les créateurs non plus (elle le serait peut-être même moins?). Il nous parle des addictions dont il est parvenu à se débarrasser. Et de toutes ses autres passions. Oui, il y en a bien d’autres.
   
   Des surprenantes comme... les trains électriques. Des connues comme... les voitures anciennes et prestigieuses (pas forcément d’ailleurs). Des prévisibles comme... le son, la pureté du son et sa croisade contre le format mp3 qui va tuer le goût musical prétend-il. Il tente d’ailleurs, comme il nous l’explique de développer un nouveau procédé "Pure Tone". Des inattendues comme... le développement de la voiture électrique...
   
   Eclectique le Neil Young, et s’impliquant à fond dans tout ce qu’il entreprend.
   
   Ce qui surprend, c’est la forme qu’il a adoptée pour nous relater tout ceci. Point de linéarité, ni même de traitement par thèmes. Non, c’est comme ça vient, chapitre après chapitre, sautant de l’âne au coq, sautant les années, à reculons, à cloche-pied... Pour le fan de Neil Young, pas difficile de retomber sur ses pieds. Et comme je vois mal un autre public lire cet ouvrage que le fidèle public de celui qui restera, n’en doutons pas, comme une des plus grandes figures de l’histoire du rock, celui à la longévité la plus grande, à la prolixité la plus constante?
   
   Pour donner le ton du bouquin, le tout dernier paragraphe :
   "Je remonte dans la Continental et reprends la route en direction du café. En arrivant, j’aperçois le pick-up Ford 1957 de Larry Johnson sur le parking. J’entre dans l’établissement et j’aperçois Larry et Briggs dans un coin, en train de boire un café pour accompagner leur petit déjeuner un peu tardif. Je me dirige dans leur direction et m’installe à leurs côtés. On ne se dit pas grand-chose. David m’annonce que Kirby s’est peut-être dégotté un job dans un studio. Kirby est très habile de ses mains, il est capable de réparer n’importe quoi, et en plus il est très sympathique et agréable. Ça nous fait bien plaisir. Larry se lève pour passer un coup de fil et se dirige vers le téléphone public accroché au mur dans un coin. Il nous demande de lui commander un autre café quand la serveuse reviendra. Briggs se tourne vers moi et me demande sur quoi je suis en train de travailler."
   

   Neil Young, indéniablement un gars simple, un gars bien.
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critique par Tistou




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Long way WE run...
Note :

   Ma première rencontre avec la musique de Neil Young date de 1972 où j'avais écouté chez un de mes amis "Harvest". Si ma mémoire est bonne, nous devions partir passer quelques jours en Belgique sûrement pour les fêtes de Pâques. Alain, l'ami en question, avait découvert cet album dans l'émission Campus de Michel Lancelot.
   
   Quarante ans déjà! Durant ce laps de temps, j'ai toujours suivi la carrière de ce chanteur, ses bons et ses très mauvais moments. Qui bien évidemment se répercutent sur sa production discographique.
   Neil Young, un peu en panne d'inspiration due peut-être à l'arrêt de l'herbe et de l'alcool, et en plus victime d'une fracture d'un orteil, décide d'écrire ses mémoires, mais aussi de parler de ses projets. Cela donne ce livre d'aspect rétro avec un portrait en noir et blanc que je trouve très réussi. Cet ouvrage commence étrangement par le déballage d'une locomotive électrique de collection, cadeau habituel de Pegi pour les fêtes! J'avais entendu parler de Neil Young grand amateur de voitures anciennes, propriétaire de bisons, mais pas comme collectionneur de trains électriques. Première découverte, très anecdotique malgré tout.
   
   Neil Young, sa vie, son oeuvre par lui-même. D'Omemee (There is a town in north Ontario, with dream comfort memory to spare,) à Hawaï en passant par la Californie. Sa famille, son épouse et ses trois enfants, avec de gros soucis pour ses deux garçons, de ses problèmes de santé, de la poliomyélite à une rupture d'anévrisme. Du rêve hippie au matérialisme de maintenant, un changement de monde et d'époque, des bonheurs et les drames et accompagnés d'une discographie impressionnante. De l'alcool et la drogue, à l'abandon de ses substances, mais la question est clairement posée, quel en sera l'effet sur la production artistique?
   
   De son premier album solo "Neil Young" à "Americana", le seul uniquement composé de reprises, en attente du prochain "Psychedelic Pill" où il retrouve Crazy Horse! Des "Squires" de ses débuts à une collaboration avec Daniel Lanois, de Buffalo Sprinfield au Stay Gators, de C.S.N. & Y à Crazy Horse à la musique du film "Dead Man"ou alors "The Noise". Relativement unique par sa diversité, Neil Young a musicalement pratiquement tout essayé, avec des fortunes diverses, mais allant toujours au bout de ses idées du moment.
   
   Que reste-t-il de cette longue période de ma vie avec celui qui restera un compagnon de route? Pas un artiste, encore moins une star, un artisan profondément humain avec des périodes musicales de moindre importance, mais marginales dans sa production. Chez moi ce sont plus de 100 CD, une dizaine de DVD, quelques livres et des heures et des heures d'écoute. Ce sont aussi deux concerts à Paris, l'un avec Crazy Horse à Bercy et l'autre au Rex.
   
   Ma plus grande frustration, avoir attendu presque 30 ans pour pouvoir réécouter "On the Beach", ce chef d’œuvre! En dehors des disques super connus, j'aime beaucoup "This's note for you" pour la dénonciation de la place prise par la publicité et son clip absolument délirant. Hors des sentiers battus, j'adore écouter "Eldorado" en version solo et acoustique qui figure sur un disque pirate.
   Durant une partie de ma vie, j'ai travaillé chez un bottier mondialement connu à Paris ou à Londres. J'ai donc vu ou même côtoyé certaines personnes dont il est question dans ce livre : Stephen Stills ; cela se passait au début des années 70 ou 71. Jacky Nitzche qui a travaillé sur l'album "Neil Young" ; les frères Ertegün : Ahmet, grand et d'allure plutôt austère (il fut le compositeur de la chanson reprise par Johnny Hallyday " Pas cette chanson"), Neshui, petit et jovial, que Neil ne mentionne pas, qui étaient directeurs de la compagnie de disques "Atlantic Records", grands découvreurs de talents musicaux!
   
   Dans ce livre, Neil Young mêle ses préoccupations actuelles, une certaine conception du son et de la musique ainsi que la mise au point d'un modèle de voiture beaucoup plus écologique qui se fait actuellement. Mais il revient aussi très longuement sur sa vie, son œuvre musicale, bref les souvenirs d'un homme intègre.
   
   Neil Young n'est pas à proprement parler un écrivain. Je pense que, comme il le reconnaît lui-même pour d'autres sujets, il est trop impatient pour lire et relire certains passages de cette oeuvre, qui, du coup gagne beaucoup en spontanéité. Cette réflexion résume cet état de fait :
   -La forme pour la forme ne m'intéresse pas. Donc, si vous avez des difficultés à lire ce livre, donnez le à quelqu'un d'autre.

   Certains de ses disques semblent eux aussi fait dans l'urgence.
   
   Pour clore ce récit, Neil Young rend hommage à ses compagnons musiciens disparus durant toutes ces années : David Briggs, Danny Whitten, Tim Drummonds, Jack Nitzche... merci à eux.
   Une chose mérite d'être soulignée, c'est la rapidité de la traduction.
   
   
   Extraits :
   
   - Il faut être sûr que les nouvelles chansons et la nouvelle musique seront prêtes et auront un sens pour nous. C'est notre ticket d'entrée pour le futur : sans nouvelles chansons on ne fait que revisiter le passé.
   
   - Mais j'ai peut-être imaginé tout ça. Il m'arrive souvent que mon imagination prenne les commandes.
   
   - J'adore ses amitiés qui n'en finissent pas de durer. J'ai parlé à Pancho de mon idée de remettre Crazy Horse en marche et il est d'accord.
   
   - Quelque chose était en train de se produire, sans qu'on sache bien quoi exactement. C'était Buffalo Springfield, voilà ce que c'était.
   
   - "Tu es sûr que tu veux sortir ÇA, Neil, C'est vraiment brut de pomme, ça risque de ne pas être très bien accueilli." (Il s'agit du disque Tonight's the Night).
   
   - Un des concerts les plus déprimants dont je puisse me souvenir. Un monstrueux trip d'égo carburant à la coke. La musique était littéralement étouffée.
   
   - Le temps du bonheur. C'est ça, Crazy Horse.
   
   - J'ai senti la musique mourir cette nuit là.
   
   - Jusqu'ici, j'ai toujours écrit défoncé.
   
   - Cela fait partie de mon job. S'occuper d'un groupe n'a pas que des bons côtés.
   
   - Il faut garder en mémoire les moments où la vie a brillé de tout son éclat. Ce sont ces moments qui nous donnent la force d'avancer dans l'obscurité quand elle tombe.
   

   Titre original : Waging Heavy Place (2012)

critique par Eireann Yvon




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