Lecture / Ecriture
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Ecoute la pluie de Michèle Lesbre

Michèle Lesbre
  Le canapé rouge
  La petite trotteuse
  Sur le sable
  Un lac immense et blanc
  Ecoute la pluie
  Chemins
  Chère Brigande

Michèle Lesbre est une écrivaine française née en 1939.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Ecoute la pluie - Michèle Lesbre

Une extrême sensibilité
Note :

   En Décembre 2003, dans la station de métro Gambetta à Paris, Michèle Lesbre fut approchée un court instant par un vieil homme qui lui glissa quelques mots avant de se jeter sous ses yeux sous les roues de la rame qui entrait en gare. Ce fut pour l’auteur un moment d’une grande violence et qui la marqua à vie. Un premier roman, "Le canapé rouge" rendit un hommage à cet anonyme. Il en devient le point de départ, le fil conducteur de ce deuxième très beau roman.
   
   Tout commence ainsi pour la femme qui est au centre de ce récit comme Michèle Lesbre le vécut elle-même. Un vieil homme l’approche, lui sourit et se jette sur les voies du métro qui passe. Profondément ébranlée par cette violence et ce contraste insaisissable entre cette amabilité de surface et cette noirceur, cette douleur qui poussent au geste ultime, la femme sort en hurlant du métro.
   
   Cet incident se produit alors qu’elle vit elle-même une période charnière de sa vie. Voici quelque temps qu’elle s’est installée dans une relation difficile avec un photographe. Elle habite Paris, lui Nantes. Chaque week-end, quand il n’est pas quelque part dans le monde à couvrir un événement ou une catastrophe, elle part le rejoindre dans un hôtel d’une petite station balnéaire bretonne où elle passait enfant ses vacances d’été. Elle devait d’ailleurs s’y rendre ce soir là et ne le fera pas car il lui faut évacuer ce stress intense qu’elle vient de vivre.
   
   Errant dans les rues de la capitale, débarquant à l’improviste dans une soirée où elle n’est pas attendue et où elle hurlera sa douleur, terrée dans son appartement, elle se livre à une réflexion décousue mais lancinante, tentant de reconstruire une vie à ce vieil homme qu’elle n’a rencontré que pour quelques secondes fatales. Mais surtout, elle s’interroge sur cette relation amoureuse, le choc qu’elle vient de subir jouant le rôle de déclencheur d’une interrogation salutaire, presque une urgence. Voici des mois, des années peut-être que cette relation dure sans véritablement exister pour de bon. Les cohabitations furent des échecs, les disputes s’enchaînant aux ruptures.
   
   D’ailleurs, elle ne répondra pas au message que son amant lui a sans doute laissé sur son répondeur, elle ne le préviendra pas non plus de son empêchement comme si, inconsciemment, elle voulait lui laisser le soin d’une rupture. Tentation qu’elle lui donnera la possibilité aussi d’écarter en lui laissant, au bout de vingt-quatre heures de désarroi, de tristesse et de réclusion, un énigmatique message en forme d’amour "Ecoute la pluie". Sans doute aura-t-elle choisi de laisser vivre cet amour qui l’habite mais elle veut que ce soit lui qui en décide, qui éclaircisse ces nombreuses zones d’ombre qu’elle aura eu le courage enfin d’affronter.
   
   Michèle Lesbre signe ici un roman d’une extrême sensibilité et qui nous touche au plus profond. Un roman d’une grande pudeur, superbement écrit, et que nous ne saurons que trop vous encourager à découvrir.
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critique par Cetalir




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Un sourire et adieu
Note :

   "J'ai marché vers ce café, j'étais terrassée par le pouvoir qu'avait le vieil homme du métro de faire surgir tout un passé, le nôtre, tout ce qui avait jalonné la longue histoire qui n'en finissait pas de nous réunir et de nous séparer, de révéler ses failles et ses sursauts, de me faire douter d'elle".
   

   Commencer un roman de Michèle Lesbre, c'est la certitude de retrouver un univers familier, une narration qui court de livre en livre, comme un fil rouge. On sait qu'il y aura des cafés, des hôtels, l'errance d'une femme, des amours en pointillé et puis les petits riens de la vie ou les grandes interrogations existentielles, au gré des évènements.
   
   Celui-ci ne déroge pas à la règle. La scène d'ouverture en est le suicide d'un vieil homme, sur le quai du métro, sous les yeux de la narratrice, tétanisée par la rapidité du geste et le sourire que l'homme lui a adressé juste avant de sauter.
   
   Bouleversée, elle quitte les lieux et nous allons la suivre dans ses déambulations de la nuit, perdue dans ses réflexions et comme en suspension de sa propre vie. Elle allait rejoindre son amant à l'hôtel des Embruns, au bord de la mer, elle sait qu'elle ne peut plus le faire. Le suicide du vieil homme la pousse à s'interroger sur sa relation avec l'homme qu'elle allait retrouver. A-t-elle toujours un sens ?
   
   Je ne suis pas très impartiale avec cette auteure, j'aime inconditionnellement son écriture et son univers feutré, élégant, rempli de rencontres et de références qui me parlent. Jamais rien d'ostentatoire chez elle, simplement une trajectoire personnelle qui me touche.
   
   "Les vies d'adultes ne sont que tentatives pour guérir le chagrin de l'enfance inachevée, toujours inachevée..."

   ↓

critique par Aifelle




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Toute la pluie tombe sur moi...
Note :

   Une station de métro, un vieil homme voûté en imperméable beige avec une canne, qui lui sourit, puis alors que la rame longe les quais, cet inconnu saute sur les rails, tel un cabri.
   
   La narratrice est choquée par cet incident, ce suicide en direct et elle ressort de la station alors qu’elle doit prendre un train pour rejoindre son amant épisodique à leur lieu de rendez-vous habituel, l’hôtel des Embruns.
   
   Déboussolée, elle vaque dans les rues, accroche son regard à une vitrine, est tentée par une robe verte, qu’elle achète, puis oublie sur un banc. Elle rentre chez elle, ressasse ce qu’elle a vu, retourne vers le banc, mais naturellement le sac contenant son emplette a disparu.
   
   Elle revient chez elle. Le témoin lumineux de son répondeur téléphonique clignote, mais elle n’écoute pas le message. Elle se décide à appeler l’hôtel afin de prévenir l’aubergiste de sa défection momentanée, se promettant de prendre la train du matin suivant.
   
   Elle ne peut dormir, remâche ses souvenirs, se souvenant des déplacements effectués avec son amant photographe, de leurs voyages à l’étranger, de leurs ruptures provoquées par leurs déplacements, leurs séjours à l’hôtel des Embruns ou ailleurs, tout un flot de réminiscences qui l’obsèdent.
   
   Puis elle ressort, se rend au commissariat, seulement pour se présenter comme témoin de la chute volontaire du vieillard, et parcourt la ville alors que la pluie tombe.
   
   Une déambulation dans les souvenirs et dans la ville (C’est beau une ville la nuit…), que la narratrice narre à son amant absent, un monologue qui prend des chemins détournés, voguant entre présent et passé, entre cet épisode auquel elle a assisté sans pouvoir influer sur le cours des événements, et ses rencontres avec amant qui ponctuent son passé et qui l’attend peut-être impatiemment.
   
   Un court roman intimiste, dense et bouleversant selon la quatrième de couverture, puissant, réaliste, si réaliste que l’on est à même de se demander s’il ne s’agit pas d’une histoire vécue.
   
   Ou que l’on se forge en regardant autour de soi, sur un quai de métro en attendant la rame. Et en se projetant, mentalement, sur des possibilités de distorsion de l’histoire, d’un dénouement qui probablement ne se produira jamais, d’un destin qui ne peut être contrarié.

critique par Oncle Paul




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