Lecture / Ecriture
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Le criminel de Jim Thompson

Jim Thompson
  1275 âmes
  Le démon dans ma peau
  Rage noire
  Nuit de fureur
  Liberté sous condition
  Le lien Conjugal
  Le criminel
  Ici et maintenant
  Des cliques et des cloaques
  Avant l’orage
  Cent mètres de silence
  Un meurtre et rien d'autre
  Pottsville, 1280 habitants

Jim Thompson est un auteur américain de romans policiers, né en 1906 dans l'Oklahoma et mort en 1977.

Le criminel - Jim Thompson

Présomption de culpabilité
Note :

   Retour aux sources de la littérature noire en guise de récréation avec ce court roman. Il me semble l'avoir déjà lu, il y a quelques années, mais pas sûr.
   
   Un père se pose la question suivante : quand et pourquoi son fils a commencé à changer, et pourquoi a-t-il violé et tué sa jeune voisine? Il repense à sa vie, son problème de travail, la guerre, période faste pour les heures supplémentaires et les bons salaires. Il se remémore l'enfance de Bob, le peu de temps qu'ils ont passé ensemble et il se demande s'il n'a pas une responsabilité dans le fait que son fils soit en prison! Car il semble que Bob avait certains problèmes relationnels avec son père, qu'il manquait souvent l'école et que Josie n'était pas non plus en classe à ce moment-là! Bob et Josie ont eu des relations sexuelles ce jour-là. Comme elle est morte, c'est Bob obligatoirement! Même si lui était un peu renfermé et timide et elle plutôt coureuse! En plus tout semble l'accuser, et ses explications sont un peu incohérentes.
   
   Pour les journalistes mis sous pression par Henley, leur patron, qui veut du sensationnel, la seule option qui procure des gros tirages, même si la vérité est un peu le parent pauvre de l'affaire! Et il faut un coupable, car il y a un coupable ; que ce ne soit pas forcément la bonne personne, c'est bien dommage, mais c'est plus facile et plus rapide! Bref Bob devient le bouc émissaire de toutes les vengeances, les habitants de la ville et les gens qui le connaissent le dépeignent de façon de plus en plus noire, il devient le meneur de tous les gosses mal élevés, maintenant que vous m'y faites penser et son institutrice n'a pas de mots assez durs envers lui. Les autorités judiciaires s'en mêlent, car on est en période électorale, et il faut montrer sa force, sa détermination pour convaincre les électeurs indécis. Votez pour moi et la justice triomphera.
   
   Les narrateurs sont nombreux et passent de la famille à différents protagonistes que l'on découvre au fur et à mesure de l'histoire. Allen Talbert et Martha Talbert, père et mère de famille, américains moyens, très moyens, lui capable de révoltes sporadiques. Bob, le fils devient, à cause d'une après-midi d'école buissonnière et une mauvaise rencontre, un tueur et violeur, âgé de 15 ans jeté à la vindicte populaire! Les voisins, Fay et Jack Edelman et leur fille Josie, anciens bons amis. Les relations sont maintenant tendues entre eux, ainsi qu'entre leurs enfants. Et étrangement Jack ne croit pas à la culpabilité de Bob, mais rejette la faute sur Allen qu'il considère comme un triste sir, salopard et mauvais voisin. Donald Skysmith, rédacteur en chef du "Star" et William Willis, autre journaliste, feront du pauvre garçon le centre d'une querelle personnelle. Ce dernier dans des moments très fugaces sait que son article va enfoncer Bob, mais bon, ce gosse n'avait qu'à ne pas être là ou dans les environs et puis il a eu des relations avec la défunte. Donald lui a ses propres soucis, la santé de son épouse et le mépris que lui porte Henley. Quelques figures improbables chères à Jim Thompson apparaissent en fin de récit, sortes de fous furieux pathétiques. Des représentants de la justice, avocat, ou famille de noirs présents sur les lieux viendront faire leurs effets de manches pour le plus grand mal de l'accusé!
   
   Pas un des chefs- d’œuvre absolus de Jim Thompson comme "1275 âmes" ou "Rage noire" pour ne parler que des titres chroniqués sur ce site, mais un livre sur la responsabilité partagée et sur le pouvoir des médias et de l'opinion publique. Pas réellement un roman facile comme si l'auteur l'avait compliqué par plaisir.
   
   On retrouve en particulier dans la bouche de William Willis deux phrases dignes de Nick Corey dans "1275 âmes" :
   "Ma foi, il était tout aussi possible qu'il soit coupable ou qu'il ne le soit pas. Je n'aurais pas affirmé qu'il l'était, mais je n'aurais pas non plus affirmé qu'il était innocent".

   
   
   Extraits :
   
   - Mais peu importe ce qu'elle a sur le dos, ça ne change pas grand-chose. Elle a quand même l'air de ne rien avoir du tout.
   
   - De toute façon, même si on avait fait quelque chose, qu'est-ce çà aurait changé? Il le fait bien, lui, avec maman. C'est si mal que ça, pourquoi...
   
   - L'affaire criminelle idéale, voulait-il dire. Il n'y manquait rien. L'amour, la jeunesse, le sexe, le meurtre, le mystère.
   
   - Pour pouvoir descendre Dudley et Skysmith, j'allais devoir broyer Bob Talbert au passage, et je me cherchais des excuses. S'il était coupable, parfait, s'il était innocent, c'était mauvais pour moi. Très mauvais.
   
   - Ils avaient choisi de noyer leur chagrin dans l'alcool, et ils en avaient déjà absorbé suffisamment pour se montrer loquaces.
   
   - Ce gosse... Bon Dieu, cela n'avait sûrement pas arrangé son affaire! Mais - finalement, je n'avais rien inventé, non? Je n'avais rien exagéré? Non (me répondis-je), je n'avais rien exagéré.
   
   - Elle fit le tour de la table et pris la pose devant moi- la Séduction drapée dans la Soie Vaporeuse (ou, plus précisément, Circé en Bigoudis, le Visage Enduit de Crème).
   

   Titre original : The criminal (1953)

critique par Eireann Yvon




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