Lecture / Ecriture
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Le Fils de Bakounine de Sergio Atzeni

Sergio Atzeni
  Le Fils de Bakounine

Le Fils de Bakounine - Sergio Atzeni

La Sardaigne au temps du fascisme
Note :

   Lors d’un petit passage à ma librairie favorite j’ai reçu un conseil de lecture, je l’ai suivi et banco c’était du tout bon
   
   Quand votre père a juré d’inviter Bakounine à incendier l’église du village avec lui, il ne faut pas s’étonner après d’être surnommé "le fils de Bakounine" par tout Guspini, en Sardaigne on ne plaisante pas avec la politique.
   
   Son vrai nom est Tullio Saba et je vous propose de découvrir "Ce qui reste d’un homme, après sa mort, dans la mémoire et les paroles d’autrui."
   C’est compliqué de faire le portrait de Tullio Saba car il est devenu une quasi légende.
   Est-il uniquement ce bel homme qui aime parader devant les dames? Est-il un meneur de grèves communiste toujours près à bouffer du curé? Est-il celui qui a gravé "Vive Staline" sur un madrier au fond de la mine? Est-il ce fils de cordonnier toujours prêt à défendre les humbles?
   
   Parce qu’il est un peu tout ça Tullio Saba. Il est beau, oui, c’est certain, "Le plus beau du pays, les yeux noirs et rusés, aux mouvements vifs comme ceux du renard " et plus d’une femme de Guspini lui doit son bonheur!
   
   Un des meilleurs mineurs et qui "savait beaucoup de choses qui n'étaient pas écrites dans les journaux et que la radio ne disait pas sur la guerre d'Espagne, sur le communisme russe ; il savait et il parlait, il racontait" mais aussi "arrogant et mal élevé" donc le premier licencié quand il s’agit de remettre de l’ordre.
   
   Le portrait du héros apparaît petit à petit à travers les récits de ses amis, de ses voisins. Enjolivé, déformé, par ceux qui ont peu ou prou partagé sa vie.
   Un portrait tout en contradictions, démon athée pour les uns, saint laïque pour les autres. Où se situe la vérité, que reste-t-il d’un homme dans les souvenirs de ceux qui l’ont connu?
   
   Ce court roman est très réussi, même si le procédé narratif n’est pas original, il est mené très habilement. Apparaît une Sardaigne, pauvre et fière, au temps du fascisme, ce temps qui autorise les hommes vêtus de chemises noires à terroriser mineurs et paysans et à leurs faire avaler "l’huile de ricin" pour les mettre au pas.
   
   Cette alliance entre le destin individuel de Tullio Saba et celui de la Sardaigne, est un des plaisirs de ce livre.
   
   L’auteur, Sergio Atzeni est mort prématurément en 1995, à l’âge de quarante-trois ans, emporté par une vague, alors qu’il contemplait une tempête. La critique avait salué dès la publication du "Fils de Bakounine" un écrivain de talent, au seuil d’une œuvre majeure.

critique par Dominique




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