Lecture / Ecriture
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Mangez-moi de Agnès Desarthe

Agnès Desarthe
  Mangez-moi
  Le principe de Frédelle.
  Le remplaçant
  Dès 09 ans: Dur de dur
  Un secret sans importance
  Dès 06 ans: Les frères chats
  Cinq photos de ma femme
  Dans la nuit brune
  Une partie de chasse
  Ce qui est arrivé aux Kempinski
  Ce cœur changeant
  La chance de leur vie
  V.W. (Le mélange des genres)

Agnès Desarthe est une auteure française de livres pour adultes et pour enfants, née à Paris en 1966 à Paris.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Mangez-moi - Agnès Desarthe

Délicieux !
Note :

   À grands coups de bluff vis-à-vis de ses créanciers, Myriam ouvre un tout petit restaurant, «Chez moi», alors qu’elle n’a ni expérience ni qualification dans ce domaine hormis un sens aigu de l’invention culinaire et un grand respect des papilles. Quoi de plus indispensable !
   Le lecteur perçoit bien vite qu’elle mise beaucoup sur cette petite entreprise pour lui servir de tremplin vers une réelle reconstruction. Elle a, de toute évidence, besoin d’illuminer un peu sa destinée pour conjurer enfin un certain passé empli de douleur et de culpabilité.
   «Pour bien faire il ne suffit pas de suivre la route, il faut à tout instant la bitumer du goudron de nos rêves et de nos espoirs, la tracer mentalement, en s’efforçant de prévoir les inévitables virages et les inégalités du terrain.»
   
   De nombreux retours sur ce mystérieux passé font appréhender une rupture bien énigmatique avec sa famille : mari, fils et parents. Et ce mystère familial est entretenu tout au long du livre, parsemé ici et là de fragments d’une histoire inavouable qui ne cesse de la poursuivre.
   
   Derrière ses côtés contradictoires, désorganisés et un peu «dingues» aussi, Myriam dégage beaucoup de chaleur et de générosité. Dans le chamboulement de sa vie qui la hante, elle est pourtant parvenue, presque à son insu, à attirer sur sa route chaotique quelques anges qui la perçoivent finement et la protègent spontanément. Comme lorsqu’elle fut recueillie, tel un animal blessé au bord de la rupture, par une troupe de cirque qui finit par l’embaucher comme cuisinière. C’est là, sans nul doute, qu’elle développa ses exaltations culinaires originales. Puis, dans son tout nouveau restaurant, le jeune Ben qui lui servira de soutien et comblera si gracieusement ses faiblesses en matière de management.
   
   Son histoire se construit donc à son image, par petites touches désordonnées et pourtant si avenantes. En allant «Chez moi» c’est un peu elle aussi que l’on vient manger tant elle fait corps avec son petit coin.
   Dans ce contexte plus ou moins intrigant et tourmenté, qu’il est bon de déambuler dans le petit restaurant douillet de Myriam exalté par les fumets de sa cuisine où elle gratine, rissole, mijote, combine tant de délices alléchants. Les sens sont savoureusement excités.
   
   Aussi, c’est là tout l’art de l’auteure de nous conter avec brio une histoire alliant le chaud et le froid pour nous servir une composition délicieuse.
   Un livre chaleureux malgré certaines douleurs lancinantes, des personnages attachants auprès desquels on se sent vraiment bien.
   Un grand plaisir.
   ↓

critique par Véro




* * *



Thérapie culinaire
Note :

   C’est le deuxième livre que je lis récemment sur le sujet de la « nourriture » et bien que je ne soit pas particulièrement gourmande (à part pour le foie gras …) j’ai été attirée ces derniers temps par ce genre de lecture.
   
   Myriam est une femme que la vie n’a pas particulièrement gâtée, elle est dans un tournant de sa vie, elle décide après 6 années tumultueuses (qu’elle ne nous dévoile que dans le tiers final du livre d’ailleurs) de reprendre sa vie en main….et d’ouvrir un restaurant.
    Mais les débuts s’avèrent relativement difficiles car elle a une idée bien précise de ce qu’elle veut faire mais aucun moyen…elle démarre donc avec un gros mensonge à sa banque, fait des prêts à n’en plus finir et invite toute sa famille et ses anciens amis (qu’elle n’a pas revus depuis 6 ans donc) à l’inauguration de son « Chez moi ».
    Tout se déroule comme elle le désire mais la clientèle se fait attendre, et quand elle finit par montrer le bout de son nez Myriam se retrouve débordée. La solution viendra grâce aux deux habituées, Simone et Hannah, ses deux premières clientes qui lui conseilleront d’engager un serveur…elles en connaissent un d’ailleurs…C’est ainsi que Ben viendra se présenter à Myriam, jeune homme d’une vingtaine d’années, étudiant, il s’avèrera un serveur hors pair et fera des miracles… la clientèle gonflera… Myriam a cependant encore un grand vide au fond d’elle, son histoire avec son fils qu’elle n’a pas revu lui non plus depuis 6 ans…
   
   A travers un tableau de la restauration où Myriam nous fait découvrir ses talents et ses inventions qui nous donnent l’eau à la bouche, c’est surtout l’histoire de cette femme qui va nous bouleverser…Son tragique passé l’a fait sombrer dans un état plus que dépressif et la thérapie qu’elle décide de s’infliger ne sera pas forcément la bonne, mais heureusement pour elle, ses rencontres, ses choix lui permettront de renouer avec la vie et elle s‘octroiera enfin le droit d’être à nouveau heureuse…
   Un livre qui était depuis longtemps dans ma liste et que j’attendais de lire avec impatience…et je n’ai pas été déçue, je l’ai dévoré.
   ↓

critique par Mme Patch




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Vous en reprendrez bien une bouchée ?
Note :

   J'ai d'abord "croisé" A.Desarthe à travers la littérature enfantine et puis j'ai eu envie d'aller voir chez les adultes. Je viens de terminer "Mangez- moi" qui est présenté par l'éditeur comme une évocation des aventures d'Alice, de Lewis Carroll.
   
   On peut, effectivement les rapprocher car l'imaginaire y a une part au moins aussi importante que le réel: Après un morceau de vie déjà important, Myriam "se pose" dans un petit restaurant qui est aussi son domicile, et qu'elle baptise "Chez moi". Là, démarre une nouvelle tranche de vie, pas mal enténébrée, quand même, des tranches précédentes...
   
   Cependant, Myriam est une créatrice qui sait se servir de ses expériences précédentes, même si elles n'ont pas été toutes probantes. Ainsi, son entreprise, qui semble des plus chaotiques au départ, prend vite une tournure attachante à travers les personnages qui viennent s'y greffer, tous avec un égal bonheur.
   
   Ce roman, qui traite de l'art culinaire, traite surtout de la cuisine des êtres; cuisine dans laquelle les sauces ne prennent pas toujours, ont parfois un goût de roussi; mais qu'on n'hésite cependant pas à re-goûter ... Amour maternel, amour tout court, désirs, plaisirs, tous ces sentiments y sont en filigrane, traités avec sensibilité sans sensiblerie. J'y ai trouvé beaucoup de générosité, mêlée à un sentiment de culpabilité qui donne un personnage un peu hors du temps, déstructuré mais attachant.
   
   Quelques phrases:
   Je m'étais toujours figuré.... que l'existence avait la forme d'une montagne. L'enfance, l'adolescence et le début de l'âge adulte correspondait à la montée. Ensuite, arrivé à quarante ou cinquante ans, la descente s'amorçait, une descente vertigineuse, bien entendu, vers la mort. Cette idée, assez commune, je crois, est fausse.
   
   Est- il possible que, dans un contexte de dénuement extrême, l'homme puisse se retrouver dans la peau d'un bouvreuil ? ... Le bonheur de l'homme n'a rien à voir avec sa survie. Il est ailleurs....A certaines époques de ma vie, j'ai été une femme- bouvreuil. Je survivais. ...J'ai repris des forces. Me voilà remplumée. Demeurer en vie ne me suffit plus. Mon avidité, mon appétit sont aux aguets et, du coup, la peur envahit mon cœur en émoi."

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critique par Jaqlin




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De tables en tables
Note :

   Myriam est instable, Myriam est irresponsable, Myriam souffre et essaie d’assumer la faute pour laquelle elle a perdu famille et enfant. Myriam cuisine aussi. Elle cuisine dans ce petit restaurant que, risquant le tout pour le tout, elle a ouvert et où elle vit aussi.
   C’est dans ce cocon où se bousculent fleuristes et cultivateurs, enfants du quartier et pierrots qu’elle va enfin trouver un chemin vers l’apaisement.
   
   Myriam est une femme perdue qui cherche un endroit où enfin se sentir chez elle. C’est ce que représente pour elle ce restaurant qu’elle ouvre en désespoir de cause après avoir erré pendant des années et été cuisinière pour une troupe de cirque. Symboliquement, son petit monde prend le nom de “Chez moi”. C’est d’abord un petit restaurant sans menus, sans enseigne, effacé comme sa propriétaire. C’est enfin un endroit reconnu, apprécié, aimé, une cantine de quartier, un refuge pour les amoureux, les ouvriers, et les gourmands. Un restaurant reconnu comme sa propriétaire qui a repris goût à la vie. Ce n’était pas forcément ce qu’elle attendait, mais c’est ce qui lui permet à la fin d’avancer et de se retrouver.
   
   A travers la cuisine que sert Myriam, le projet qu’elle essaie de mener à bout avec son restaurant, c’est sa générosité qui apparaît. Sa culpabilité aussi : celle de la mauvaise mère, celle de la femme adultère, celle de la mauvaise, la perverse, celle de la femme qui a osé et s’est libérée de ce qu’elle vivait comme un carcan. Mangez-moi est un beau récit sur la liberté, la culpabilité, le plaisir et le partage. Sur une vie de femme avec toutes ses contradictions. Et surtout sur cet amour maternel que l’on conçoit comme une évidence et qui ne l’est parfois pas.
   
   Petit à petit, Myriam recommence à faire confiance, à accepter l’échange et le partage. Cela ne va pas sans difficultés, sans paniques, mais l’apaisement se profile. Comme si à force de cuisiner pour les autres, elle acceptait enfin de se reconnaître elle-même et elle acceptait la possibilité que d’autres l’aiment.
   
   Et puis il y a ces pages merveilleuses sur la cuisine, le plaisir de fabriquer, d’élaborer, ces noms de recettes, de plats qui font saliver. Le bonheur fou que ressent Myriam quand elle cuisine.
   
   J’ai apprécié le mélange d’émotion et d’humour qui parcourt les pages, les réflexions de Myriam, ses gaffes. J’ai trouvé quelques longueurs. J’ai ressenti un brin d’agacement à «voir» Myriam ressasser sans cesse ses fautes. Mais j’ai aussi pris un réel plaisir à la suivre, elle et son sens de l’autodérision. C’est un personnage attachant, fort et fragile, pétri de contradictions, rêvant de chaleur humaine et fuyant quand on la lui offre.
   Les personnages secondaires sont tout aussi réussis et offrent une bouffée d’humour: le fleuriste amoureux, le serveur, les deux lycéennes luttant pour terminer leurs devoirs de philosophie, etc. C’est un quartier de Paris qui prend forme sous les yeux du lecteur dans le petit cadre de Chez Moi.
   Sans compter le récit de toutes les galères qui attendent les restaurateurs en herbe ! Et les références multiples à la littérature ! J’ai adoré le clin d’œil à Alice au pays des merveilles : une petite fille qui rétrécit et grandit, une femme qui ne sait comment trouver sa place... Le parallèle est bien trouvé.
   «Mangez-moi» est un roman qui fait du bien au moral et à l’imagination. Les odeurs, les textures, les couleurs mettent l’eau à la bouche ! Rien que pour ça, merci Agnès Desarthe !
   
   «Trop petite ou trop grande ma vie se disproportionne et je ne suis jamais à la mesure de ce que j’entreprends. Comme j’aimerais retrouver ma taille originelle, celle qui me permettrait de me glisser dans le gant du jour et de ne m’y sentir ni au large, ni à l’étroit.»
   
   «Des choux luxuriants, des poireaux goguenards, des bettes cambrées, des carottes terreuses, des patidoux à la peau d’ocelot, des potimarrons à bonnets de lutin, des sucrines en forme de calebasse, des navets ravissants.»

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critique par Chiffonnette




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A dévorer délicatement
Note :

   L'histoire commence par "Suis-je une menteuse ? Oui, car au banquier, j'ai dit que …" … c'est parti, il y a fort à parier pour que cette histoire nous concerne tous !
   
   J'ai aimé ce livre pour sa légèreté de dégustation, pour sa tendre convivialité, pour son infinie délicatesse en cuisine, pour la qualité olfactive et gustative de ses produits …. Ce roman - à dévorer délicatement - est une invitation à dîner. La maîtresse de maison a rêvé son marché ; elle a parcouru les étals ; elle a choisi ses fruits et ses légumes de main de maître, d'œil expert, de cuisinière émérite ; elle a posé sur la table tous ses ingrédients pour qu'ils diffusent leurs saveurs acres et douces ; tous les éléments de la vie se mêlent au dîner comme on offre un cadeau confidentiel, précieux, providentiel ! Mangez-moi ! Dégustez ce que je confectionne avec la vie, le jardin, ma vie, mon jardin. Faites de mes talents et de mes douleurs le meilleur de moi-même … J'ai aimé cette idée sous-jacente que pour s'en sortir, il est aidant d'accueillir d'autres mains à la pluche et d'offrir ce que l'on fait de mieux pour être nourri en retour … Ce livre est un antidote au cercle vicieux de la solitude, ce livre est le trampoline dont on a besoin pour passer d'une phase à une autre …
   
   Vous l'aimerez aussi si la différence entre femme et mère vous est familière ou étrangère, si la nuance entre femme et épouse vous touche ou vous rebute, si la solitude vous interpelle que vous soyez seul ou accompagné, si la transition d'une étape à une autre vous affole ou vous inspire, … ou plus prosaïquement – et c'est tout le talent d'Agnès Desarthe, si vous aimez cuisiner et recevoir et manger et aimer et partager et revivre et re-aimer et re-partager et pardonner et être pardonnée, et et et , mangez-le, ça fait tellement de bien …
   
   Pour prolonger cette lecture - dans un registre très différent - mais autour du thème osé des effets qu'on ne dit pas de la maternité, j'ai pensé à Il faut qu'on parle de Kevin, Lionel Shriver (note dans ce site).
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critique par Alexandra




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J'ai besoin d'amour!
Note :

   Voilà un roman qu'il me tardait de lire: enfin, mon attente s'est achevée ces jours derniers.
   Que dire de ce roman qui n'ait déjà été dit par celles et ceux qui n'avaient pas attendu sa sortie en édition de poche pour le dévorer à belles dents de livrovores, sinon qu'il est une mine de petits bonheurs au fil des pages.
   
   Myriam décide de se lancer, sans formation hôtellière, sans diplôme, dans la restauration et d'ouvrir un petit restaurant "Chez moi". D'ailleurs, "Chez moi" est tellement discret qu'on ne l'identifie même pas de la rue comme étant un restaurant: pas d'enseigne ni de tableau annonçant la carte. "Chez moi" est aussi le chez soi de Myriam qui n'a pas assez d'argent pour vivre ailleurs que dans son restaurant: une banquette se transforme en lit la nuit, le bac à vaisselle de la cuisine en douche et en lavabo. Derrière l'amour de préparer à manger pour les autres, se cache une profonde blessure chez Myriam. Quelle est-elle? D'où vient-elle? La mise en oeuvre des petits plats amène la remontée des souvenirs, les meilleurs comme les plus sombres. Myriam a eu une vie autrefois, une vie de femme et de mère. Puis, un jour, tout s'est écroulé, tout s'est évaporé jusqu'à en devenir irréel, inexistant. Myriam atterri dans un cirque, le Santo Salto, où elle s'emploie à la cuisine telle une mère nourricière. La parenthèse enchantée hélas ne dure pas, le cirque est délogé, les artistes s'éparpillent sous les étoiles, reste Myriam et sa peine, Myriam et son envie de donner aux autres en égayant leur assiette.
   
   Les étoiles en s'égayant n'abandonnent pas Myriam: les bonnes rencontres viennent sauver "Chez moi" du gouffre et le transformer en lieu rendez-vous matinal des gens du quartier qui viennent boire un café avant se de rendre au travail. Grâce à l'industrieux et discret Ben, "Chez moi" devient un restaurant reconnu et apprécié. Or, la blessure de Myriam est loin d'être guérie: le réalisme économique est de mise, il faut agrandir pour ne pas périr et cela fait peur, atrocement peur à Myriam... et si elle ne méritait vraiment pas de réussir? Et si le succès n'était pas fait pour elle? et si, et si... et si tout simplement, la peur de l'échec ne faisait pas reculer Myriam et la pousser à abandonner le train en marche? D'ailleurs, ce train a-t-il encore besoin d'elle à ses commandes?
   
   Un roman amusant, délirant, dévoilant sous des apparences légères un filigrane sombre et douloureux. Les amoureux des bonnes et belles choses seront comblés: Agnès Desarthe régale son lecteur en l'étourdissant de senteurs, de saveurs, de couleurs et de textures plus affolantes et appétissantes les unes que les autres. Un art consommé de la description extraordinaire et de la mise en scène des gestes minutieux et chaleureux nécessaires à la réalisation d'un menu!

critique par Chatperlipopette




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