Lecture / Ecriture
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Tony Hogan m'a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman de Kerry Hudson

Kerry Hudson
  Tony Hogan m'a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman
  La couleur de l'eau

Kerry Hudson est une auteure britannique née à Aberdeen en 1980.

Tony Hogan m'a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman - Kerry Hudson

Sous le Tartan, la misère
Note :

   Premier roman et donc une première traduction pour cette jeune auteur écossaise. Une Écosse loin de l'image d'Épinal, ici il est plutôt question de misère morale et financière. Tout cela est vu à travers les yeux d'une jeune enfant, de son enfance à son adolescence.
   
   J'avais lu il y a très longtemps un livre irlandais dont le titre était "Les hommes qui ont aimé Evelyne Cotton", ici ce serait plutôt les hommes qui n'ont pas aimé Iris Ryan.
   
   Il est malheureux de constater que la pauvre n'a vraiment pas eu la main heureuse dans le choix de ses amants ou maris, bref des géniteurs de ses filles. Le premier, un américain que nous ne connaîtrons pas, lui a fait un enfant, une petite Janie qui va nous servir de guide dans ce monde de misère. Brinquebalée d'HLM sordide en Bed & Breakfast de seconde zone, d'Écosse en Angleterre, assistant au naufrage de sa mère, Janie, malgré tout, gardera un certain sens de l'humour et un œil critique sur ce qui lui arrive.
   
   Voyage initiatique dans des villages incertains d'Écosse et de Grande-Bretagne, des bleds perdus où la vie ressemble à une éternelle punition. Les logements sont de pire en pire avec par exemple à Craigneuk où il fallait être catholique ou protestant, comme si le conflit irlandais avait franchi les mers. Mais pour les uns comme pour les autres, c'était le moyen-âge, avec pratiquement pour tous uniquement les aides sociales pour survivre.
   
   Tony Hogan, le fameux qui donne son titre à l'ouvrage, est une espèce de brute cognant Iris pour un oui (qu'elle dit toujours trop effrayée pour dire autre chose) ou pour un non. Elle se décide enfin à le quitter et repart pour Londres afin que Janie connaisse enfin son père. Qui bien sûr n'est pas là. Alors commence à Canterbury une vie d'errance pour la mère et la fille.
   
   Iris, la mère, sombre petit à petit entre alcoolisme, drogue et dépression, entre un homme qui la bat et un autre qui l'abandonne.
   
   Les personnages sont ici très nombreux, mais guère réjouissants, seules Janie et sa jeune sœur Tiny, avec l'innocence des enfants, sont des êtres attachants. Janie vit la misère au quotidien, la faim et la honte, les vêtements rafistolés, elle voit sa mère battue, ivre ou ne quittant plus son lit.
   
   Et les amis de sa mère... Pour Janie, hélas, l'exemple de la mère ne servira pas de leçon, l'expérience de la vie sera précoce.
   
   Que dire d'Iris, pauvre fille, puis pauvre femme pitoyable ; elle attire parfois la sympathie mais cela ne dure guère, elle replonge aussi vite dans ses travers.
   
   L'oncle Frankie, frère d'Iris, est gentil avec Janie ; il a de l'argent, mais acquis dans le trafic de drogue, il en mourra d'ailleurs. Mais c'est un des rares personnages masculins, certes immature, mais dévoué. Tony est une brute et Doug un fieffé crétin avec une tendance à la boisson et à la fuite quand cela l'arrange... et cela l'arrange souvent.
   
   C'est bien écrit et très agréable à lire mais il manque le tout petit quelque chose qui fait le grand livre. Peut-être, enfin, à mon goût, un survol trop rapide du problème social de la Grande-Bretagne en général et de l’Écosse en particulier.
   
   Mais reconnaissons une chose à ce livre, son titre qui est un vrai poème!
   
   
   Extraits :
   
   - Notre maison faite pour être un lieu de passage.
   
   - Maman s'était coupé les cheveux et ils se dressaient sur sa tête comme les plumes douces et noires d'un oisillon.
   
   - Une glace gratuite, c'était toujours une glace gratuite après tout.
   
   - La haute maison blanche ressemblait à celle d'une série télé glamour : porte brillante dans la lumière orange de la rue et grande fenêtre aveugle en façade.
   
   - Canterbury était une ville magique, un peu comme là où vivait d'Artagnan et Constance dans le dessin animé.
   
   - Je me disais que, au moins, Tony Hogan, m'avait payé un ice-cream soda avant de me piquer maman.
   
   - " Dis-leur que tu es catholique, Janie, et que tu es supporter du Celtic, comme toute ta famille qui est ici, à Aidrie".
   
   - Il y avait quelquefois des marches orangistes dans les rues et je sortais les regarder en agitant les mains jusqu'au jour où...
   
   - C'était une ville minière et, sans les puits, ce n'était qu'un village du Nord, sans emploi, avec un nom français et beaucoup d'hommes en colère.
   
   - Maman détestait Hetton-le-Hole, elle nous le disait aussi. "Le trou du cul de l'Angleterre".
   
   - Il souriait bêtement comme M. Grosse Couille en personne.
   
   

   Titre original : Tony Hogan bought me an ice-cream float before he stole my ma.(2012).

critique par Eireann Yvon




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