Lecture / Ecriture
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Yeruldelgger de Ian Manook

Ian Manook
  Yeruldelgger
  Les temps sauvages
  La mort nomade

Ian Manook est le nom de plume de Patrick Manoukian, journaliste et écrivain français, né en 1949.

Yeruldelgger - Ian Manook

Meurtres en Mongolie
Note :

    Prix du polar Ancres Noires 2015
   Grand Prix des Lectrices de ELLE 2014
   Prix Sncf du polar 2014
   Prix Quais du Polar 2014

   
    Waouh! ça faisait longtemps que je n'avais pas été accro à un bon polar! c'est vrai que le "pitch" ne pouvait que m'attirer: des grands espaces (mongols) et un flic maudit... le tout écrit par un français inconnu au bataillon et au nom plus qu’improbable, et baroudeur en plus. Que de promesses...
   
   Eh bien! je n'ai pas été déçue par ce 1er roman, mais je me demande ce qu'il attendait pour nous faire profiter de son talent de raconteur d'histoires, d'une langue si belle, d'une composition si bien menée, sans temps morts et crescendo, de la profonde humanité qui se dégage de tout cela. Je serais presque énervée là.
   
   Yeruldelgger est un flic mongol cabossé par la vie depuis la mort de sa fillette. Alors, quand le meilleur commissaire d'Oulan-Bator se voit obligé de déterrer le cadavre d'une gamine avec son tricycle en pleine steppe et qu'il doit en plus résoudre un triple meurtre de chinois, autant vous dire qu'il n'a rien à perdre et qu'il ira jusqu'au bout.
   
   Un polar très riche, peuplé de personnages marquants (la légiste, ses collègues, le gamin des bas-fonds), aux multiples rebondissements (je le savais!), sur les ravages causés par les mutations de la société et de la consommation. La Mongolie y est dépeinte dans ses traditions et ses tiraillements actuels, entre le thé rance au beurre et les Experts à Miami...
   
   Suivre l'itinéraire de Yeruldelgger est passionnant tant ce personnage passe par des stades très différents: de la rage primaire à l'anéantissement de tout sentiment, du retour aux sources à la renaissance spirituelle. Cela me rappelle un peu "Shibumi", et vu l'âge de l'auteur (mais si, c'est gentil!), ça ne m'étonnerait pas qu'il ait lu quelques Trevanian.
   
   Bref, LISEZ-LE! et en attendant la suite, je retourne vagabonder en esprit, loin.
    ↓

critique par Petit Sachem




* * *



Polar mongol 550 pages
Note :

   A Oulan-Bator trois Chinois sont trouvés assassinés, torturés et atrocement mutilés, dans une usine. Puis deux filles mongoles pendues, et torturées aussi. La veille c’était la St Valentin mongole. Les Chinois étaient employés à l’ambassade, et les filles évidemment prostituées.
   
   Loin de là dans la steppe, une famille nomade a déterré un tricycle rose et une main de petite fille. Yeruldelgger, c’est le commissaire, est choqué, d’autant plus que sa propre fillette a été assassinée quelques années plus tôt, crime non élucidé. Il jure de retrouver l’assassin de celle-ci.
   
   Le commissaire n’est guère aidé par son supérieur "Mickey" et son autre collègue Chuluum. Heureusement il peut compter sur Oyun une jeune inspectrice, et Solango la médecin légiste amie de longue date.
   
   Les deux crimes, celui perpétré en ville et l’autre dans la steppe, sont-ils liés?
   
   On va d’abord s’intéresser à un groupe néo-nazi, qui d’ailleurs a signé la svastika sur le corps des Chinois. Il semble que la fille aînée du commissaire Saraa gothique jusqu’au bout des lèvres y soit mêlée. Oyun est amenée à suivre deux malfaiteurs dans les égouts de la ville, un épouvantable cloaque, où survivent des SDF, des rats, des bêtes, des méchants, des victimes, et un génial gamin des rues…
   
   Voilà une enquête longue et complexe, sans énigme particulière (on sait très vite qui est coupable mais pas forcément de quoi et comment, ni pourquoi). Les rebondissements ne manquent pas. Nos enquêteurs sont quasiment surhumains, ils résistent à tout. Il y a des parties contemplatives ( Yerulddelger a été élevé par des religieux dans un monastère d’un look très taoïste et s’en souvient). Son amie Solango est également très proche des traditions rurales. Vous allez supporter vaillamment beaucoup de violence, et déplorer une corruption inouïe à tous les stades de la société. A force de voir des gens déguster des thés salé avec beaucoup de beurre et une bonne cuillerée de farine vous aurez presque l’eau à la bouche. Si l’on est au régime, la nage de mouton fera l’affaire.
   ↓

critique par Jehanne




* * *



Violence mongole
Note :

   Ian Manook a sûrement été le seul beatnik à traverser d'Est en Ouest tous les États-Unis en trois jours pour assister au festival de Woodstock et s'apercevoir en arrivant en Californie qu'il s'ouvrait le même jour sur la côte Est, à quelques kilomètres à peine de son point de départ. C'est dire s'il a la tête ailleurs. Et l'esprit voyageur!
 Journaliste, éditeur, publicitaire et désormais romancier, "Yeruldelgger" est son premier roman, et le premier opus d'une série autour du personnage éponyme qui nous conduit des steppes oubliées de Mongolie aux bas-fonds inquiétants d'Oulan-Bator.
 Il vit à Paris.
   
   Quatrième de couverture :
   
   "Le corps enfoui d’une enfant, découvert dans la steppe par des nomades mongols, réveille chez le commissaire Yeruldelgger le cauchemar de l’assassinat jamais élucidé de sa propre fille, Kushi. Peu à peu, ce qui pourrait lier ces deux crimes avec d’autres plus atroces encore, va le forcer à affronter la terrible vérité. Il n’y a pas que les tombes qui soient sauvages en Mongolie. Pour certains hommes, le trafic des précieuses "terres rares" vaut largement le prix de plusieurs vies. Innocentes ou pas.
"

   
   Dix bonnes raisons de ne pas lire Ian Manook :
   
   Avant de vous dire pourquoi j'ai aimé Yerudlegger, je vous donne un aperçu d'un article intitulé : "Dix bonnes raisons de ne pas lire Ian Manook" . Allez le lire car il est à savourer :
   
   "D’abord Ian Manook est tellement vieux que sa boîte à synapses ne doit plus être très étanche. Pense un peu : ce type est né dans la première moitié du dernier siècle du millénaire précédent!
   
   Ensuite c’est un pur et dur ex-soixante-huitard, du genre baba-cool voyageur qui nous a pourri notre belle jeunesse d’aujourd’hui pour pouvoir fumer la sienne en kaléidoscope aux quatre coins du monde.
   
   Juste pour te dégoûter définitivement de ce gus, note bien ça. Dans toute l’histoire des millions de siècles de l’humanité, du Big Bang jusqu’au marécage hollandais, il n’y a eu qu’une infinitésimale période d’une vingtaine d’années pendant lesquelles il y avait déjà la pilule et pas encore le SIDA. Et ce salopard a eu juste vingt ans pendant cette période-là, si tu vois ce que je veux dire!
    ou encore...
   Et voilà qu’après avoir taras-boulbé notre belle jeunesse il nous gengiskhanise nos illusions en mongolisant ces fiers nomades que nous aurions tant aimé garder dans leur spectaculaire misère vagabonde devant l’objectif irisé de nos Canon 5D Mark 2 dont chaque exemplaire suffirait à leur offrir un troupeau.
   
   Par ailleurs, quel auteur peut être à ce point arrogant pour laisser passer un dos de couverture qui le compare rien de moins qu’à Indridason, Mankel ou Rankin. Avoir lutté contre le mur de lave du volcan Eldfell sur l’île islandaise de Westmaneyar, avoir perdu sa virginité sur les rochers du fjord suédois de Vestervick ou avoir un beau-frère écossais qui s’est marié en kilt suffit-il à justifier de la part d’un auteur inconnu une telle prétention?"

   
   Hilarant, non? d'autant plus que l'article est signé par... Ian Manook lui-même!
   
   Mon avis :
   
   Ce que j'ai préféré dans le roman, bien sûr, c'est le voyage en Mongolie à l'époque actuelle, période de transition où la population est en pleine mutation, où les traditions sont effacées par une civilisation occidentale dont les progrès techniques ne remplacent pas la perte des valeurs et de la spiritualité. Certes les nomades fuient la vie de labeur sous la yourte, la pauvreté, le manque de confort, les privations, mais lorsqu'ils arrivent dans l'enfer de la ville, c'est pour perdre toute dignité et toute morale. Ian Manook écrit sur la prostitution, les enfants des rues livrés à eux-mêmes, les malheureux qui s'entassent sous terre, près des canalisations d'eau chaude, pour survivre aux hivers rigoureux.
   
   L'écrivain nous montre un pays qui, après avoir subi la colonisation russe, n'a pas encore conquis sa liberté, méprisé et opprimé pour des raisons économiques par la Chine ou la Corée qui viennent exploiter les ressources minières, détruisent les paysages et exploitent les ouvriers. Mais tandis que le peuple mongol est opprimé, les profiteurs sont là pour se partager les terres, établir de grandes fortunes, tout en ménageant les Chinois ou Coréen qui se comportent en occupant. Au milieu de ce désordre et de cette corruption fleurissent des bandes de décérébrés néo-nazis.
   
   J'ai aimé, face à cette perte d'identité, découvrir les croyances et les traditions des anciens, le sens de l'hospitalité et toutes les valeurs humaines qui sont attachées à la vieille civilisation. Certes Ian Manook ne critique pas vraiment l'abandon de l'ancien mode de vie si difficile mais il nous fait ressentir de la nostalgie face à la fin d'un monde; cela ne va pas parfois sans humour comme dans ce passage où les nomades qui ont découvert le corps de la victime en pleine steppe se révèlent des fans de New York Miami et ne veulent pas "polluer la scène de crime"!
   
   Quant au commissaire Yeruldelgger, il est habité par la colère, ce que les moines lui apprennent à gérer. Il est fascinant par bien des côtés mais il ne me convainc pas tout à fait. C'est une sorte de surhomme qui échappe deux fois à une mort certaine, un héros à l'américaine d'une violence extrême, qui n'hésite pas à tuer si nécessaire. Ce n'est plus la justice qu'il essaie de faire triompher mais la vengeance! Je n'aimerais pas être de ses ennemis! Je trouve son amoureuse Salongo plus humaine, plus riche. Et je pense que les personnages sont parfois traités avec une distanciation qui e permet pas toujours l'émotion et l'empathie.

critique par Claudialucia




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