Lecture / Ecriture
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Ados: Haïti, soleil noir de Nick Lake

Nick Lake
  Ados: Haïti, soleil noir

Ados: Haïti, soleil noir - Nick Lake

A partir de 15 ans
Note :

   
   Quatrième de couverture :

   "Haïti, 2010. Enseveli sous les décombres du tremblement de terre qui a ravagé son île, Shorty, 15 ans, attend dans le noir d'être secouru. Terrifié, assoiffé, il fait défiler sa vie. Des bidonvilles de Cité Soleil aux gangsters qui y font la loi. Un monde qui transforme les rêves en poussières et les garçons en meurtriers. Dans l'obscurité, la limite entre présent et passé s'estompe. Et tandis que Shorty se bat pour survivre, sa lutte fait étrangement écho à celle de son peuple, deux cents ans plus tôt, pour se libérer de l'esclavage... Des ténèbres à la lumière, le destin d'un homme se joue, l'identité d'un pays se dessine. une histoire de courage, de violence, d'espoir et de liberté."
   
   
    Nick Lake a découvert la culture haïtienne dans le cadre de son master en linguistique. Le contexte culturel et historique l'a fasciné. "Haïti, soleil noir" est un récit noir, cru et violent. En 2010, Shorty, 15 ans est prisonnier des décombres d'un hôpital où il était soigné après avoir été blessé d'une balle dans le bras. Assoiffé, affamé, seul et terrifié, il regarde la mort mais avant il replonge dans son passé. Enfant des bidonvilles de Port aux Princes, "Cité Soleil", Shorty est devenu une "chimère" autrement dit un gangster qui vient de nulle part et qui va nulle part. Son père tué, sa sœur enlevée, il a embrassé la voix des rues, la voix de la violence. Parallèlement nous suivons l'aventure de Toussaint Louverture qui, deux cents ans plus tôt a conduit la révolte des esclaves contre les Français. Entre un présent fait de souffrances et de peurs et un passé sanglé et douloureux, les récits se confondent...
   
   Par un récit alternant les souvenirs/confessions de Shorty et l'action de Toussaint Louverture au XVIIIe siècle, Nick Lake nous ouvre les portes d'un Haïti puissant, émouvant et captivant grâce à une tierce entité : le vaudou, vieille religion d'Afrique apportée par les esclaves. Haïti en proie à la misère, à la pauvreté, à l'exclusion sociale, aux gangs des rues, où la violence côtoie la jeunesse. C'est tout ceci qui est raconté.
   
   Ce roman m'a déstabilisée par sa noirceur, sa dureté, par sa force aussi. C'est vibrant de poigne, de fougue et beaucoup de thèmes abordés sont très difficiles : l'esclavage, la vie des bidonvilles, la politique, le vaudou qui est une pratique sacrificielle, cruelle, la faim qui tenaille les ventres et le meurtre, la drogue. C'est un quotidien complexe que Shorty nous décrit avec des mots justes, sans fioritures, avec des mots durs et saisissants. Sa voix teintée de créole qui raconte à la première personne nous plonge au cœur de l'Histoire de Haïti. On ressent une telle qualité dans l'information, ce qui nous permet de mieux comprendre cette société riche d'un héritage culturel, marquée cruellement par l'Histoire.
   
   Puis ce livre attise la curiosité, il est captivant avec ce troisième personnage qui ne pouvait que m'interpeller (ancienne étudiante en Master d'Anthropologie/Ethnologie) : le vaudou empreint de magie, de sorcellerie, de rituels, de croyances populaires autour des vieux dieux Marassa et Iwa, dieux des jumeaux, qui nous amène à Shorty et à sa sœur.
   
   Un récit vivant, sans retenue, sur un combat pour la liberté, au passé comme au présent... Un livre au texte percutant et aux propos intelligents, d'une authenticité et sincérité rare. Sujet peu commun dans la littérature de jeunesse, Nick Lake propose un roman engagé, fondé sur des recherches poussées. La qualité d'un tel roman est indéniable, pourtant à ne pas conseiller avant 15 ans.

critique par Laël




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