Lecture / Ecriture
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Le Bleu des abeilles de Laura Alcoba

Laura Alcoba
  Les passagers de l'Anna C.
  Le Bleu des abeilles
  Manèges

Laura Alcoba est une écrivaine née en 1968 en Argentine. Elle vit en France depuis l'âge de 10 ans.

Le Bleu des abeilles - Laura Alcoba

De La Plata au Blanc Mesnil
Note :

   La narratrice a onze ans. Elle apprend le français à La Plata. Nous sommes sous la dictature, en 1978. Ses parents, opposants actifs au régime, anciens compagnons du Che, ont été poursuivis. Son père est en prison, sa mère déjà réfugiée en France.
   
   La fillette rejoint sa mère ; elles vivent dans une cité HLM au Blanc Mesnil et survivent vaillamment ; d’autres réfugiés les aident, on a procuré un emploi à la maman, pas facile et peu rémunérateur.
   
   La fillette raconte un an de son existence ; ses lettres à son père, dans lesquelles on apprend la signification du titre Le Bleu des abeilles (un ouvrage de Maeterlink que je ne connaissais pas) l’école où elle se fait des camarades, une semaine de vacances dans les Alpes, la langue française à laquelle elle s’accoutume plutôt bien, et qu’elle décrit de façon amusante et judicieuse.
   
   L’auteur réussit bien à se remettre dans la peau de la fillette qu’elle fut. Elle trouve le ton juste pour parler d’un quotidien difficile à vivre mais qu’elle affronte avec calme et intelligence, dans un esprit de découverte, attentive aux épisodes de sa nouvelle vie, avide de communiquer avec les gens qui l’entourent. Car ses camarades de la cité HLM ont aussi leurs problèmes qu’elle partage pleinement.
   
   Je lirais bien "les Passagers de l’Anna C.", dans lequel elle raconte l’expérience de ses parents au service d’une action politique combative.
    ↓

critique par Jehanne




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Court roman
Note :

   "Le point de départ de mon voyage se trouve quelque part sous mon nez.
   J’étais encore en Argentine quand je me suis mise en route."
   

   Une petite fille quitte l'Argentine et sa dictature pour rejoindre sa mère, exilée en France. Le père est contraint de rester au pays, où il est incarcéré. L'enfant maintient le lien avec l'absent en entretenant avec lui une correspondance dans laquelle les abeilles et leur attirance supposée pour la couleur bleue ont leur importance...
   
    Laura Alcoba ressuscite les souvenirs de son arrivée en France à l'âge de dix ans et les lettres échangées avec son père, prisonnier politique, jusqu'à sa libération, pour écrire ce court roman : une jolie découverte de 139 pages seulement qui se lisent comme un charme.
   
   Dans ce récit d'une grande poésie, à la fois émouvant et plein d'humour, la petite narratrice, confrontée à la douleur de l'exil et à la difficulté d'apprendre une nouvelle langue, montre un enthousiasme et une détermination que rien ne saura entamer. Ni la cruauté de certains camarades, ni le scepticisme des adultes (la fameuse scène avec la bibliothécaire...) n'empêcheront Laura Alcoba (car il s'agit bien d'elle) de progresser et d'acquérir ce français qu'elle va aimer d'amour. Le livre regorge de moments délicieux, j'ai beaucoup souligné tout au long de ma lecture. Je partage ici deux passages qui m'ont particulièrement touchée :
   "A la télé, je ne comprends pas tout. En général, je m'efforce de suivre au mieux ce qui s'y dit, mais d'autres fois, je fais exactement le contraire. Il m'arrive de faire des efforts pour comprendre le moins possible, alors les sons qui s'échappent de la télé m'enveloppent comme une musique. Je peux rester longtemps, comme ça, à me laisser bercer par la musique de la langue française- je lâche prise du côté des paroles pour ne m'intéresser qu'à la mélodie, aux mouvements des lèvres de tous ces gens qui arrivent à cacher des voyelles sous leur nez sans effort (...) C'est que le bain ne suffit plus, je veux aller bien plus loin: me trouver à l'intérieur de cette langue, pour de bon, je veux être dedans."
    ***
   "J'aime ces lettres muettes qui ne se laissent pas attraper par la voix, ou alors à peine. C'est un peu comme si elles ne montraient d'elles qu'une mèche de cheveux ou l'extrémité d'un orteil pour se dérober aussitôt. A peine aperçues, elles se tapissent dans l'ombre. A moins qu'elles ne se tapissent en embuscade? Même si je ne les entends pas, quand on m'adresse la parole, j'ai souvent l'impression de les voir. parfois j'imagine que les voyelles muettes me voient aussi"
   

    "Le bleu des abeilles" est une lecture qui fait du bien. Je recommande !

critique par Une Comète




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