Lecture / Ecriture
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Dans la rue j'entends les sirènes de Adrian McKinty

Adrian McKinty
  Le Fils de la mort
  Une terre si froide
  Dans la rue j'entends les sirènes
  Le fleuve caché

Adrian McKinty est un écrivain irlandais né à Belfast en 1968.

Dans la rue j'entends les sirènes - Adrian McKinty

Pendant la période des troubles, les affaires continuent
Note :

   Adrian McKinty est un de mes auteurs irlandais préférés. Ce roman est la suite de "Un terre si froide".
   Nous retrouvons Sean Duffy dans une époque troublée que l’auteur décrit ainsi :
   -Ainsi se présente Belfast en cette quatorzième année de guerre civile rampante que, par euphémisme, les autorités nomment "les Troubles".

   Sa situation personnelle n'est pas plus facile. Catholique il travaille pour la police principalement composée de protestants ; sur le plan affectif, sa relation avec Laura, médecin légiste, est au point mort. Cette dernière songe à partir vivre plus au calme, Glasgow, par exemple, où effectivement les attentats sont nettement moins nombreux!
   En attendant Sean a du pain sur la planche. On vient de découvrir un corps dans une valise, enfin ce qu'il en reste, la cause de la mort est un empoisonnement, le poison est une substance, l'abrine, tirée du "Pois rouge" absolument inconnue en Grande Bretagne où aucun crime de ce genre n'a été recensé! Et qui plus est le corps a été congelé! Ce qui pour les enquêteurs jette un froid! Et il semblerait que le mort ne soit pas irlandais, trop bronzé. Un américain en voyage? Un minuscule indice va conduire les policiers chez Martin McAlpine qui semble avoir été abattu par l'IRA, chose courante dans les forces supplétives (UDR**) de la police, sauf que dans ce cas Sean est intrigué par certains détails... c'est peut-être un peu facile d'attribuer des morts à l'IRA et pour ceux-ci un peu prétentieux de se les attribuer. Un autre indice (culinaire) va leur apprendre que la mort ne peut pas être antérieure au mois de novembre mille neuf-cent quatre-vingts! La police scientifique fait des progrès.
   
   Aux informations, l'Argentine vient d'envahir les Malouines, mais personne ne sait où se trouvent ces îles. Chacun devine les possibles répercutions en Irlande du Nord! Et la situation sociale de l'Irlande du Nord n'est pas des plus brillantes, alors une guerre...
   
    Mais les "Troubles" continuent et de la plus détestable manière. Femme et enfants sont pris en otage et le chef de famille doit commettre un attentat suicide! Le policier chargé de l'affaire McAlpine est abattu, l'IRA encore? Pourtant son enquête ne dérangeait pas grand monde!
   Sean remonte jusqu'à John DeLorean, célèbre homme d'affaires qui a créé de toutes pièces une usine de construction automobile avec plusieurs milliers d'emplois à la clé... et en Irlande du Nord, c'est quasiment un miracle... peut-être trop beau pour être vraiment honnête! L'argent n'a pas d'odeur, mais il peut être de provenance douteuse même et peut-être surtout dans le monde de l'industrie.
   
   Sean Duffy, figure d'exception dans le monde de la police d'Ulster, est souvent victime du racisme ordinaire de flic de base de la RUC* vis à vis des catholiques.
   
   À noter que l'auteur parle très souvent de Liverpool Football Club, équipe britannique qui, à l'époque, était formée de joueurs anglais, gallois, irlandais du Nord et du Sud. Pour moi c'est toujours une référence en matière de club et de jeu pratiqué. C'était avant la mondialisation de ce sport, qui est devenu un spectacle brassant du fric. Il fait aussi référence à cette figure emblématique du football nord-irlandais, le fantasque Georges Best.
   
   Encore un très bon roman mêlant adroitement une histoire policière classique, dirons-nous, et la situation politique de l'époque Irlande du Nord. L'idée de mettre en personnage principal un policier catholique (chose extrêmement rare et périlleuse pour l'époque) permet d'équilibrer le récit sans que l'esprit partisan prenne le dessus pour une cause ou pour une autre.
   
   Dans ce roman, on quitte le Belfast ouvrier (ou ce qu'il en reste) pour le monde des affaires et ses magouilles politico-financières, avec en prime la participation des différents groupes paramilitaires catholiques ou protestants.
   
   
   Extraits :
   
   - Ces raclures de catholiques.
    L'insulte m'ébranle et, pour la deuxième fois de la journée, m'emplit de l'étrange impression d'être en décalage. Comment se fait-il que je sois dans ce camp, du côté des Angliches? Avec l'oppresseur, pas avec les oppressés...
   
   - D'un point de vue ethnique, Carrickfergus est aussi complexe et varié qu'un meeting conjoint du parti nazi et du Ku Klux Klan.
   
   - Seule une patrouille m'arrête. Un groupe de fusiliers gurkas bien loin du Népal. Aucun d'eux ne parle anglais, alors je me suis bien poilé à leur expliquer ce qui est écrit sur ma carte de flic.
   
   - Il est de notoriété publique que le RUC possède le taux de suicide le plus élevé de toutes les polices d'Europe, mais on n'imagine jamais qu'un gars de chez soi va se flinguer.
   
   - Les politicards de ce pauvre pays sinistré et maudit, ce sont des raclures qui attisent les tensions pour arriver à leurs fins.
   
   - Si à Coranation Road c'est la chute de Saïgon, dans cette partie de Belfast ce sont les derniers jours d'Hitler.
   
   - Je pose un regard sur elle, et bon sang, c'est un canon. Elle a un air de Miss Monde 1979, l'une de celles que Georgie Best ne s'est pas tapées.
   
   - Je suis originaire des Glens, ma belle, je parle le gaélique.
   
   - ... à une époque où le RUC était un animal fort différent - un organe protestant servant un peuple protestant.
   

   Titre original :I Heart the Sirens in the Street (2013).
   
   * RUC : Royal Ulster Constabulary, Police Nord Irlandaise qui fut très longtemps formée pratiquement que de protestants et de ce fait détestée par la population catholique.
   ** UDR. Ulster Defence Regiment. Régiment de l'armée britannique.

critique par Eireann Yvon




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