Lecture / Ecriture
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Shirley de Charlotte Brontë

Charlotte Brontë
  Jane Eyre
  Villette
  Le Professeur
  Shirley

Charlotte Brontë (1816 - 1855) est une romancière britannique, soeur d' Anne Brontë et d'Emilie Brontë, toutes deux romancières.

Sheila Kohler a mis en scène l'écriture de "Jane Eyre" dans son roman "Quand j'étais Jane Eyre".

Shirley - Charlotte Brontë

Beaux passages, belles longueurs...
Note :

   Paru en 1849
   
   Après Jane Eyre (1847) et avant "Villette" (1853), Charlotte Brontë a évoqué le Yorkshire du début du 19ème siècle, encore rural, mais dont les filatures ne pouvaient écouler leurs produits à cause des guerres napoléoniennes. De plus les propriétaires, installant des machines coûteuses, étaient proches de la ruine, tandis que les ouvriers, devenus sans travail, survivaient à peine à leur misère, et se révoltaient.
   
   Dans ce contexte historique, l'auteur se focalise sur quelques héros : la douce Caroline, nièce d'un pasteur, amoureuse (en secret) de Robert Moore, propriétaire désargenté d'une filature. Shirley, qui apparaît au tiers du roman, est une orpheline financièrement indépendante, aux idées bien arrêtées, qui nouera avec Caroline une amitié indéfectible. Vers la fin apparaît Louis Moore, frère de Robert.
   
   A l'époque, Shirley était un prénom masculin (ses parents étaient déçus de ne pas avoir de fils), mais de nos jours ce choix de l'auteur a perdu évidemment de sa force. Si j'en crois wikimachin, c'est suite au succès du roman que le prénom est devenu féminin...
   
   Autour de ces personnages principaux, évoluent des membres du clergé, croqués parfois avec causticité, des couples, les inévitables femmes non mariées et vouées à une vie étriquée à l'époque. Charlotte Brontë plaide pour qu'elles aient le droit d'avoir des occupations plus intéressantes et profitables que celles acceptées à l'époque. Mais sans trop révolutionner non plus.
   
   J'ai trouvé ce roman intéressant à découvrir, le thème ouvrier est assez vite en toile de fond, sans plus, pour se consacrer à de jolies histoires amoureuses, sans grande surprise, le lecteur ayant une longueur d'avance... Pareil pour l'identité de la mère de Caroline, vite devinée. J'ai trouvé aussi que Charlotte Brontë va vite en besogne pour tirer défauts et qualités à partir d'un portrait physique, et que les enfants Yorke sont étonnamment (pour l'époque) discoureurs et critiques à propos des adultes présents. Pas mal de références religieuses (expliquées en notes) car notre auteur est bien fille de pasteur! Aussi le contexte entre différentes "chapelles" protestantes peut demeurer obscur.
   
   Un indispensable pour les fans de romans victoriens, pour les autres, je ne sais pas. De beaux passages, quelques longueurs.
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critique par Keisha




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Mieux que Jane Eyre
Note :

   Angleterre, années 1810. Caroline Helstone, jeune orpheline sans fortune est élevée par son oncle, pasteur (et recteur) du village de Briarfield. Elle est secrètement amoureuse de son cousin par alliance Robert Moore, propriétaire d'une fabrique de tissus mais qui, à cause des guerres napoléoniennes de ce début du XIXème siècle qui rendent le commerce au point mort, se débat dans des dettes qui lui semblent inextricables. Par conséquent, il repousse l'idée d'un mariage avec Caroline qu'il aime pourtant et tourne son intérêt vers la jeune Shirley Keeldar, l'héritière de la région qui vient juste de revenir habiter "Fieldhead", le manoir de sa famille, accompagnée de Mistress Pryor sa gouvernante. Après bien des tourments, bien des cœurs brisés, Caroline aura son Robert et Shirley succombera au charme du seul homme qui puisse la dominer : Louis Moore, frère de Robert, son ancien précepteur et amoureux secret.
   
   Charlotte Brontë était plus fière de ce roman que de celui de "Jane Eyre" et je comprends pourquoi. Il est si dense ! traite de politique, condition féminine, classes sociales et barrières conséquentes lorsqu'il est question d'union, de mariage en général (il n'y a pas de mariage heureux sauf exception, passées les premières semaines d'euphorie), de religion, de littérature, y compris celle intéressant les enfants, et d'amour aussi ! et même si les relations timides entre les protagonistes nous laissent souvent dans le regret (l'espoir), on a bien entendu envie que chacun trouve son bonheur. Romantisme oblige.
   
   "Dans ces dernières années, une abondante pluie de vicaires est tombée sur le nord de l’Angleterre. Les collines en sont noires : chaque paroisse en a un ou plusieurs ; ils sont assez jeunes pour être très actifs, et doivent accomplir beaucoup de bien. Mais ce n’est pas de ces dernières années que nous allons parler ; nous remonterons au commencement de ce siècle. Les dernières années, les années présentes, sont poudreuses, brûlées par le soleil, arides ; nous voulons éviter l’heure de midi, l’oublier dans la sieste, nous dérober par le sommeil à la chaleur du jour et rêver de l’aurore." (incipit)

   
   Quand on sait que Charlotte a écrit ce roman en subissant les morts successives de ses frère et sœurs, on ne peut qu'être admiratif de son style, comique, pertinent, truffé d'anecdotes historiques ou de passages bibliques. Caroline, qui est à mon avis l'héroïne de ce roman, est bien plus sympathique que son amie Shirley. Son personnage a été calqué sur le modèle de sa sœur Anne, tandis que Shirley- le petit chat sauvage- est calqué sur les traits de sa sœur Emily, l'indomptable qui a refusé tous les prétendants qui lui ont demandé sa main ; Anne et Emily étaient dans la vie très proches, de même Caroline et Shirley, bien qu'elles se disputent apparemment le même amoureux, que la douce Caroline est prête à abandonner à son amie puisqu'elle songe à leur bonheur avant le sien.
   
   Il y a du Molière dans la plupart des passages dialogués : les personnages se parlent sans se comprendre ou bien ne comprennent pas les allusions parfois ironiques (passage du vicaire malade d'avoir bu du punch en trop grande quantité, et pour dissimuler son état vis à vis d'une tierce personne, Robert, bon prince, fait croire qu'il a eu une indigestion de mouton), ou bien encore prennent au premier degré des allusions qui du coup, tombent sans effet. Bien sûr, certains protagonistes cachent souvent leurs véritables sentiments mais nous, lecteurs, sachant ce qu'il en est, nous observons l'aspect tragi-comique de la scène. Très efficace.
   
   Ajoutons que la description du manoir de Fieldhead est copié sur le modèle de Oakwell Hall, demeure élisabéthaine fréquentée par Charlotte, une demeure qui est certes un cadre de choix ! (on peut la visiter virtuellement).
   
   Dans ce roman moins connu, Charlotte Brontë laisse une intéressante évocation de la vie en Angleterre du début du XIXème ; les coutumes, les peurs, le monde "ouvrier" face au monde "des patrons", la misère et la charité. Grands sentiments, chassé-croisé des cœurs, sans oublier la place de la poésie qui atténue les morsures des cœurs malmenés.
   
   "J’espère que William Cowper jouit maintenant du calme et de la paix dans le ciel, dit Caroline.
   — Avez-vous pitié de ce qu’il souffrit sur la terre ? demanda miss Keeldar.
   — Si j’en ai pitié, Shirley ? Comment pourrais-je m’en empêcher ? Il avait le cœur brisé quand il écrivit ce poème, dont la lecture brise le cœur. Mais il trouva du soulagement en l’écrivant, j’en suis sûre, et ce don de la poésie, le plus divin que la divinité ait accordé à l’homme, lui a été donné, je n’en doute pas, pour apaiser ses émotions lorsqu’elles sont devenues insupportables. Il me semble, Shirley, que nul ne devrait faire de la poésie dans le but de déployer son talent et son intelligence. Qui se soucie de ce genre de poésie ? Qui se soucie du savoir, des mots choisis, en poésie ? Au contraire, qui ne recherche pas le sentiment, le sentiment réel, quoique simplement et même rudement exprimé ?
   — Il paraît que vous le recherchez, vous, dans tous les cas ; et assurément, en entendant ce poème, on découvre que Cowper agissait sous l’impulsion d’une émotion aussi forte que le vent qui balayait le navire, une émotion qui, ne lui permettant pas de s’arrêter pour ajouter aucun ornement à une seule stance de son poème, lui donna la force de l’écrire tout entier avec une perfection consommée. Vous l’avez récité d’une voix ferme, Caroline ; j’en suis étonnée.
   La main de Cowper ne trembla point en traçant ces vers ; pourquoi ma voix tremblerait-elle en les répétant ? Soyez-en sûre, Shirley, aucune larme ne mouilla le manuscrit du Naufragé. Je n’y entends pas les sanglots de la douleur, mais seulement le cri du désespoir, et, ce cri poussé, je crois que le spasme mortel lâcha son cœur, qu’il pleura abondamment et fut consolé."

critique par Wictoriane




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