Lecture / Ecriture
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Haïkus de prison de Lutz Bassmann

Lutz Bassmann
  Avec les moines-soldats
  Haïkus de prison
  Les aigles puent
  Danse avec Nathan Golshem

Un des pseudonymes d'Antoine Volodine

Antoine Volodine est un écrivain français dont l'on sait fort peu de choses: même pas son nom à vrai dire. Antoine Volodine étant un pseudonyme, tout comme les 3 autres sous lesquels il publie le plus souvent: Lutz Bassmann, Manuela Draeger et Elli Kronauer. Il serait né entre 48 et 52, peut-être à Lyon. Il appartient à l'école littéraire du «post-exotisme» dont ses pseudos et lui-même semble être les seuls membres.
«La parole post-exotique s'interrompra lorsque le dernier de nos écrivains s'éteindra, et personne nulle part ne s'en rendra compte. Toutefois, tant que nous disposerons d'un peu de souffle encore, nous inventerons encore et encore la magie absurde de cette parole, nous irons dans les mots et nous dirons le monde.»

Haïkus de prison - Lutz Bassmann

Une histoire en haïkus
Note :

   En haïkus, en haïkus... pas vraiment en fait. Ça ressemble à des haïkus, dans l’esprit, mais ça n’a pas la forme rigoureuse des haïkus. Sous la forme récupérée par l’Occident le haïku est ainsi codifié : trois vers de 5, 7 et 5 syllabes. Sous sa forme originelle, japonaise, on ne parle pas de syllabes mais de "mores" (un découpage de sons plus fin que les syllabes).
   Quoiqu’il en soit, sur un plan formel, les haïkus de Lutz Bassmann, s’ils se présentent bien sous la forme de trois vers successifs, ne respectent pas forcément le nombre de syllabes, ni au total (17), ni dans la répartition 5/7/5. Par exemple, dès le premier :
   "L’organisation s’est constituée
   On attend que les chefs surgissent
   Pour les haïr"
   

   Mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel est dans la réussite de l’entreprise ; raconter une histoire, faire passer un souffle au long cours, au fil d’une succession de "simili-haïkus" (dans les cinq cents). Ça, ça marche.
   
   Alors évidemment, s’agissant d’Antoine Volodine (moi ça m’agace ce foisonnement de pseudos), c’est...? Noir! Gagné! Ben oui, quoi, vous pensiez quoi?
   
   D’abord la prison... Pas précisément le bonheur. Mais la prison selon Bassmann, qu’on pourrait situer dans un monde aux tendances tyranniques et carcérales, allez l’ex-URSS pour être gentil, est une prison puissance dix. Le genre de prison qui évoque le monde décrit par Herta Muller dans "La bascule du souffle". D’ailleurs c’est explicite puisque le récit est divisé en trois chapitres :
   Prison
   Transfert
   Enfer
   L’enfer, c’est le camp d’internement, pour ne pas dire d’extermination comme on savait (imparfait de rigueur???) en mitonner en Sibérie.
   
   D’espoir, il n’y a pas. De perspectives, non plus. Mais hélas, on sait que ces mondes ont existé, pire, qu’ils existent encore. Et ça, on ne peut pas en vouloir à Lutz Bassmann...
   
   Toujours est-il que le pari est gagné. Raconter quelque chose à coup de haïkus se succédant sans intermittences. Après... prétendre que ce serait de la poésie?

critique par Tistou




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