Lecture / Ecriture
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Norma, roman de Daniel Charneux

Daniel Charneux
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Norma, roman - Daniel Charneux

Recluse dans le désert de Mojave.
Note :

   On connait l’amour des mots et de leurs agencements de l’ami Daniel Charneux. « Norma, roman » ne dépare pas. L’écriture y est nerveuse, avec beaucoup de phrases courtes, sans verbes fréquemment (hérésie profonde pour un de mes anciens professeurs !) et on imagine bien le ciselage des phrases qui s’est effectué au poinçon.
   « Assise dans le noir, blancheur des seins, blancheur des cuisses – noirs, les dessous – sourire, tête penchée – lourde et fragile.
   Lovée sur le sol, enroulée dans l’air, bas à résilles pour tout vêtement, le saillant des hanches, le saillant du dos nu et blanc, tête basculée vers l’avant, offerte, la brousse des cheveux masquant, mangeant tout le visage – blondeur feinte. Simuler, toujours ; faire semblant. Miauler, minauder, faire semblant de jouir, semblant de désirer, semblant de vivre. Simili cuir, simili plaisir, simili vie. »

   On pourrait dire aussi écriture en noir et blanc, le concept de ces photos à l’ancienne revenant de manière récurrente. Il faut dire que de photos il est beaucoup question !
   De quoi s’agit-il en fait ?
   Marylin Monroe, vous connaissez ? Norma Jean Baker ?
   He bien l’argument est simple. Elle n’est pas morte, ou plutôt seul le personnage de Marylin Monroe est mort, et Norma vit recluse, vieille et dans ses souvenirs, au fin fond du désert de Mojave. Et Daniel Charneux exploite des photos de l’étoile (la star, pour les intimes) pour nous raconter l’histoire non-officielle.
   Photos, et donc beaucoup noir et blanc. La référence sera souvent explicite mais il parvient souvent à nous faire ressentir cette impression d’être devant une image noire et blanche.
   Partant, beaucoup de descriptions pour mettre en place la photo, nous l’écrire sur la rétine. Puis la photo développée dans notre mental, Daniel Charneux s’en sert comme d’un levier pour effleurer des petits épisodes – imaginés ? Peut être pas tant que cela ? – de la société américaine tel qu’elle s’est consumée au contact de l’étoile.
   De petites touches donc, de désillusions en frustrations, du sentiment d’abandon du père à celui de n’être qu’un paquet de chair offert à la concupiscence, pour nous brosser la Norma de Daniel Charneux. Cette Norma, vieille et désabusée qui couche dans son cercueil, là-bas dans le désert de Mojave.
   Un style très soigné et léger. Le propos m’a paru peut être un peu trop décousu (c’est le principe des petites touches de-ci de-là) et peut être le regret que le désert de Mojave ne soit pas davantage exploité-mis en valeur. On ne s’y sent pas réellement.
   Je suis curieux de voir ce qu’il m’en restera à l’épreuve du temps. A vrai dire, c’est là qu’on peut juger les grandes oeuvres et c’en est peut-être une.

critique par Tistou




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