Lecture / Ecriture
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La Fille surexposée de Valentine Goby

Valentine Goby
  La note sensible
  Dès 10 ans: Le cahier de Leïla
  L'échappée
  Qui touche à mon corps je le tue
  Des corps en silence
  Banquises
  Kinderzimmer
  La Fille surexposée
  Une preuve d'amour
  Un paquebot dans les arbres

Valentine Goby est une écrivaine française née en 1974.

La Fille surexposée - Valentine Goby

Emois cartophiles
Note :

   Ce roman de Valentine Goby s'inscrit dans le projet des éditions Alma de couvrir les thèmes fondamentaux de l'art selon Picasso : "la naissance, la grossesse, la souffrance, le meurtre, le couple, la mort, la révolte et peut-être le baiser"."La Fille surexposée" traite de la révolte.
   
   Valentine Goby s'inspire pour cela d'une œuvre de Miloudi Nouiga, qui a réalisé une série autour des "Mauresques", ces photos érotiques de femmes nord-africaines vendues sous la forme de cartes postales dans la première moitié du XXe. Ces clichés recréent un orientalisme de pacotille, utilisant tel ou tel élément de façon à laisser penser que la jeune femme est de telle ou telle origine... alors que les mêmes modèles se retrouvent sur plusieurs photos, tantôt marocaines, tantôt algériennes ou tunisiennes. Miloudi Nouiga barre ces photos de grands coups de pinceaux, d'une pluie de gouttes de toutes les couleurs, diluées à l'eau de javel.
   "Maintenant ça sèche. Le cliché orientaliste ravagé. Miloudi le regarde. Il est le mensonge et la preuve du mensonge. Il produit le mensonge, un mirage de Mauresque début de siècle qui n'a pas existé. Et il atteste de l'existence d'un bordel officiel à Casa, avalé par un trou de mémoire. Un mensonge auxiliaire de la vérité" (p 117).
   
   Avec habileté, l'auteur brode autour de la toile en couverture du roman, basée sur une carte postale intitulée Khadidja la Marocaine. Elle dit d'elle-même à la fin du livre : "Je dessine, restitue, invente le hors-champ, le hors-temps de l'image, du moment : cela fait des romans" (p 124).
   
   Dans les années 1920, un photographe met en scène une fille prête à se dénuder pour un complément de revenu, malgré les interdits de sa religion qui voudraient que le corps ne soit pas exposé aux yeux de tous. Cette photo, le jeune soldat Maurice va la retrouver dans les années 1950 au fond d'une boutique où il était venu acheter des babouches. Il se décidera ensuite à se rendre au Bousbir, quartier réservé aux prostituées, dont les occupantes font l'objet d'examens réguliers, selon une volonté hygiéniste de l'administration coloniale. Annés 1970. Miloudi fait ses études à Paris et découvre à son tour le cliché intitulé "Khadidja la Marocaine". Il collectionnera ensuite les cartes postales du même genre avant de s'en servir pour créer une série de toiles, exposées en 2012 dans son atelier à Rabat. Et c'est là qu'Isabelle retrouvera sous une autre forme la carte postale envoyée par son grand-père Maurice à un ami lors de son arrivée au Maroc.
   
   J'ai été attirée par la superbe couverture et le nom de Valentine Goby et ne regrette pas de m'être plongée dans ce court roman, succession de récits entrecroisés. Les chapitres alternent les époques avec une belle cohérence, les personnages se rapprochant les uns des autres à travers "Khadidja la Marocaine", qui sans le vouloir tisse une toile entre eux d'époque en époque. L'écriture de Goby est toujours celle du corps, directe et maîtrisée. Sur le fond, on (re)découvre une facette encore une fois peu glorieuse de la colonisation, avec des points de vue très différents. Encore une belle réussite pour cet auteur!

critique par Lou




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