Lecture / Ecriture
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Moi, Charlotte Simmons de Tom Wolfe

Tom Wolfe
  Moi, Charlotte Simmons
  Un Homme, un vrai
  Le bûcher des vanités

Tom Wolfe est un écrivain américain né en 1931, à Richmond en Virginie.

Moi, Charlotte Simmons - Tom Wolfe

Si vous avez oublié ce que peut être l'adolescence ...
Note :

   Roman social et initiatique
   L'histoire commence:
   Charlotte Simmons, sage et prude fille d'origine modeste, débarque de Sparta, une petite ville de Caroline du Nord, le modèle typique de la cité américaine intégrée, très religieuse et embourgeoisée, à Dupont University (mélange fictif de Stanford, Yale, UCLA), l'Olympe de la connaissance, qui abrite la crème de la jeunesse américaine. Elle est certes brillante et déjà très jolie mais aussi... un peu gourde.
   Confrontée aux mœurs étranges de cette élite, la jeune fille naïve et studieuse découvre un temple du sexe, de la débauche, de l'alcool et des ambitions mesquines. Le tourbillon de sa première année va se charger de la déniaiser.
   
   J'ai aimé ce livre hyperrréaliste et remarquablement enquêté qui décrit l'état du système éducatif américain. Le constat est impitoyable, drôle, acide, sur la fabrique des élites américaines. Nous comprenons, tout au long de notre lecture que ce réquisitoire au vitriol ait été controversé lors de sa parution aux Etats-Unis. L'Amérique en proie à la déferlante du Politiquement Correct cache sur ses Campus le culte du sexe, de l'alcool, de la drogue, du corps et du sport.
   Ce roman social est aussi un roman dense sur les tourments de l'adolescence, la douleur, la culpabilité. J'ai aimé l'adolescente bien élevée, studieuse et brillante qu'est Charlotte Simmons. Comme elle, j'ai été choquée par la débauche, et sûrement comme elle, je me serais perdue dans les méandres des émotions naissantes. De l'injuste à l'hypocrite, de la candeur à la saleté, de l'estime de soi à la solitude intérieure, l'âme perverse et bavarde de l'adolescence cloue l'enfance sur place, silencieuse. Mais les fondations de Charlotte sont cousues dans la doublure de ses vêtements. Ce que l'effet du groupe lui a fait perdre, l'éducation le lui rend.
   Il n'est même pas sûr qu'elle soit la grande perdante dans cette bataille. Peut-on en dire autant d'un Jojo, oscillant entre le pire et le meilleur du panier auquel on rêve d'appartenir ; ou d'un Adam, intellectuel certes, mais ennuyeux et vindicatif ; ou encore d'un Hoyt, représentant à lui tout seul le tiercé de l'amygdale cérébrale : l'envie-l'aventure-l'émotion.
   
   Alors oui Charlotte est brutalement déniaisée, mais je la respecte, je la préfère naïve et victime des para stimuli culturels, plutôt que blasée ou vindicative.
   
   Vous l'aimerez aussi, Amateurs de roman social, curieux du système éducatif, sceptiques sur le devenir de l'émancipation en regard d'une révolution sexuelle incontrôlée,
   Parents convaincus que l'adolescence est un passage qui peut être aussi magique et utile que sordide et dévastateur,
   Parents qui envisagent d'envoyer l'été, et à des tarifs défiant toute concurrence d'autres expériences collectives, leurs jeunes ado sur les renommés campus américains …
   
   Pour prolonger le plaisir de lire, le parcours initiatique au sein de l'élite du moment m'a rappelé l'ascension parisienne du jeune Rastignac dans "Le père Goriot" (Honoré de Balzac). Le déterminisme social allié à la force centripète du groupe rappellent l'œuvre de Emile Zola, comme lutter contre évoque une liberté, qui ressemble à un échec, décrite dans "Trois dollars" (Elliott Perlman).
    ↓

critique par Alexandra




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Plus de fond que de forme
Note :

   Tom Wolfe est avant tout – et, espérons-le, définitivement – un journaliste. Celui qui passe même, à travers son succès outre atlantique, pour l’inventeur du « nouveau journalisme» (la même chose que l’ancien mais certainement en plus « chébran » ou quelque chose de cet acabit).
   D’accord, la caricature est facile. Mais je m’en sens le droit. Pourquoi ? Parce que je suis allé au bout de ces fichues mille pages de pauvreté littéraire !
   
   D’abord le pitch. Charlotte Simmons est une petite bouseuse coincée, fierté intellectuelle de son lycée de montagne, qui décroche son billet d’entrée pour Dupont, la plus prestigieuse université du pays. Alors qu’elle s’attend à pénétrer le saint des saints de la culture et du savoir, ce sont d’autres seins et pénétrations qui seront au programme de l’antre de la débauche et de la vulgarité entre les murs gothiques des bâtisses huppées.
   Tom Wolfe se veut le portraitiste de la vie estudiantine américaine d’aujourd’hui. Et il y réussit certainement bien, le voyage en reste d’ailleurs surprenant. Nombre de meilleurs connaisseurs ont loué son réalisme, son naturalisme même devrions-nous dire.
   
   Il est impératif de souligner la qualité du fond de l’histoire. On découvre un monde d’apparences qui s’écroule, l’omerta des campus qui tombe et les pires vérités qui se trouvent étalées devant nous, sur la place publique. Les personnages sont bien dessinés également. Ils sont incroyablement attachants, malgré la mièvrerie interminable de cette pauvre héroïne, tantôt pucelle joviale, tantôt dévergondée déprimée.
   
   Mais diantre, que tout cela est mal écrit ! Certes, concédons à l’auteur qu’il emploie le « vrai » langage jeune des Etats-Unis, un exergue nous le fait savoir avant même d’entamer la lecture. Mais les dizaines de « fuck » et ses déclinaisons par pages ne sont pas les pires. On s’habitue. Non, l’apocalypse réside dans une utilisation absolument barbare, voire grotesque, de la ponctuation ! Pour tenter de nous faire «entendre» les accents, la ponctuation est régulièrement inversée, ce qui fatigue énormément. Pire, l’auteur n’a jamais appris à se servir des points de suspension. Il nous en bombarde, ne les utilisant que pour interrompre en cours de route des phrases pour simplement passer plus facilement au paragraphe suivant ! Point de rythme, que de l’utile !
   
   Je n’ose qu’à peine évoquer la pauvreté de ses images. Dès qu’il en trouve une qui fonctionne, tout content, il la sert et la ressert durant trois ou quatre phrases, mâchée et remâchée, substantivant à qui mieux-mieux.
   Quel dommage pour les personnages ! Lire ce livre jusqu’au bout aura finalement été à mon sens une façon de porter secours aux personnages, ou du moins de partager leur calvaire. Je me sentais l’âme d’un pèlerin les aidant à porter la médiocrité de leur géniteur, cette croix qui masquait leur qualité profonde.
   
   Paradoxal. Je ne sais pas s’il faut conseiller ce livre. Je ne le déconseillerai pourtant pas non plus.
    ↓

critique par Kassineo




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Quel souvenir gardez-vous de cette lecture?
Note :

   Voilà, une nouvelle fois, je n'ai pas été très courageuse pendant mes congés et j'ai privilégié des lectures faciles (canard, revues etc...) plutôt que de me plonger dans les titres planqués chez mes parents ou dans ma propre PAL.
   Bref un seul livre à mon actif ... et bon, ... je reste encore dubitative une fois la dernière page lue et espère que vous pourrez m'éclairer de vos commentaires ou impressions de lecture.
   Oui je suis certaine que ce livre a été lu par bon nombre d'entre vous car il a fait pas mal parler de lui, et moi-même, je l'avais au chaud depuis plus d'un an.
   Je veux parler de "Moi, Charlotte Simmons" de Tom Wolfe.
   
   Comme , grâce à Alexandra et Kassineo, vous connaissez déjà l’histoire, je vous livre directement mes impressions après lecture:
   Pour ceux qui l'ont lu tout d'abord, voici la raison principale de ma réaction finale: j'ai eu l'impression en refermant ce livre qu'elle n'avait rien appris, que sa seule attitude était de se comporter exactement comme toute ces filles qu'elle avait mal jugées de prime abord. Seule sa notoriété, mobile même des étudiants de ce campus, lui importe. Est-ce une mauvaise interprétation du roman ?
   
   L'histoire en elle même est assez usée: une jeune oie blanche, pauvre mais méritante, débarquant de sa province dans une université sélecte. Et là elle découvre (horreur !), luxure, cohabitation, ...
   
   Bref l'ouvrage nous narre l'inadaptation de cette jeune fille brillante face à ces "années d'expériences" dixit sa meilleure amie d'enfance, étudiante pour sa part dans une autre université :
   (...)" les études : quatre ans pendant lesquels tu peux tout faire, tout essayer, sans qu'il y ait... de conséquences ? Pas de trace, pas de dossier, pas de blâme. Des trucs que si tu avais risqué ça avant, tes parents se seraient arraché les cheveux et t'auraient traitée comme une fille perdue ? (...) Et si c'est après la fac, si tu te permets ça, ton patron pétera un putain de plomb, ou ton supérieur, ou... " (...)
   Bref ceux qui ne l'ont pas lu l'auront compris, la bonne attitude dans cette université est de se montrer cool, faire la fiesta etc... de faire non seulement parti de l'élite mais surtout des personnes en vues – quels qu'en soient les moyens - . Les quelques réalistes qui gardent néanmoins un regard sur leurs résultats scolaires ne l'affichent pas si leur statut est en jeu : basketteur, figure de l'élite, membre d'une vieille confrérie; tous sont logés à la même enseigne. A savoir ne pas parler de ses notes, et étudier sans que les autres en soient conscients. C'est là la forme d'intelligence la plus flagrante et peu semble l'avoir compris.
   
   Parallèlement à Charlotte nous suivons différents prototypes de cette université, et découvrons donc cet univers avec les yeux de l'héroïne. Si de prime abord elle s'offusque, est horrifiée par le comportement de ses camarades, Charlotte s'imagine pouvoir, par son intelligence et sa beauté, rivaliser, dominer ce qu'elle abomine. Bref elle va s'approcher au plus près de la flamme et finir par se brûler les ailes, elle qui se croyait, se voyait bien au-dessus de toute cette boue tout en voulant tout à la fois être enfin celle vers qui tous les regards se tournent.
   
   Comme pour "Le bûcher des vanités", j'ai eu parfois de violents moments de rejets vis à vis de ma lecture. Il faut ajouter à cela un vocabulaire très djeuns qui ne m'a guère emballée, et me donnerait envie de lire la version anglaise afin d'être certaine de la traduction -malheureusement je suis quasi certaine que la traduction est bonne -.
   Bref je ne suis que très moyennement satisfaite de cette lecture.
   
   Je vais, moi aussi, faire mon oie blanche : Je sais que les jeunes américains du fait des lois contre la vente d'alcool au moins de 21 ans ont quelque peu tendance à se laisser aller dès qu'ils en ont l'occasion, que l'image des friqués people transmise par la presse trash est assez similaire à celle transmise par Wolfe dans ce roman, mais la description des riches universités américaines est-elle, selon vous (ou à votre connaissance) si réaliste ?
   
   J'arrête là mes questions et vais enchaîner avec un autre livre.
   
   Ceci dit, je ne souhaite pas vous détourner d'une lecture juste sur mon opinion.

critique par Delphine




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