Lecture / Ecriture
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Né un 4 juillet de Ron Kovic

Ron Kovic
  Né un 4 juillet

Né un 4 juillet - Ron Kovic

Plaidoyer pour la paix
Note :

   Un livre vérité qui a inspiré le cinéaste américain Oliver Stone pour le film du même nom.
   
    Comment certains idéaux américains ont sacrifié une génération de jeunes hommes pour se terminer plusieurs années après au prix de centaines de milliers de morts tous camps confondus, par une fuite honteuse et bien sûr sans gloire. Cette guerre, j'en entendais parler tous les jours durant ma jeunesse, je l'ai vécu en noir et blanc grâce à la télévision, ma jeunesse est partie, mais d'autres, et c'est beaucoup plus grave, y ont perdu leur corps ou leur vie. Quel horrible gâchis!
   
   La vie ou plutôt la survie d'un homme dans l'histoire d'une des grandes tragédies américaines, la guerre du Vietnam.
   
   La première partie du livre nous raconte sa très grave blessure au combat, les conditions de son évacuation et ses longs séjours dans les hôpitaux militaires aux États-Unis. Certains passages sont particulièrement choquants . Puis vint l'époque de la tentative de reconstruction morale et physique. Enfant américain comme des millions d'autres, encore plus américain, car né le 4 juillet, jour de la fête nationale. Il a été élevé dans le goût de l'effort sportif, il était brillant et rêvait d'être un grand joueur de base-ball. On lui a aussi inculqué un patriotisme sans faille, "l'Amérique ne peut pas perdre" etc. Des militaires viennent recruter dans les écoles ; Ron s'engage chez les marines, corps d'élite s'il en est. Formation et direction le Vietnam avec son cortège d'horreur, des morts innocents, des enfants mitraillés, la blessure et le bas de son corps définitivement paralysé.
   
   Commence alors la découverte de la vérité, l'Amérique s'enlise dans ce que l'on nomme le "bourbier Vietnamien". Ni les morts, ni les blessés en tout genre ne peuvent changer le cours des choses.
   Aux États-Unis, même la contestation gagne du terrain ; au cours d'une manifestation quatre étudiants sont tués par la garde civile dans l'Ohio. Ron Kovic, comme beaucoup d'autres, se pose des questions et rejoint les contestataires. Il sera plusieurs fois tabassé par les forces de l'ordre.
   Les mouvements hippies et pacifistes se font entendre, l'opinion publique petit à petit se pose la question : que faisons-nous là-bas?
   
   Certains passages sur sa vie au quotidien sont assez crus. Rendu impuissant il fréquente en particulier au Mexique des prostituées, situation étrange et embarrassante pour les deux.
   La littérature comme thérapie, allusion à Jack Kerouac dans le post-face de Gerald Nicosia* :
   - De même que "Sur la route" avait servi d'exutoire à Jack Kerouac, "Né le 4 juillet" a eu un effet cathartique sur son auteur : l'écriture a su dompter les crises de panique et les terribles cauchemars dont Kovic souffrait depuis son retour du Vietnam.

   Car écrire ce livre ne fût pas un exercice facile, ce fût même sûrement une souffrance supplémentaire, mais salutaire.
   
   Parmi les personnages croisés au fil des pages des américains moyens dont beaucoup cassés, mutilés ou estropiés, des vies aux rabais ayant à peine droit à une certaine reconnaissance. Et le monde politique n'a pas compris la leçon, il faut dire que ce n'est pas lui qui fait les guerres qu'il décrète!
   
   Un style d'écriture rapide et direct, ce qui convient le mieux à ce genre de document indispensable.
   
   Extraits :
   
   - On ne peut rêver mieux comme jour pour naître aux États-Unis.
   
   - Quelle chance incroyable d'être né le jour de l'indépendance de mon pays. J'en étais empli d'orgueil.
   
   - J'aspirais simplement à être un athlète de haut niveau et un bon catholique, peut-être même à devenir un jour prêtre ou joueur professionnel.
   
   - Si nous poursuivons cette guerre, Monsieur Kovic, c'est pour la gagner.
   
   - C'est sans agiter le drapeau ni faire de geste de la main que les badauds les regardaient passer.
   
   - Qu'on me rende ce qui m'a été enlevé, ce qu'on m'a volé, ma queue qui ne se redressera plus. À peine ai-je eu le temps d'apprendre à en jouir qu'elle est morte, comme tout le reste.
   
   - Ce corps démoli n'a plus aucune chance de guérir il devait rester dans cet état un bon bout de temps.
   
   - Quatre étudiants venaient d'y être tués par balles au cours d'une manifestation contre l'entrée des troupes américaines au Cambodge.
   
   - La guerre n'est pas finie et il était grand temps de joindre mes forces à celles des autres vétérans.
   
   - C'est un cadavre qu'ils ont tabassé. Ils marchent sur des œufs à présent.
   

   Titre original : Born on the Fourth of July (Première parution américaine en 1976).
   
   * Auteur de : Memory Babe : A Critical Biography of Jack Kerouac (1986).
   Memory Babe. Une biographie critique de Jack Kerouac (1998)

critique par Eireann Yvon




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