Lecture / Ecriture
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Premier de cordée de Roger Frison-Roche

Roger Frison-Roche
  Premier de cordée

Né à Paris en 1906, Roger Frison-Roche est attiré très tôt par la montagne. L'alpinisme et le journalisme le conduisent à une carrière d'écrivain d'une richesse exceptionnelle (une quinzaine d'ouvrages). Il est mort en décembre 1999.
(Source éditeur)

Premier de cordée - Roger Frison-Roche

La Montagne et son conteur
Note :

   Un roman qui date de 1942 mais qui pourtant procure toujours le même plaisir.
   
   L’histoire de Pierre Servettaz qui veut devenir guide à la Compagnie des guides de Chamonix. Son père redoute pour lui les dangers de ce métier et lui a fait suivre une formation hôtelière. La montagne pour le plaisir d’accord mais pas pour en faire son gagne pain. Jusqu’au jour où le père et Jean Servettaz va être foudroyé aux Drus et le guide porteur George à la Clarisse devra ramener seul le client américain.
   
   Le drame de la montagne car impossible de ramener le corps de Jean Servettaz malgré toute la volonté des guides chamoniards.
   
   Pierre et Georges chacun de leur côté sont des mutilés, l’un parce qu’il a eu les pieds gelés, l’autre parce qu’il a, tentant de rejoindre le corps de son père, fait une chute qui le laisse en proie au vertige.
   
   J’ai retrouvé avec bonheur ces deux jeunes hommes, leurs rêves, leur courage fou, leur entêtement et la prose si généreuse de Frison-Roche.
   
   Un récit qui certes a pris de l’âge : les secours en montagne avec hélico et tutti quanti ne ressemblent plus à la cordée du roman, mais la beauté et la force de la montagne sont bien toujours là avec le sens du service pour les guides, la solidarité devant l’adversité et la passion des sommets.
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critique par Dominique




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Chamonix, première moitié du XXème siècle
Note :

   Pour qui connait bien Chamonix, sa vallée incomparable, pour y avoir par exemple passé un mois l’été toutes les années de sa prime jeunesse, "Premier de cordée" pourrait s’assimiler à un roman sociologique. Roger Frison-Roche s'emploie à restituer avec beaucoup de précision ce monde si particulier de l’ultime vallée avant la très haute montagne, et notamment les conditions de vie dans cette vallée qui commençait seulement à s’ouvrir au tourisme, alpin puis de masse, dans la toute fin des années 30. Il a écrit en effet "Premier de cordée" durant un séjour à Alger entre 1938 et 1940.
   C’est une vision très fraiche de la vie rude des chamoniards qui se destinaient au métier de guide de haute montagne, un sacerdoce pourrait-on dire, une confrérie en tout cas d’hommes qui savaient qu’ils pouvaient laisser leur vie là-haut.
   
   Pierre Servettaz, tout jeune homme de la vallée de Chamonix, se sent plutôt frustré du choix de son père, Jean Servettaz, de l’avoir destiné au métier de l’hôtellerie – qui va connaître effectivement un boom dans la vallée – plutôt, tel qu’il le ressent, pour le détourner du métier de guide de haute montagne, le métier justement de Jean Servettaz. C’est que Pierre a la montagne dans le sang – et franchement, à naître et vivre dans la vallée de Chamonix comment faire autrement? Il effectue des courses pour le plaisir et voit avec amertume ses amis proches se tourner vers la profession de guide. Et puis arrive le drame, Jean Servettaz est foudroyé, pris dans un orage dans la paroi des Drus, du fait de l’obstination du client américain qu’il conduisait. Il a laissé sa vie à son corps défendant, pourrait-on dire. Abomination supplémentaire, le guide-porteur qui l’accompagnait, Georges à la Clarisse, a pu ramener le client américain en bas mais a dû laisser la dépouille de Jean dans la paroi. Il y aura, lui, laissé ses orteils, gelés.
   
   Pierre se joint à la cordée parie récupérer le corps et, du fait de son obstination, dévisse, risque d’y laisser la vie mais surtout subit un choc tel qu’il a désormais le vertige. L’hôtellerie est oubliée, le métier de guide aussi, et Pierre s’enfonce dans une spirale de déni de soi, se met à boire.
   
   Pendant ce temps Georges à la Clarisse est parti se faire soigner. Quand il revient, et malgré ses orteils amputés, il veut se remettre au métier. Il sert d’exemple à Pierre et tous deux vont effectuer une première significative dans l’Aiguille Verte au prix d’efforts surhumains pour se prouver – et accessoirement aux autres – qu’ils ne sont pas perdus pour le métier.
   
   Tout ceci est traité de l’intérieur avec un luxe de détails – Roger Frison-Roche a été guide-porteur – qui m’a amené à parler de roman sociologique. Une belle approche de la réalité chamoniarde des années 30, avant l’explosion du tourisme.

critique par Tistou




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