Lecture / Ecriture
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Nouvelles sur ordonnance de Denis Labayle

Denis Labayle
  Ton silence est un baiser
  Rouge Majeur
  Nouvelles sur ordonnance

Nouvelles sur ordonnance - Denis Labayle

Comment allez-vous docteur ?
Note :

   Un recueil de dix nouvelles qui, comme son nom l'indique, est basé sur les relations entre un médecin et un de ses patients. Relations étranges parfois, amicales ou amoureuses, tendues ou amicales, bref ce qui fait la vie et aussi la mort de tout être humain!
   
   "Le mensonge amoureux", un beau texte qui prouve que les médecins sont avant tout des hommes, même si je trouve l'histoire un peu cousue de fil blanc.
   
   "Bistrot", ceux d'avant. Du temps des habitués du zinc, les personnages de la chanson de Brassens "L'ancêtre" et un homme qui par désespoir les fréquente. Une leçon de vie et de retour vers une certaine confiance de soi-même. Des gens pour qui, malgré leurs ivresses, j'ai une certaine sympathie. Une leçon d'espoir!
   
   "Docteur Schumann", la musique est une bien belle chose, le dépassement de soi aussi... on peut exceller dans sa spécialité et être rongé par le trac pour juste faire une autre chose en public, même une passion comme interpréter un morceau de musique! Retour sur des souvenirs d'enfance.
   
   "L’inquiétant M. Kervert", ce personnage n'est pas seulement inquiétant, c'est le salaud intégral! Cet homme catholique intégriste, rigoriste jusqu'à l'absurde. À cheval sur beaucoup de principes, mais oubliant bien vite tout sens moral quand cela l’arrange. L’apôtre de la morale chrétienne pour les autres, mais pas pour lui.
   
   "Le secret du père Jérôme". Même dans ce monde de recueillements et de prières, le matérialisme et l'argent ont fait leur entrée. Alors un vieux moine qui va mourir a besoin de se confier, un secret lourd à porter, erreur de jeunesse. Alors un médecin que l'on connait fait un parfait confident!
   
   "Le jour du 14 Juillet". Ce n'est pas le moment d être gravement malade dans la France profonde qui s’étourdit de boissons fortes et de bals musettes... et pourtant!
   
   "Le repenti". Qu'importe le donneur si l'organe est bon... peut-on être regardant quand un don d'organe peut sauver une jeune vie... si le donneur est en prison et qu'il est volontaire! Mais on peut essayer de chasser le naturel, il revient très vite!
   
   "La dérive". Les épreuves de la vie peuvent faire plonger même les plus forts. Et le plongeon peut être vertigineux et dans ces cas-là, la remontée n'en est que plus difficile. Mais l'amitié sincère peut déplacer des montagnes et redonner du goût à la vie de gens blessés.
   
   Une jeune femme très malade et son entourage confronté à la maladie, un homme sombrant dans l’alcoolisme, des personnages hétéroclites d'un temps passé que la vie n'a pas épargnés. Mais la société actuelle est-elle meilleure? Céline pose à son médecin le dilemme suivant, lui après des années d'études doit-il accepter un rituel africain? Un peu d'humour, cela déride!
   
   Une femme qui se révolte contre notre monde et sa dureté, un couple d'espagnols dont le mari est malade, un adolescent et son donneur, des personnages qui comme nous tous sont confrontés un jour ou l'autre à la maladie et aux épreuves qui en découlent.
   
   Un bon recueil qui se lit très bien, mais je trouve que les textes proposés sont de valeur relativement inégale, du bon (souvent) et du moins bon (plus rarement). C'est, malgré ces petites réserves, très enrichissant d'avoir l'avis et la pensée d'un professionnel de ce sacerdoce et cette vocation qui hélas est devenue un métier comme un autre. Médecin de famille, quel beau titre, souvent maintenant en voie d'extinction, et j'en profite pour rendre un vibrant hommage aux médecins de campagne.
   
   Ce recueil est aussi un constat désabusé de notre société égoïste et du sort que l'on réserve à nos "anciennes personnes".
   
   
   Extraits :
   
   - Tout l’art résidait ensuite à ne rien laisser paraître, à garder un regard d’autant plus froid que la vision s’avérait délectable. Secrets inavouables qui restent enfermés entre les murs des cabinets d’examen.
   
   - Je savais toutefois qu’en matière d’alcool, l’avenir restait imprévisible. Avec certains maux, il faut se contenter d’être là, juste pour en limiter les nuisances.
   
   - Se détruire, c’est déjà une façon de lutter contre l’ennui.
   
   - La vie m’apparut soudain bien étrange : l’homme passe sa vie à rêver d’événements capables de nourrir sa mémoire, et, le jour venu, rien ne se passe comme prévu, l’angoisse s’invite autant que le plaisir.
   
   - Je ne savais plus que penser. J’oscillais entre le fatalisme et la révolte. La médecine se révèle impuissante face aux croyances.
   
   - Les plus chaleureux remerciements viennent toujours des familles des décédés, ceux pour lesquels on a totalement échoué...
   

critique par Eireann Yvon




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