Lecture / Ecriture
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Les Golovlev de M.E Saltykov-Chtchédrine

M.E Saltykov-Chtchédrine
  Les Golovlev

Mikhaïl Ievgrafovitch Saltykov-Chtchedrine est un écrivain et satiriste russe, né en 1826 et décédé à Saint-Pétersbourg en 1889.

Les Golovlev - M.E Saltykov-Chtchédrine

Familles, je vous hais
Note :

   Je voudrais vous faire découvrir un auteur russe peu connu et pourtant tout à fait épatant : M.E Saltykov Chtchédrine. Découverte que je vous propose de commencer avec "Les Golovlev" que les éditions Sillage ont eu la bonne idée de rééditer, le volume en pléiade étant indisponible depuis des lustres.
   
   C’est un grand tableau, presque une fresque, que dresse l’auteur, d'une famille de la petite noblesse terrienne. Ils appartiennent à la classe des marchands et la figure dominante de la famille est celle d’Arina Golovlev, la mère.
   
   C’est une très sombre chronique que tient Saltykov "A côté de ces familles favorisées par le sort, il en existe un grand nombre d'autres, aux représentants desquelles les pénates domestiques n'apportent dès le berceau qu'une éternelle infortune."
   
   Arina Petrovna Golovlev mène la maisonnée à la baguette et pas seulement au sens figuré. "femme habituée au pouvoir et douée en surplus d'une puissante imagination" .Elle est économe jusqu’à l’avarice, inflexible jusqu’à la cruauté, n’hésitant pas à envoyer au bagne un serviteur pour une peccadille. Manipulatrice, elle s’ingénie à monter ses enfants les uns contre les autres, Stépane l’aîné qui dilapide sa fortune par bêtise "Cinq milles roubles et un petit village de trente âmes" et qui semble espérer que sa mère l’aidera, Paul le mou, le tiède, le faible, et enfin Porphyre, le plus proche de sa mère par le caractère, surnommé par ses frères Judas pour son côté servile ou La sangsue capable d'asphyxier ses interlocuteurs sous un tel flot de paroles hypocrites que ceux-ci sont noyés et prêts à tout pour arrêter cette avalanche verbale, incapables ensuite de résister à aux manœuvres machiavéliques de Porphyre. Il est tellement bon dans le rôle que sa mère elle même sera prise au piège.
   
   Les trois fils n’attendent qu’une chose : la mort de leur mère. L’envie les tient de faire main basse sur le domaine et la fortune des Golovlev, leurs rapports sont petit à petit marqués par la folie, la violence, la turpitude. Véritable débâcle familiale.
   
   On oscille en permanence entre la farce et la tragédie, des scènes burlesques à la Tchékhov succèdent à des scènes noires et cruelles, tout le récit est imprégné du ressentiment de Saltykov envers une mère qui avait les traits d’Arina Golovlev et une société Russe qu’il critiquait violemment.
   
   Pourtant la nature, comme dans beaucoup de romans russes, est présente, quelques figures féminines apportent un peu de douceur et elles aussi pourraient trouver être des personnages de La Cerisaie ou d'Oncle Vania.
   
   C’est une chronique sans concession mais j’ai aimé cette peinture au vitriol pleine de lucidité sur la fin d’une époque et d’une société.
   "Il est des familles sur lesquelles pèse une sorte de fatalité. Cela se remarque surtout dans la petite noblesse qui, dispersée sur toute la surface de la terre russe, sans travail, sans lien avec la vie publique, ni les pouvoirs dirigeants, s'abrita derrière le servage, et qui maintenant, privée de toute défense, agonise dans ses manoirs en ruine."
   
   Saltykov fera partie des réformateurs mais sera comme bien d’autres emporté par la tourmente révolutionnaire.
   
   Je ne peux que vous recommander l'autre roman de Saltykov "Le bon vieux temps" dont je parlerai ici un jour ou l'autre.

critique par Dominique




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