Lecture / Ecriture
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Naufrages de Akira Yoshimura

Akira Yoshimura
  Naufrages
  La jeune fille suppliciée sur une étagère
  Le convoi de l'eau
  Un été en vêtements de deuil
  L’arc-en-ciel blanc
  Mourir pour la patrie

Akira Yoshimura est un écrivain japonais né en 1927 et décédé en 2006.
Plusieurs de ses romans ont été édités en français chez Actes Sud

Naufrages - Akira Yoshimura

Le malheur des uns...
Note :

   Akira Yoshimura reprend ici une légende japonaise et nous la raconte à sa façon.
   Le personnage principal est un jeune garçon qui devient chef de famille à neuf ans.
   
   Pour permettre aux siens et plus généralement a son village d’éviter la famine, il va être initié a une étrange coutume. On constate alors que cette coutume vieille comme le monde est aussi large comme lui puisqu’elle a été pratiquée sur toutes les côtes du monde. Toujours de la même façon et pour les mêmes raisons.
   
   L’auteur, plusieurs fois récompensé (prix Dazai en 1966 pour «Voyage vers les étoiles»), nous livre ici un roman passionnant et bouleversant et écrit de main de maître. La plume d’Akira Yoshimura n’a d’égale que la cruauté des destins qui s’y croisent.
   
   Un conte philosophique ou se mêlent un univers violent, sombre, plein l’espoir, chargé de tristesse, de joie et de malheur. La peur et la volonté crue de survivre n’altèrent pourtant pas la légèreté dont fait preuve l’écrivain pour traiter d’un thème aussi grave.
   
   Dans un décor sublime du Japon d’antan la description des paysages, des émotions sont d’un réalisme effrayant.
   
   Tout simplement sublime…
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critique par Heiho




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Le naufrage et les naufrageurs
Note :

    «Au Japon, dans un village coupé du monde et coincé entre mer et montagne, une communauté de pêcheurs vit au rythme des saisons. Isaku, un jeune garçon de dix ans dont le père s’est vendu pour trois ans afin de faire vivre sa famille, devient du jour au lendemain responsable de leur survie et se fait le serment de les épargner de la maladie et de la famine. Initié aux croyances et rites ancestraux, il fait son apprentissage en attendant le retour du chef de famille.»
   
    Chaque saison apporte son lot de victuailles dont les villageois se nourrissent ou qu’ils échangent au village voisin contre des céréales. Il y a la saison des sardines, celle des maquereaux, la saison où les feuilles du sommet de la montagne commencent à rougir, annonciatrices de l’arrivée des tempêtes. C’est alors que les hommes du village se mobilisent pour alimenter des feux sur la plage, destinés à attirer puis à piéger les bateaux de négoce qui viennent se fracasser contre les récifs. Sous l’autorité du chef du village et de ses conseillers, les villageois pillent leur chargement pour assurer la survie de la communauté… Isaku est témoin de cet événement exceptionnel qui va marquer un tournant dans la vie du village.
   
   C’est un très beau roman d’initiation qui vous embarque d’abord doucement et dont l’intensité dramatique progresse crescendo. La description d’une vie quasi-monastique où l’on vit de pêche, de cueillette, de rites et de prières. Chaque habitant est concentré sur la survie de sa famille et compte les saisons qu’il leur reste avant le retour tant attendu de l’un des leurs, parti se vendre contre de l’argent. Le destin du jeune Isaku nous tient en haleine, on tremble avec lui dès que la fièvre s’empare d’un membre de sa famille ou quand il rate une saison de pêche. Saura-t-il tenir sa promesse? Mérite-t-il la confiance qu’on lui a faite? Dans cette vie primitive où les signes extérieurs de tendresse n’ont pas lieu d’être, on n’en ressent pas moins un grand respect de la famille et une affection qui se déclare dans les moments les plus anodins: l’apprentissage de la pêche, le partage d’un repas, la guérison d’une plaie par les plantes, le tissage d’un vêtement. C’est pudique et fort, sensible et violent, austère et authentique.
   
   Ah et puis quel bonheur d’avoir lu ce livre dans un format Actes Sud… retrouver ce format que j’adore et le grain du papier si particulier, ça n’a rien gâché au plaisir !!
   
   A mettre dans votre bibliothèque mais pas seulement pour faire joli
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critique par La Dame




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Angoisse et fatalisme
Note :

   Un roman court qui a des allures de conte, dont l’auteur jamais ne nous précise la période ou le lieu de son histoire. On ne sait presque rien de ce village de pêcheurs d’un Japon millénaire, pauvre, tellement pauvre que lorsque les ressources s’épuisent, les hommes vont louer la force de leurs bras, loin, avec l’espoir de revenir un peu moins pauvres.
    "Des bateaux passaient de temps en temps dans la journée. Généralement quand la mer était calme, mais aussi quand elle était agitée. Ils disparaissaient alors très vite, leurs voiles à mi-hauteur, ballottés par la houle qui les faisait tanguer dangereusement. Isaku les regardait en compagnie des autres villageois."
   
    Isaku est seul depuis que son père est parti, il doit faire vivre sa famille, ses capacités de pêcheur sont encore bien faibles et, malgré tous ses efforts, le riz vient à manquer.
   
   Il est temps pour Isaku d’être initié, d'être initié au secret inavouable partagé par tout le village : le pillage des bateaux, tous sont des naufrageurs, allumant des feux trompeurs sur la plage pour faire échouer les navires.
   
   Ensuite c’est la noria vers l’épave pour récupérer le riz, des objets utiles pour chacun ou pouvant être vendus. Mais il peut arriver que le bateau n’apporte pas l’abondance espérée et fasse le don mortel de la maladie.
   
   "C’est un crime passible des châtiments les plus extrêmes. Sans ces naufrages, le village aurait disparu depuis longtemps, laissant place à une côte inhospitalière semée de rochers. Les naufrages avaient permis à leurs ancêtres de survivre sur cette terre, et les villageois se devaient de perpétuer la tradition. Ils croyaient que l’âme des défunts partait loin dans la mer, et qu’après un certain temps, comme elle n’avait aucun autre endroit où aller, elle revenait s’installer dans le ventre d’une femme enceinte."
   
   "Les villageois marchaient de long en large sur la plage, les yeux fixés sur la mer. Il faisait de plus en plus froid, et les hommes venaient tour à tour rajouter du bois sous les deux chaudrons. Puis, sur un geste du chef du village, on apporta des bûches supplémentaires pour faire un nouveau feu autour duquel les villageois se rassemblèrent."
   

   J’ai vraiment aimé ce roman sombre, le narrateur nous montre le village, la faim qui tenaille, le froid, l’angoisse que ceux qui sont partis ne reviennent jamais. Isaku est un être simple mais sa vie est marquée par la peur, l’espoir de subvenir aux besoins de sa famille mais il rêve aussi de connaitre l’amour.
   
   J’ai aimé ce tableau d’une communauté incapable d’aider les siens sauf en provocant le malheur.
   
   Un récit âpre qui suit les rythme des saisons sans jamais que nous n'y trouvions de consolation, rythmé aussi par les naissances, les mariages, les morts. Tout le quotidien est exploré sans jamais être pesant.
   
   Il y a un côté impermanent dans ce récit, comme les villageois on attend un mieux qui ne vient jamais.
   
   Un récit que j’ai aimé malgré son côté très sombre, pas de révolte chez ces pêcheurs, une angoisse qui pèse sur leur vie, un fatalisme qui fait accepter les privations, les douleurs. Quand tuer est la seule façon de survivre...

critique par Dominique




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