Lecture / Ecriture
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Dans la lumière de Barbara Kingsolver

Barbara Kingsolver
  Une île sous le vent
  Un été prodigue
  L'arbre aux haricots
  Un jardin dans les Appalaches
  Les yeux dans les arbres
  Les cochons au paradis
  Dans la lumière

Barbara Kingsolver est une écrivaine américaine née en 1955.

Dans la lumière - Barbara Kingsolver

Tout pour me plaire, et pourtant...
Note :

   J'ai choisi le dernier roman de cette auteure que j'apprécie particulièrement pour son engagement écologiste et chez qui les femmes sont régulièrement à l'honneur. Le sujet m'attirait : une jeune femme dont la vie quotidienne est banale et médiocre se retrouve un beau jour face à un spectacle de la nature qui va changer brusquement son existence. Le phénomène en question est l'apparition d'une nuée de papillons monarques, ces insectes qui migrent tous les ans au Mexique, et qui se retrouvent, pour les besoins du roman, dans les Appalaches. Et pourtant, je me suis considérablement ennuyée à la lecture.
   
   Il y a cependant de bonnes choses dans ce roman, à commencer par une esquisse intéressante de la vie des Rednecks (entendez par là des bouseux) : on essaie de survivre sur une exploitation agricole (ici l'élevage de moutons), peu de boulot, peu de gamins qui parviennent à l'université, mais beaucoup de réfractaires à la protection de la planète. Les gens nient le réchauffement climatique et si on peut se faire un peu de fric en déboisant, ma foi, allons-y. L'Eglise est omniprésente, tout comme les centres commerciaux. On suit, plus ou moins péniblement, Dellarobia dans sa quête désespérée : faire les courses en ayant pour seul choix des articles d'occasions, made in China, et des aliments périmés, ce n'est pas la joie. Ceci dit, on a beau être pauvre, on a quand même un téléphone portable. il ne faut pas pousser non plus.
   
   Passons maintenant aux choses qui fâchent. J'ai peiné à reconnaître le style de Barbara Kingsolver. Faut-il en imputer la faute à la traductrice? Je ne sais pas, mais j'ai relevé ça et là, quelques phrases bien maladroites, et une syntaxe défaillante. Les dialogues, hormis ceux échangés entre l'héroïne et les scientifiques, sont d'une platitude absolue.
   
   Un exemple de phrase qui m'a heurtée : "Elle contempla donc le papillon passer à travers les yeux d'Esther." je ne veux pas paraître maniaque, mais tout de même...
   
   Les personnages principaux sont dans l'ensemble dépourvus du moindre intérêt en ce qui me concerne : Dellarobia (argh, ce prénom...), pas encore trentenaire, deux enfants et un mari gentil mais gnan-gnan (prénommé Cub! encore pire que Dellarobia...), qui vivent plus ou plus moins de l'exploitation familiale, gérée par les beaux-parents. La meilleure amie, Dovey (mais où est-elle allée chercher tous ces prénoms horribles??), inutile à l'intrigue mais censée représenter un autre archétype féminin, le scientifique, Ovid Byron (eh oui...), beau et intelligent mais quand même marié, comme quoi personne n'est parfait. Les gentils moutons et les gentils chiens de berger, les deux bambins de Dellarobia (rien qu'à lire leurs frasques, j'en étais épuisée...), sans parler du reste, les engueulades du couple au supermarché, les petites piques échangées avec la belle-mère... bref, du déjà lu. Rien d'original. Le portrait de la jeune mère de famille pas-si-bête-que-ça coincée dans la cambrousse mais aspirant à autre chose, cela n'a quand même rien d'original. Entre deux scènes de la vie quotidienne à mourir d'ennui, on en apprend beaucoup sur ce papillon fascinant, le monarque, mais j'avoue avoir eu beaucoup de mal à faire le lien entre les deux thèmes du livre. L'un est clairement centré sur le fait que l'on peut changer son destin (sans blague? ) et peu importe qu'un papillon en soit le détonateur, l'autre porte sur les conséquences écologiques du réchauffement climatique et du déboisement.
   
   Un méli-mélo longuet et sans relief, où surnagent ça et là quelques beaux moments, comme les descriptions de la forêt et ce nuage de papillons. Ce n'est pas complètement un naufrage mais un beau ratage, à mon goût, dans l’œuvre d'une écrivain que j'aime habituellement beaucoup.
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critique par Folfaerie




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Embrasement dans les Appalaches
Note :

   Une belle lecture de fin d’été qui m’a emporté à nouveau dans les Appalaches, décidément c’est une région que j’aurais fréquenté plusieurs fois cette année.
   
   En plein cœur de la forêt une jeune femme grimpe, sa tête est emplie des soucis du jours, de ses questions, de ses envies. Elle est terrifiée par ce qu’elle va faire, elle fuit un monde dont elle ne veut plus.
   
   Mais sa course éperdue va tout à coup se heurter à une étrange vision, la forêt, la montagne lui semblent en feu, les arbres frémissent, tremblent, ils sont couverts de papillons orangés qui les embrasent.
   
   Dellarobia Turnbow, c’est son nom abandonne tout projet de fuite et bouleversée par sa vision, elle que l’on regarde toujours avec un peu de méfiance en raison de sa chevelure de feu, reprend le chemin de sa maison en gardant pour un temps son secret.
   
   Bien vite la ville va être au courant et les plus religieux, dont font partie le mari et les beaux-parents de Dellarobia, voient là la main de Dieu d’autant que l’année a été exceptionnellement pluvieuse ce qui a entrainé vers la faillite nombre d’agriculteurs.
   
   ll ne faut pas longtemps pour que la presse et les médias s’emparent de l’affaire, très vite Dellarobia se trouve prise dans les rets de la notoriété.
   
   Impossible de poursuivre la vie comme avant, de ne se consacrer qu’aux enfants, qu’au troupeau et à l’agnelage. Elle qui vit dans un carcan familial et religieux depuis des années va sentir craquer cette peau qui la retient prisonnière.
   
   Une équipe de scientifiques dirigée par le charismatique Ovide Byron (avec un nom pareil tout est permis!) vient étudier le phénomène et Dellarobia va participer au travail sur place. Elle qui n’a jamais fait d’études, qui est toujours regardée avec condescendance par sa famille, va se révéler non seulement utile mais bien vite un maillon essentiel pour l’équipe sur le terrain.
   
   Tout le monde va devoir remettre en cause ses certitudes, écologistes, biologistes, agriculteurs. Les changements climatiques sont sans doute à l’origine du phénomène, mais poser le problème n’est pas le résoudre et les intérêts des uns et des autres vont se télescoper.
   
   Bouleversement écologique, bouleversement dans la vie d’une femme qui tout à coup s’émancipe, Barbara Kingsolver n’est jamais meilleure que quand elle parvient à nouer les fils de plusieurs histoires, de plusieurs destins. Les histoires individuelles et celles de la planète.
   
   Depuis longtemps elle milite pour le respect de la nature mais j’ai apprécié que son combat ne soit en rien manichéen et que les arguments économiques et le respect de ceux qui pensent autrement ne soient pas foulés aux pieds.
   
   Si vous faites partie de ceux et celles qui ont aimé "Un été prodigue", vous allez prendre plaisir à la lecture de ce roman.

critique par Dominique




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