Lecture / Ecriture
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La Grande peur du petit blanc de Frédéric Paulin

Frédéric Paulin
  La Dignité des psychopathes
  La Grande peur du petit blanc

Né en 1972 Frédéric Paulin vit à Rennes. Fondateur du journal satirique "Le Clébard à sa mémère", il a publié, en 2009, un premier roman remarqué : "La Grande Déglingue".
( Source éditeur)

La Grande peur du petit blanc - Frédéric Paulin

De l'Algérie
Note :

   Frédéric Paulin a dû sacrément se documenter pour ce roman sur la guerre d'Algérie qui, pourtant, semble couler de source.
   
   Il met en place toute une galerie de portraits justes et variés, la plus complète possible pour "embrasser" cette guerre dans toute sa complexité: les soldats français (des engagés fidèles à l'armée vrillée au corps aux soldats lucides et dépités), harkis, fellaghas, putschistes, barbouzes luttant contre les précédents, sans oublier leurs familles, femmes et enfants.
   
   Il nous entraîne, au gré de chapitres aux narrateurs et aux époques changeants, dans une plongée au cœur des "évènements" (combats, fidélité à la France, entrée en résistance, attentats, torture, exil). Ses personnages sont tous très riches, car jamais caricaturaux, et il parvient à leur faire vivre des situations dramatiques qui enchaînent le lecteur à son récit.
   
   L'intrigue centrée sur quatre soldats français et deux algériens aux convictions opposées s'achèvera à Rennes, autour de l'usine Citroën. Car ce dont parle aussi Frédéric Paulin, c'est l'après, le devenir des soldats aux souvenirs traumatisants, des harkis chassés de leurs pays et des fellaghas indésirables après les luttes de pouvoir.
   
   Pour des raisons personnelles, je connais assez bien la condition des appelés en Algérie, et j'ai vraiment appris beaucoup sur la période concernant l'OAS et les barbouzes ainsi que sur l'exil en France.
   
   Un très bon roman, bien construit, qu'on ne lâche plus, avec des personnages dont la destinée ne pourra vous laisser indifférents! Et un auteur que je suis de près et que j'adore quand il écrit des romans avec un arrière-plan historique comme dans "la Dignité des psychopathes".
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critique par Petit Sachem




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La vie... après...
Note :

   Je rencontre relativement souvent Frédéric Paulin dans certains salons de Bretagne, récemment encore à Lamballe. À part une nouvelle dans le recueil "Rennes, ici Rennes" réunissant les auteurs de l'association "Calibre 35", je n'avais encore rien lu de lui. Lacune qui va être comblée.
   
   Entre l'Algérie et la France, le destin de deux pays et de beaucoup plus d'hommes. Évocation débutant au milieu des années cinquante pour se terminer au début des années soixante-dix. Français militaires, Algériens combattant pour la pleine liberté de leur pays. Tous sont sortis brisés ou pour le moins meurtris de cette guerre qui, pour les politiques de l'époque, n'était qu' "Une opération de maintien de l'ordre", suprême hypocrisie.
   
   Mais la guerre est-elle réellement finie? Trop de rancunes et de haines sont encore très présentes, des deux côtés pour qu'il n'y ait pas parfois des soubresauts de l'Histoire.
   
   Quelques heures après son arrivée sur le sol algérien, le régiment de Gascogne perd deux hommes abattus dans la rue. Le baptême du feu est immédiat et cruel. Les assaillants sont capturés et Gascogne va découvrir un autre côté de la lutte qui se déroule en Algérie. La torture!
   
   Les choses évoluent rapidement et pour différentes raisons ces hommes quittent l'armée, mais sont vite récupérés pour combattre l'OAS, avec les mêmes méthodes qu'eux. Entre-tuons-nous entre Européens, c'est toujours cela que le Front de Libération National n'aura pas à faire!
   
   Quelque part les accords d'Evian ne satisfont personne et la lutte souterraine continue et se propage en France.
   
   Et les erreurs ou les compromissions des uns ou des autres vont se payer au prix fort. La vengeance est longue à venir, mais elle arrive à son heure. Celle du trépas! Acraf Laïfaoui le combattant du FLN et Kader Mekchiche le harki ont en effet quelques raisons d'en vouloir à l'armée française. Mais à l'indépendance, les Algériens aussi se sont entre-tués, donc pour eux aussi certains comptes sont à régler, pourquoi pas par personne interposée? Même en Métropole!
   
   Louis Gascogne, Alain Chamouze,Victor Saint-Claire sont des soldats français, ils sont représentatifs de la diversité de la troupe. Louis Gascogne est lieutenant, l'armée a été un choix de vie, mais sans plus ; il manque réellement de convictions guerrières. A l'inverse Chamouze est une sorte de vétéran ayant combattu les allemands, puis le Vietminh. alors l'Algérie ou le Vietnam, il fait son boulot sans état d'âme. Saint-André est un jeune soldat de 2ème classe instruit et un peu idéaliste.
   
   Un roman qui traite d'un problème encore vivant aujourd'hui, "Les événements d'Algérie" dont les cicatrices sont toujours ouvertes des deux côtés de la Méditerranée, malgré le temps écoulé.
   
   Petit clin d’œil littéraire, (qui ne me rajeunit pas), l'évocation de Dominique Ponchardier, créateur du personnage "Le gorille" et inventeur du mot "Barbouze".
   
   Il ne faut pas oublier que les appelés furent très nombreux et pour la plupart se demandant ce qu'ils faisaient là. Ils ont payé un très lourd tribut à ces opérations. Certains choisirent de taire cette période de leur vie!
   
   Un livre comme je les aime, qui permet de découvrir plein de choses, les filières militaires clandestines pour le rapatriement des harkis en France, les commandos Dalta, le Mouvement pour la Coopération, plein de faits occultés par l'histoire officielle car elles concernent des gens ordinaires, qu'ils soient du bon ou du mauvais côté de la barricade!
   
   Cette lecture m'a permis de me promener dans Alger où j'ai travaillé plus d'un an et où je me suis marié! Et aussi à Rennes où j'ai œuvré de nombreuses années, mais où je n'ai rien fait de spécial!
   
   Une des plus belles phrases du livre et qui devrait servir de pensée à tous les belliqueux du monde entier:
   "Et quand tu es chez toi, à un moment ou à un autre, tu finis toujours par l'emporter sur celui qui n'est pas chez lui. On a dû dégager de l'Indo, pas?"

   
   
   Extraits :
   
   - Elle paraissait avoir compris depuis longtemps que les Français n'étaient pas les bienvenus dans son pays et que son mari s'était trompé en choisissant son camp.
   
   - Il se pouvait bien que le FLN emploie les mêmes méthodes que les parachutistes français.
   
   - Voir mourir des pauvres types ça fait passer le temps à grande vitesse. Et puis, en envoyer mourir aussi.
   
   - On oubliait vite les souffrances infligées, c'était la meilleure, et peut-être l'unique façon de supporter l'insoutenable.
   
   - La première hypothèse nous mènerait vers les types de l'OAS. La seconde hypothèse vers des anciens du FLN, ou peut-être les services secrets algériens.
   
   - En Algérie, les saloperies auxquelles il avait participé l'empêchaient parfois de trouver le sommeil jusqu'au petit matin.
   
   - Il lui avait dégoté un point de chute dans les environs de Redon, en Ille-et-Vilaine. Un paysan cherchait des familles d'ouvriers agricoles pour l'aider sur son exploitation. Une main-d’œuvre à bon marché.
   
   - Mais l'Histoire était déjà en train de s'écrire, approximative et mensongère, les historiens et les gouvernements s'accorderaient entre eux.

critique par Eireann Yvon




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