Lecture / Ecriture
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L'écrivain national de Serge Joncour

Serge Joncour
  VU
  U.V.
  L'idole
  Situations délicates
  Carton
  L'Amour sans le faire
  L'écrivain national
  Combien de fois je t'aime
  Kenavo
  Repose-toi sur moi

Serge Joncour est un écrivain français né le 28 novembre 1961.

L'écrivain national - Serge Joncour

Gare aux icônes!
Note :

   Rentrée littéraire 2014
   
   
    Invité en résidence littéraire dans le Centre de la France, un écrivain se retrouve entraîné dans un fait divers local où la disparition mystérieuse d'un maraîcher fortuné bouleverse la vie du petit village.
   
    Dans une atmosphère que Chabrol apprécierait sûrement, Serge Joncour construit un habile suspense où une impertinente autobiographie nourrit une intrigue haletante.
   
    A la fois roman social et thriller, l'histoire captive et déstabilise par le ton et la façon dont Joncour (se) met en scène l'ambivalence de cet écrivain maladroit dans le monde actuel face à une envie d'amour qu'il maîtrise mal.
   
    "Ce séjour promettait d'être calme..."
, la première phrase explique l'état d'esprit du narrateur mais le séjour tournera vite au cauchemar en raison des faux pas de ce héros candide que la bonne société provinciale épie et bouscule en raison de ses fréquentations avec les protagonistes de l'affaire.
   
    L'écrivain national, Serge, nommé une seule fois dans le livre, est un véritable timide et quand il croise la photo de la jeune compagne du présumé coupable, Dora, dans le journal il n'aura qu'une seule idée, la connaître.
    Il oubliera plus ou moins, plutôt plus, ses obligations envers les personnes qui l'ont invité à ce séjour : le maire, la bibliothécaire, la libraire et son époux et les notables qui se sont fait un point d'honneur de lire les ouvrages d'un écrivain "national" non primé.
   
    C'est drôle et émouvant, fiction et réalité se mêlent pour montrer la difficulté de la création littéraire, la place de l'écrivain dans la société : mais à quoi sert-il? sûrement pas à s'occuper des affaires des autres.
   
    Serge Joncour dit qu'écrire c'est se dénoncer.
   
    Écrit à la première personne, ce livre dévoile l'auteur, peut-être. En tout cas, il restitue bien ces ateliers d'écriture où un écrivain tente de transmettre son travail, ces rencontres autour de petits fours dans une ambiance qui se veut avant tout intellectuelle, la province avec ses charmes discrets et ses enjeux économiques et sociaux.
   
    Une belle intrigue dans une atmosphère saisissante et le style Joncour, pur et sincère.
   
    "Lire c'est voir le monde par mille regards, c'est toucher l'autre dans son essentiel secret, c'est la réponse providentielle à ce grand défaut que l'on a tous de n'être que soi".

   
    Un premier coup de cœur de cette prometteuse rentrée littéraire.
    ↓

critique par Marie de La page déchirée




* * *



Trop conventionnel
Note :

   Le narrateur est invité dans une petite ville de province, en lisière du Morvan, par un couple de libraire et les responsables de la bibliothèque municipale : il devra y animer un atelier d’écriture, répondre à des questions de lecteurs, plusieurs séances de lecture-questions sont prévues.
   
   Aussitôt arrivé à la gare distante de vingt bons kilomètres, nul n’est venu l’attendre. Il se plonge dans "la Voix du Centre" un journal local et s’intéresse à un fait divers non élucidé : un homme jeune s’accuse d’avoir tué son voisin et ami octogénaire ; il a été incarcéré, bien qu’on ne trouve pas le corps. Sa compagne, qu’on soupçonne d’être complice est laissée en liberté… C’est cette femme qui attire l’attention de l’écrivain ; à voir la photo dans le journal, il en est tombé amoureux!
   
   Le couple incriminé s’était installé aux alentours du village ; marginaux, ils n’avaient pu s’intégrer.
   
   J’attendais beaucoup de ce roman, qui m’a en fait ennuyée. Le séjour à Donzy de l’écrivain, est en lui-même assez bien vu, en ce qu’il décrit la société d’une petite ville de province, son rapport au livre et à l’écriture, ainsi que les problèmes socio-économiques de la localité. Les descriptions de la forêt, inquiétante, génératrice d’anxiété mais aussi de sérénité, sont attrayantes.
   
   Ce qui gâche l’ensemble, c’est cette histoire d’amour très conventionnelle, qui occupe l’esprit du narrateur et conditionne la plupart de ses faits et gestes. En soi, le fait divers relaté (dont je me souviens avoir lu plusieurs articles dans la presse) était plutôt bien choisi… pour en faire un vrai roman policier.
    ↓

critique par Jehanne




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« En région »
Note :

    "Ce séjour promettait d’être calme. C’était même l’idée de départ, prendre du recul, faire un pas de côté hors du quotidien. En acceptant l’invitation, je ne courais aucun risque, la sinécure s’annonçait même idéale, un mois dans une région forestière et reculée, un mois dans une ville perdue avec juste ce qu’il faut de monde pour ne pas craindre d’être seul, tout en étant royalement retiré, ça semblait rêvé. "
   
   Telle est l’intention de Serge, l’écrivain national, en arrivant dans cette région du Morvan, où l’attendent le maire, un couple de libraires et les lectrices du coin pour y animer des ateliers d’écriture et participer à des rencontres culturelles dont il serait le centre mais... " pas une seconde je n’imaginais que le doux séjour puisse virer au cauchemar, pas une seconde je ne pouvais imaginer que tout bascule au point de sombrer dans la folie des pires dérèglements. Oui, sans ce fait-divers à quelques kilomètres de là, tout se serait parfaitement passé."
   
   Il y a de tout dans ce roman qui, de récit pseudo biographique sur la vie un peu morne mais parfois aussi loufoque d’un auteur exhibé partout en vedette locale, vire soudain au polar et devient même très sentimental à partir du moment où l’écrivain voit la photo de Dora sur le journal local. Elle lui plaît immédiatement et avec elle, tout s’embrase. Il en oublie sa mission d’auteur et arrive en retard et dans un état désastreux partout où il est attendu ce qui lui vaut peu à peu la méfiance, la réprobation et jusqu’au sarcasme de ses fidèles admirateurs. Il est sans cesse attiré par un coin au plus profond de la forêt ténébreuse où s’est déroulé le drame de la disparition d’un vieil homme riche que l’on soupçonne tué par ses locataires, ses seuls voisins dans cet endroit désert, deux jeunes émigrés de l’est. L’homme sur lequel on a retrouvé l’argent du vieillard est désormais en prison mais l’autre, c’est cette Dora, qui hante les pensées de l’écrivain, malgré les nombreuses mises en garde qui lui sont faites.
   
   Après un départ assez lent, c’est finalement avec un grand désir de connaître le dénouement que j’ai continué cette lecture dont je garderai, c'est sûr, un très bon souvenir.
    ↓

critique par Mango




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Aux livres citoyens !
Note :

   Dernier en date des romans du prolifique Serge Joncour qui vient d’obtenir le Prix des Deux Magots! Un peu autobiographique ce roman? Peut-être ou très certainement?
   
    Un écrivain esseulé après une rupture amoureuse accepte une résidence dans la France profonde. La proposition a l’avantage de lui faire quitter sa vie monotone, pour ne pas dire ennuyeuse. Une phrase de la quatrième de couverture de "Vu" me revient en mémoire :
   Vu le calme qui règne dans la région, vu l’ennui permanent qui y rôde on aura quelques indulgences quant aux façons de se distraire.

   
    Alors pourquoi ne pas faire venir un écrivain pour animer des ateliers d’écriture? Ce dernier tiendra une chronique dans le journal et, qui plus est, parlera de Donzières, ce charmant petit village. Evidemment rien ne se passera comme prévu. En effet un riche maraîcher a disparu et bien sûr les coupables ne peuvent être qu’Aurelik et Dora, ces "néo-ruraux" fraichement arrivés, étrangers de surcroît! Sur la photo du couple encadré par les gendarmes, le regard de la jeune femme envoûte l’écrivain qui ne cesse d’essayer de comprendre ce qui s’est réellement passé!
    La municipalité, les libraires, l’hôtel, tous ces gens-là ont mis les petits plats dans les grands pour que son séjour soit le plus agréable possible.
   
    Les évènements s’enchaînent, mais toujours au détriment de l’auteur invité ; présentation à la mairie un peu arrosée, multiples retards aux ateliers d’écriture, une interpellation par les gendarmes, une réunion du club de lecture qui tourne au fiasco… bref, la résidence devient cauchemardesque.
    L’incompréhension atteint son paroxysme lorsque Dora, remise en liberté, vient le voir à l’hôtel!
    Le climat change autour de lui, car il semble délaisser de plus en plus son travail d’écrivain en résidence pour se mêler de cette enquête ; une certaine animosité à son égard s’installe petit à petit.
    Dans ce genre d’endroit, tout se sait et les bruits vrais ou faux vont vite.
   
    Beaucoup de personnages dans ce roman.
   
   "L’écrivain national" est venu dans cette résidence pour fuir sa vie, retrouver l’inspiration et profiter des avantages de la campagne en cet automne qui s’annonce radieux. Mais il va être quasiment hypnotisé par un regard, celui de Dora, ses yeux le subjuguent, alors rien ne se passe comme prévu. La résidence tourne à l’affrontement entre lui et les habitants de ce village qui, eux, ont bien évidement choisi le camp de la raison et d’une certaine évidence, la leur.
   
    Dora est celle, comme il est écrit sur le bandeau de la couverture qui fait dire au narrateur "Elle me convoquait"! Pouvoir et magie d’un regard et d’une photo. Femme mystérieuse et envoûtante, qui est-elle réellement, manipulatrice ou naïve?
    Pourquoi est-elle venue se perdre dans ce village de la France profonde?
   
   Le maire de son côté est très lucide, il y a du monde pour la cérémonie d’intronisation, une grande partie du public est venue pour le buffet, le couple de libraires représente les petites librairies indépendantes disséminées dans tous les coins du territoire, sympathique et plein de bonne volonté. Mais le monde campagnard a aussi sa propre violence dissimulée sous un côté bon enfant. Ecologistes d’un côté, pouvoir public et une partie de la population de l’autre, le projet de la création d’une usine les oppose!
   
    Roman plein de mélange des genres, de fausses pistes et de chausse-trappes pour le lecteur, qui se demande dans quelle galère il est parti.
    Beaucoup d’ironie mais aussi d’empathie au début de ce récit pour Donzières et ses habitants, l’auteur jette aussi un regard amusé sur son rôle : si tu ne viens pas à la culture, la culture viendra à toi, par son intermédiaire.
   
    Un excellent livre sur la "condition" de l’écrivain, avec ce paradoxe, la solitude du travail de l’écriture, mais la nécessité ensuite de toucher le maximum de public! D’où la quasi obligation de rencontres avec les risques que cela comporte!
    Je mettrais une phrase en exergue :
   "- Écrire, tout vient de là. Écrire, c'est se dénoncer."

   
   
   Extraits :
   
   - Au milieu de tout ça, seule Dora offrait prise à l'entendement. Seule Dora semblait lisible à qui s'intéressait à la façon dont tous vivaient ici. Les autres n'offraient que des zones d'ombre et des interrogations.
   
   - Finalement Dora et moi, on était peut-être un couple, mais un couple qui aurait fait le choix de commencer par la fin, par le secret, par le tragique.
   
   - ... c'est pas possible de vivre là-dedans, vous êtes au grand air mais mille fois plus confinés que dans un bocal.
   
   - C'était tout le paradoxe de cette fille, son apparente douceur, cette fragilité désarmante, associée au contexte féroce qui l’environnait.
   
   - Le tragique vient de ne pas anticiper l'inéluctable.
   
   - À chaque fois qu'on fait venir un écrivain, c'est pareil. Les écrivains c'est des dragueurs.
   
   - Et bien on vous lit, vous avez un pouvoir, c'est pas rien ça?
   
   - J'étais à Donzières depuis une semaine, mais déjà les malentendus s'accumulaient, c'en devenait même des sujets de conflit avec mes hôtes, ces libraires auquel je devais tout.

critique par Eireann Yvon




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