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Carnets mexicains 1934-1964 de Henri Cartier-Bresson

Henri Cartier-Bresson
  Carnets mexicains 1934-1964

Carnets mexicains 1934-1964 - Henri Cartier-Bresson

Icônes intemporelles
Note :

   Ces photographies prises par Henri Cartier-Bresson au cours de deux séjours au Mexique, en 1934 et en 1964, nous entraînent à des lieues des clichés rassemblés par Melba Levick et Tony Cohan dans "Les couleurs du Mexique". Et ce n'est pas seulement parce qu'elles sont beaucoup plus anciennes, ni parce que la couleur en est absente... Mais bien plutôt parce que, si les photographies de Melba Levick sont de très jolies cartes postales, celles d'Henri Cartier-Bresson relèvent de l'icône, qui sont tout à la fois belles et chargées de sens, de vie, d'humanité. Par sa capacité à faire parler les images, c'est peut-être avec le chef-d'oeuvre de Mikhaïl Kalatozov et Sergueï Ouroussevski, "Soy Cuba", film de propagande soviétique célébrant la révolution cubaine, magnifiquement filmé de bout en bout, tourné en 1964 et relégué illico sur une étagère dès la première projection pour avoir déplu aussi bien à ses commanditaires soviétiques qu'au gouvernement cubain, sans doute par sa vision trop poétique, trop humaine, bref pas très orthodoxe...
   
   Les paysages arides et désolés, les statues des dieux anciens, les églises baroques où les fidèles agglutinés se distinguent à peine de la prolifération ornementale de la façade, les rires des enfants et leurs grands yeux ouverts, entre veille et sommeil, sur un avenir meilleur... Le Mexique fixé sur la pellicule par Henri Cartier-Bresson charrie son poids d'histoire et d'humanité, mais il est aussi hors du temps, au point qu'il est bien difficile de distinguer les photos prises en 1934 de celles réalisées 30 ans plus tard. Un instant éternel qui n'a pas échappé à Carlos Fuentes, qui en souligne la portée dans le bref texte d'introduction qu'il a rédigé pour ces "carnets mexicains" et auquel je laisserai le mot de la fin: "(...) ceux que nous voyons ici n'ont pas changé, parce qu'il n'a pas photographié le Mexique en 1934, puis en 1964. Il a photographié l'éternité mexicaine; il l'a saisie dans l'instant, or l'instant est l'éternité d'une vision qui se protège de la violence. Comment? En apprenant à voir sans être vu, en regardant sans perdre la vue, en regardant pour créer un monde dans l'espoir qu'un jour, ce monde extérieur, plein de dangers, de violence, de faim, d'injustice, nous dévoile un regard de dialogue et non de meurtre, un regard, comme dit Semprun, qui constitue ma personne comme ma personne constitue le monde."

critique par Fée Carabine




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