Lecture / Ecriture
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Les Prépondérants de Hédi Kaddour

Hédi Kaddour
  Les Prépondérants

Les Prépondérants - Hédi Kaddour

Un monde en pleine transformation
Note :

   Rentrée littéraire 2015
   Grand Prix de l'Académie 2015
   
   Nominé pour le Goncourt (qui finalement lui échappa), le dernier roman d’Hédi Kaddour n’en avait pas moins raflé deux prix littéraires auparavant : le Prix Jean-Freustié ainsi que le plus prestigieux Prix de l’Académie Française, ex-aequo avec "2084" de Boualem Sansal. Autant dire que l’on est en droit de s’attendre à un grand roman par celui qui avait ébloui – et remporté le Prix Goncourt du premier roman il y a une dizaine d’années – avec Waltenberg.
   
   C’est en lisant des articles de journaux de l’époque que l’auteur a trouvé l’inspiration de son roman. En effet, dans les années vingt, il était fréquent que des équipes de cinéastes venus tout droit d’Hollywood viennent tourner les scènes de leurs films au Maghreb mettant en scène des épopées et des romances moyen-orientales alors en vogue. Il faut dire qu’à l’époque, ceux qui venaient-là étaient aussi bilingues et parlaient un français impeccable.
   
   Un français qui est la langue des colons. Des colons qui se sont évidemment accaparés les terres les meilleures, qui occupent tous les postes de pouvoir, exploitent sans trop de scrupules la main-d’œuvre locale et mènent une vie un peu artificielle et la plupart du temps prisonnière de son propre enclos. Ce sont "Les Prépondérants", une infime minorité d’occidentaux qui règnent sans vergogne sur des millions de musulmans pour la plupart maintenus à l’écart ou en marge. Incapables de voir que le monde change, que le temps devient compté, que des mécaniques irrésistibles sont en marche pour les bouter hors d’un confort inouï.
   
   Dans une ville imaginaire de l’un de ces anciens protectorats français, l’ordre établi ou son apparence va se trouver fortement troublé par l’arrivée d’une troupe d’acteurs et de cinéastes venus se mêler à la population locale. Or, les mœurs et coutumes américaines vont remettre en question bien des habitudes tant des Prépondérants que des populations vernaculaires provoquant rejet, envie, admiration et assimilation.
   
   A partir de cette trame, Hédi Kaddour nous entraîne dans une grande fresque romanesque qui nous portera des deux côtés des rives de la Méditerranée. Une fresque où une myriade de personnages intervient et se débat dans d’impossibles histoires d’amour, dans des luttes de classe plus ou moins souterraines, dans des intrigues politiques ou personnelles plus ou moins sordides, mais surtout, dans un monde en pleine transformation et qui voit le nazisme monter du côté de Berlin tandis que le Président Wilson prône l’autodétermination des peuples et que le communisme pousse les exclus à se rassembler avant que de se rebeller.
   
   Tout cela est épique, virevoltant, écrit avec une maîtrise et un style qui forcent l’admiration. Pourtant, j’avoue être resté absolument en-dehors de ce roman de bout en bout au point de m’y ennuyer. Sans doute parce que la profusion des personnages, la diversité des lieux, la variété des thématiques font que l’attention se disperse et que, pendant que de formidables thèmes sont abordés, aucun n’est véritablement traité en profondeur. On ne cesse de se promener entre un roman passionnel, une fresque historique, un roman social dans une histoire à laquelle on a bien du mal à s’identifier.
   
   Ce roman trouvera certainement son public mais ne m’a simplement pas touché. Dommage…
    ↓

critique par Cetalir




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Une page se tourne
Note :

   Nahbès, années vingt, petite ville du Maghreb. Colons et Arabes cohabitent dans une hiérarchie bien établie : le cercle des Prépondérants dirigent la communauté des colons, les riches Arabes collaborent, les fellahs travaillent et les femmes obéissent aux hommes qui gouvernent leur vie.
   
    L’ordre des choses semble immuable. Rania, jeune veuve, hérite de la ferme de son oncle décédé, décidée à résister aux volontés de son père et de son frère qui veulent à tout prix la remarier. Vivre seule est une inconvenance qui ne peut que nuire à la réputation de la famille et son goût pour la lecture ne convient pas à une femme qui se respecte ! Rania une femme en résistance passive. De son côté, son jeune cousin Raouf, lycéen, fils du caïd local, rêve à l’indépendance de son pays, fréquente les milieux étudiants émancipés. L’arrivée d’une équipe de cinéma américaine venue tourner un film d’aventure, vient perturber le microcosme de Nahbès, apportant dans ses bagages un relent de soufre au "Grand Hôtel", alcools, fêtes, soirées débridées. Raouf, sur ordre de son père et parce qu’il parle anglais, se voit confier la tâche de s’occuper du réalisateur et de sa femme l’actrice Kathrin. Il comprend que son père souhaite se charger de leur installation pour ne pas laisser le champ libre aux Français. De cette rencontre, les destins de Raouf et de Rania vont s’en trouver bouleversés.
   
   De Nahbès à Berlin nous suivons Raouf dans sa découverte de l’Europe, de l’amour et de la sexualité alors que, de son côté, restée au pays, Rania déjoue les visées de sa famille. Roman d’une rupture annoncée, de l’intérieur et de l’extérieur.

critique par Michelle




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