Lecture / Ecriture
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Le café de l’Excelsior de Philippe Claudel

Philippe Claudel
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  J'abandonne
  Le bruit des trousseaux
  Les âmes grises
  Quelques-uns des cent regrets
  Le café de l’Excelsior
  Le rapport de Brodeck
  Le monde sans les enfants
  Les petites mécaniques
  L'enquête
  L'arbre du pays Toraja

Philippe Claudel est un écrivain et réalisateur français, né le en 1962.

Le café de l’Excelsior - Philippe Claudel

Immense et noble tendresse
Note :

   Après la mort de ses parents alors qu’il n’avait que huit ans, le jeune narrateur a passé trois années de sa vie aux côtés de son grand-père qui tenait le café de l’Excelsior dans une petite bourgade de l’est de la France (un bistro étriqué portant le même nom que celui beaucoup plus prestigieux et réputé de la Grande Ville voisine que les lecteurs de la région connaissent bien).
   « L’endroit formait une enclave oubliée contre laquelle les rumeurs du monde, et ses agitations, paraissaient se rompre à la façon des hautes vagues sur l’étrave d’un navire. »
   
   À travers le regard innocent et candide du jeune garçon, le récit permet de parcourir ces quelques années auprès de ce grand-père qui arrangeait le monde à sa façon pour lui plaire et le consoler. Des moments de vie gonflés de bonheurs bien simples parfois maladroits mais d’une intense sincérité « avant qu’un sbire à lunettes, étranglé dans le col amidonné d’une mauvaise chemise, ne décidât qu’au nom de la protection de l’enfance ma place était plutôt dans une morne et catholique famille d’accueil que dans un lieu de perdition liquide. »
   
   Ce récit est une exhortation à la nostalgie mélancolique avec des mots d’une grâce d’une justesse telles qu’ils frappent directement à la porte des émotions. Ce tout petit livre, un des premiers de l’auteur, reste indubitablement pour moi le plus fort. La puissance du texte repose largement sur la tendresse qui lie le grand-père à son petit-fils au-delà de l’avis des institutions.
   
   J’avoue aussi que, tout au long de mon parcours de lectrice, rares sont les livres qui m’ont réellement fait rire et plus rares encore sont ceux qui m’ont fait vraiment pleurer. Cet ouvrage, par la vive émotion autour de cette immense tendresse et cette humanité si noble, est vraiment le seul à avoir fait perler de grosses et chaudes larmes. Et même si je l’avais déjà lu, il y a quelques années, sa relecture a été tout autant émouvante et bouleversante.
   
   
   Un petit extrait, juste pour le ton :
   « Nous délaissent sans prévenir les plus beaux de nos jours, et les larmes viennent après, dans les après-midi rejouées de solitude et de remords, quand nous avons atteint l’âge du regret et celui des retours. Les visages et les gestes que nous traquons dans l’ombre des puits de nos mémoires, les rires, les bouquets, les caresses, les silences boudeurs, les taloches aimantes, l’amour et le don de ceux qui nous mènent au seuil de la vie creusent cette souffrance autant qu’ils nous apaisent. »
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critique par Véro




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Réminiscences
Note :

   Par le côté intimiste, retour sur le cocon merveilleux et enchanté de l’enfance, «Le café de l’Excelsior» m’a rappelé «Un été pour mémoire» de Philippe Delerm. Mêmes doses d’émotion, d’un écrivain qui s’est remis à hauteur de l’enfant qu’il fût.
   
   Le café de l’Excelsior semble bien être un infâme boui-boui de l’Est de la France, dans une petite ville, au bord d’un canal puisqu’on y parle de péniches.
   Infâme boui-boui mais paradis sur terre pour le petit garçon puisque tenu par son grand-père, qui semble bien être tout ce qui lui reste de famille sur terre depuis la mort de ses parents. Grand-père idéalisé à qui il va finir par être arraché pour être confié à des familles d’accueil mais cela ne sera entrevu qu’à la fin puisque l’essentiel du récit concerne l’Excelsior et la vie du petit garçon chez ce grand-père politiquement non-correct.
   Politiquement non-correct ? Un exemple :
   «Une loi non écrite, coutumière en quelque sorte, interdisait l’entrée de notre boyau au beau sexe et aucune de ses représentantes n’aurait osé la braver. A peine ai-je vu, une seule fois, une touriste égarée franchir notre porte un cric à la main, et demander aux buveurs médusés, qui débattaient jusqu’alors de complexes formules de distillation clandestine, de l’aide pour changer une roue crevée. La pauvrette dans sa jupe en vichy bleu pâle rehaussé d’arabesques de cambouis s’encadrait à contre-jour dans l’huisserie de guingois. Elle était aussi perdue et haletante qu’un jeune animal traqué par des chasseurs. L’obscurité du lieu la dépaysait plus encore, et elle n’osait entrer davantage, se contentant de répéter d’une voix fluette sa demande. Après avoir laissé passer sa première stupeur, Grand-père quitta son zinc, lissa son torchon à essuyer autour de son cou à la façon d’une étole, et marcha vers elle d’un pas martial. Puis, arrivé à deux souffles d’elle, il lui dit sur un ton sourd : “veuillez sortir, Madame, vous êtes ici dans un temple, vos questions profanes troublent notre prière. ” »
   
   Bon, personne n’est parfait. Ce n’est pas le cas du Grand-père mais il avait manifestement un gros avantage sur l’Assistance Publique : il aimait cet enfant et en était aimé.
   
   Il ressuscite sous nos yeux par le biais de ces lignes. C’est très bien écrit, littéraire, mais d’une humanité vivante.

critique par Tistou




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