Lecture / Ecriture
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Le secret d’Arcadia de Isabelle Prévost-Desprez

Isabelle Prévost-Desprez
  Le secret d’Arcadia

Le secret d’Arcadia - Isabelle Prévost-Desprez

Le suspens du thriller, la précision du témoignage, la vertu de la chronique.
Note :

   Co-écrit avec Thierry Colombié
   
   Isabelle Prévost-Desprez est magistrate. Elle a fait un détour par cette brigade financière du Palais de Justice de Paris, cadre de son histoire, avant d’être nommée vice-présidente du Tribunal de grande instance de Nanterre. De ses années de juge d’instruction, la magistrate ne garde certainement pas que de bons souvenirs. Pressions, menaces, attention permanente et ce doute : Qui est avec vous, qui est contre. Lorsque rien n’est aussi simple qu’au JT de Pujadas.
   
   Si vous pensiez tout connaître de la machine judiciaire, si vous croyiez maîtriser le rôle et les enjeux de la fonction de juge d’instruction, si à l’issue d’une parade médiatique médiocre vous pensiez que celui-ci était le personnage le plus puissant de France, plongez dans ce livre. L’auteur nous fait ressentir, viscéralement, toute cette difficulté, toute la tension qui préside chaque jour à sa charge. Car mener une instruction c’est jouer chaque seconde au funambule sur plusieurs fils de multiples rasoirs. Le procureur d’un côté, la police judiciaire de l’autre, ses collègues, le tribunal, les témoins, les mis en examen.
   
   Julie Cruze, l’héroïne, est avant tout une femme qui se bat pour sa charge de juge et son rôle de mère, d’épouse aussi. Elle se bat pour la Justice lorsque sa famille lui demanderait de l’oublier un peu. Refrain traditionnel ? Non. Ce n’est pas simplement le récit de vie d’une accro du boulot. C’est une véritable plongée chirurgicale dans les arcanes politiques, judiciaires et financiers d’un tout-Paris romancé.
   
   Ce livre n’est pas un « livre à clefs », c'est-à-dire l’un de ces bouquins qui relatent l’histoire d’une célèbre affaire en changeant les noms. Rien à voir. Et tout pareil : l’auteur affirme que tout n’est rien de moins que probable. Si l’intrigue et les personnages ne sont que pure fiction, l’objectif était de rester dans le domaine du totalement vraisemblable. Ce n’est en rien de la politique fiction. On est presque plus proche d’une autofiction aucunement autobiographique quand à son sujet. Il est évident que les sentiments que vit la magistrate du roman, ses difficultés à concilier sa haute fonction et tout l’amour des siens, ne sont pas que pures œuvres de l’esprit.
   
   C’est un grand coup de cœur pour ce roman à qui l’on a reproché une piètre qualité littéraire. C’est faux. Certes on y découvre une passion de l’auteur pour les adages, dont beaucoup sont parfaitement désuets, mais c’est le propre du bon juriste. Certaines expressions sont un peu surannées, sucrées, mais l’œuvre n’en pâtit pas. Le suspens est maintenu jusqu’à la dernière page. On ne ferme ce livre que sous l’ordre du sommeil.
   
   L’exemplaire qu’il m’a été donné de lire a été dédicacé par l’auteur (pas à mon intention hélas mais peu importe). Je vous livre cette phrase manuscrite qui résume ce que j’essaie d’argumenter depuis le début de ce billet :
   
   « Le combat, à la vie, à la mort, d’une juge, d’une femme avant tout. »
   

critique par Kassineo




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