Lecture / Ecriture
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La dame en blanc de W. Wilkie Collins

W. Wilkie Collins
  Une belle canaille
  La dame en blanc
  La Pierre de lune
  Basil
  L'hôtel hanté
  Secret absolu
  Le secret
  Profondeurs glacées
  Sans Nom
  Voie sans issue
  Cache-Cache
  Iolani, ou les maléfices de Tahiti
  En quête du rien
  La robe noire
  Monkton le Fou
  Je dis non!
  Pauvre Miss Finch
  Seule contre la Loi

Wilkie Collins (1824-1889) était le beau-frère de Charles Dickens. Il est considéré comme le premier auteur de detective novel (roman policier).
On trouve une des nouvelles de W. Collins dans le recueil "Les Fantômes des Victoriens" .

La dame en blanc - W. Wilkie Collins

Enquête victorienne
Note :

   Si vous êtes amateur de romans victoriens, vous devez connaître Wilkie Collins (1824-1889), cet écrivain anglais considéré comme le précurseur du roman policier.
   
   Paru en 1859, « La dame en blanc » est la perle de sa bibliographie. L'histoire débute de nuit sur une route déserte aux abords de Londres. Un jeune professeur de dessin, Walter Hartright, y rencontre une femme vêtue de blanc qui vient de s'échapper d'un asile d'aliénés. Il l'aide à rejoindre Londres puis la perd de vue. Il quitte peu après la capitale pour se rendre à Limmeridge House, où il doit donner des cours à deux demi-soeurs très dissemblables, Laura Fairlie et Marian Halcombe. Il ne tarde pas à tomber amoureux de Laura, qui ressemble étrangement à la Dame en blanc, mais elle est promise à un autre. Pour protéger celle qu'il aime, Hartright va se retrouver impliqué dans une dangereuse affaire de manipulation orchestrée par Sir Percival Glyde, l'époux de Laura, et son machiavélique complice, le Comte Fosco.
   
   Même si La dame en blanc ne peut être qualifié de roman policier au sens contemporain du terme (pas de sang, pas de meurtre), le suspense et les rebondissements sont bien présents. Le récit, très bien construit, est relaté successivement par les divers protagonistes de l'histoire. Ces différents points de vue permettent d'enrichir l'intrigue mais également de rendre le lecteur plus proche des personnages.
   
   Ce sont d'ailleurs ces derniers qui constituent la grande force de La dame en blanc. Si le couple phare est sympathique mais un peu fade et caricatural (en bonne jeune fille victorienne, Laura est douce et ravissante; quant à Hartright, il est dévoué et chevaleresque au possible), les personnages secondaires sont plus marquants et font tout le sel de l'histoire, notamment l'oncle de Laura, Frederick Fairlie, hypocondriaque, égoiste et indolent, le retors et énigmatique Comte Fosco qui tire les ficelles de la machination contre Laura et fait un méchant de grande classe, ou encore l'étrange dame en blanc rongée par la folie, Anne Catherick. Mais surtout, je retiens le personnage étonnamment moderne de Marian. Brillante, volontaire et courageuse, n'hésitant pas à faire preuve d'initiative, elle prend tous les risques pour sauver sa soeur et s'impose à mon sens comme la véritable héroine du roman. Pour preuve, le Comte Fosco la considère comme sa plus redoutable adversaire et éprouve une grande admiration pour elle.
   
   Un style élégant, une évocation très fine de la société bourgeoise et aristocratique du XIXe siècle, une enquête prenante, des personnages attachants, que demander de plus ?
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critique par Caroline




* * *



Dickens? Jaloux? Ca peut se comprendre...
Note :

   Soufflée. J’ai été complètement soufflée par ce fabuleux roman que j’ai eu la surprise de découvrir dans ma boîte aux lettres un jour de novembre. Je n’avais jamais lu cet auteur ami de Dickens, considéré comme le précurseur des romans d'enquête. A peine en avais-je entendu parler une fois chez Aurélie, de façon alléchante. C’est justement elle qui me l’a offert, cette chère Aurélie qui décidemment connaît très bien mes (bons) goûts. En même temps, je vous défie de trouver quiconque résistant au charme de ce récit de maître qui dépeint avec force une Angleterre victorienne inquiétante, rendant de façon magistrale sa froideur et son feu.
   
   L’impression générale que me laisse ce livre est similaire à celle créée par la contemplation d’une œuvre de Turner. L’on devine à travers une brume la lueur d’éléments aquatiques mêlée à la lumière des astres du jour ou de la nuit. Et le mystère résolu à la fin de l’œuvre ne rend pas plus distincts les contours de l’histoire: le cœur humain demeure enveloppé de toutes ses ténèbres.*
   
   Mais tout ceci est bien abstrait je le sens. Et pourtant j’hésite à éclaircir mes propos de peur de vous gâcher l’histoire... Et puis jouer au Père Fouras j’aime bien. Seulement, ça ne va peut-être pas vous donner envie de lire ce livre extraordinaire, ce qui n’est pas le but. Voilà donc comment cela commence :
   
   Walter Hartright se rend à Limmeridge House afin d'enseigner la peinture aux deux jeunes filles de la maison : Marian Halcombe et sa demi-soeur Laura Fairlie, aussi différentes qu'unies. Au cours du voyage qu’il entreprend de nuit, il fait l’étrange rencontre d’une femme vêtue de blanc. Elle tient des propos inquiets, agités et semble craindre un certain baron dont elle refuse de dire le nom. Au cours de sa vie à Limmeridge House, il se rend compte que cette femme est liée à l’histoire de la famille. Il apprend aussi que le baron qu’elle redoute tant est fiancé à la jeune et belle Laura Fairlie qui ressemble étrangement à la dame en blanc.
   
   Le mystère de la dame en blanc et du passé qui la lie à Laura Fairlie mettra quelques six centaines de pages à se résoudre. Et pourtant, croyez-moi, le rythme ne faiblit pas une seule fois. L’histoire est complexe, fascinante, extrêmement cohérente, menée par de multiples rebondissements. Nos sens sont perpétuellement gardés en éveil, la narration peut déstabiliser le lecteur en une seule phrase, ce qui est un coup de maître vue l’épaisseur du livre. La résolution du mystère n’est donc pas si importante pour moi, tant la maîtrise du récit est excellente.
   
   Collin Wilkins adopte la polyphonie pour ce roman, laissant la parole aux personnages principaux ainsi qu’aux personnages mineurs dont l’intervention est souvent inattendue. Elle apparaît sous différentes formes : celle du témoignage, du journal intime, de la lettre, de la confession. Ce changement constant des perspectives constitue une des très grandes richesses du roman. De plus les différents narrateurs ne sont pas tous fiables, ce qui est également source de déstabilisation pour le lecteur.
   
   Ainsi le style varie selon les personnages : l’on a une écriture procédant par touches, contours et couleurs quand Hartright intervient ; celle de Mr Fairlie est névrosée, agitée, écrite comme sous la contrainte ; celle de Marian est puissante et sobre.
   “La dame en blanc ” présente une galerie de personnages remarquables de force, de passion, de mystère. Des rapports complexes et inattendus entre les personnages se dessinent, et si ces liens sont tus, ils forment tout de même une fascinante histoire en filigrane.
   Deux figures sont somptueuses à mes yeux: celles de Marian Halcombe et du Comte Fosco. Le personnage de Marian, la sœur laide et célibataire, est tout en sensualité retenue, en passion réprimée par les conventions de la société victorienne, mais que l’on devine à travers son écriture et ses actes.
   Le(s) portrait(s) du comte Fosco nous présente(nt) un personnage flamboyant à l’image de Marian, très charismatique, raffiné, véritable génie dans la manipulation des vies et des personnes.
   
   Ce roman aborde également des thèmes problématiques de la société victorienne : le rôle des femmes, la société patriarcale, le poids des conventions, la crainte de l’étranger. De façon assez curieuse, la narration semble soutenir ces préjugés : la femme est inférieure, faible et est incapable de rationalité, les étrangers sont des êtres vils et fourbes. Alors question : s’agit-il de l’opinion de l’auteur ou veut-il démontrer l’inanité de ces vues ? Car je veux bien que Laura Fairlie soit une chochotte fade et sans relief, mais quand un personnage aussi puissant que Marian affirme que « My courage was only a woman’s courage », je n’y crois pas une seconde.
   
   Jetez-vous sur ce livre chers lecteurs ! Mon dernier argument en sa faveur sera le suivant : pendant une semaine, j’ai repoussé toute activité sociale en prétextant une gastro. En général, personne ne s'aventure à moins de dix mètres de vous, c'était le bon plan. Et puis de toute façon, si quelqu’un de courageux me dérangeait dans ma lecture, je montrais des dents.
   
   *(Une allusion à une œuvre de Conrad s’est subrepticement glissée dans ce paragraphe. Sauras-tu la retrouver lecteur ?)
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critique par La Renarde




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Passionnant!
Note :

   Walter, qui vit avec sa mère et sa sœur, se retrouve engagé comme maître de dessin, grâce à son ami Pesca, qu'il a sauvé de la noyade il y a quelques années. Alors qu'il se rend à Limmeridge House, où il doit prendre en charge l'instruction de deux jeunes filles, il rencontre une femme étrange, toute de blanc vêtue, qui, aux dires de certaines personnes, s'est échappée d'un asile.
   
   Une fois arrivé dans la demeure où il doit prendre ses fonctions, il lui faut attendre le lendemain pour être accueilli par une des deux sœurs, qui est particulièrement laide mais brillante intellectuellement. Elle est en fait non la sœur mais la demi sœur de Miss Fairlie, avec qui elle s'entend à merveille et dont Walter va tomber fou amoureux. Il faut dire que cette jeune femme est ravissante et d'une extrême bonté. Mais elle ressemble de façon étrange à "la dame en blanc" croisée la veille...
   
    Je me suis glissée avec bonheur dans ce roman que j'ai trouvé de grande qualité: les personnages sont magnifiquement décrits, l'intrigue est palpitante, avec de multiples rebondissements et des personnages complexes dont on ne sait s'ils sont des bons ou des méchants! On plonge et on se délecte de cette ambiance de mystère et d'amours contrariés qui fait penser aux romans gothiques, avec des secrets du passé qui pèsent sur le présent.
   
   Raconté par un grand auteur du 19ème siècle, contemporain de Dickens et précurseur du roman policier, ce récit est passionnant.
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critique par Clochette




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I ain't afraid of no ghost
Note :

   Première lecture loubookienne 2009, premier victorien!
   
   De Wilkie Collins, j'avais commencé (difficilement) "The Moonstone" et lu "Voie sans Issue", co-écrit avec l'immense Charles Dickens... mais peu convaincant. J'attendais néanmoins beaucoup de Collins, autre monstre sacré de la littérature victorienne, et je dois avouer que j'ai passé un très bon moment avec "La Dame en Blanc".
   
   Ayant décidé de faire face à de vieux démons et de plonger corps et âme dans le débat orageux qui oppose en France les partisans du fameux plan en trois parties à ceux du plan en deux parties (souvenez-vous de vos devoirs de philo, de français...), je vais faire ce billet en revenant à mes premiers pas dans le monde des plans pré-formatés. Ce sera donc thèse, antithèse, synthèse, ou, comme j'aimais les nommer il y a quelques années : oui, non, enfin peut-être.
   
    Mais commençons par une rapide mise en situation: jeune professeur de dessin, Walter Hartright se rend dans le Cumberland pour enseigner son art à deux jeunes filles de la bonne société. Il tombe amoureux de Laura, la plus jolie des deux, puis découvre qu'elle est déjà fiancée à un baronnet, Sir Percival. Dépité, Walter part en Amérique latine pour une mission dangereuse qui doit l'éloigner de Laura.
   
   Vous vous demandez peut-être qui est donc la Dame en Blanc? Cet étrange personnage, une femme du nom de Anne Catherick, apparaît pour la première fois à Walter avant son séjour dans le Cumberland. Echappée d'un asile, la Dame en Blanc réapparaît quelques mois plus tard et cherche à persuader Laura Fairlie de renoncer à son mariage avec Sir Percival, qui serait un homme fourbe et dangereux. Peine perdue, Laura épouse le baronnet. Comme vous vous en doutez, la Dame en Blanc avait vraisemblablement raison de mettre en garde la jeune héroïne.
   
    Pourquoi lire "la Dame en Blanc"?
   Si j'ai mis du temps à lire ce roman, c'est parce que je n'avais pas une minute à moi. Car autant le dire tout de suite, "La Dame en Blanc" est un bon roman à suspense, qui reprend toutes les ficelles du genre: multiples rebondissements, même minimes; une galerie de personnages importante, composée notamment de traîtres perfides très divertissants; un grand mystère, avec cette Dame en Blanc fantomatique, peut-être folle; des lieux énigmatiques, comme la vieille demeure de Sir Percival, qui comprend notamment une aile élisabéthaine abandonnée.
   
   Certains personnages donnent une nouvelle dimension à l'histoire: «l'homme de la situation», Marian Halcombe, soeur aînée de Laura, gracieuse mais laide, dotée d'une volonté de fer et d'une grande intelligence. Sir Percival, un peu caricatural mais désarmant dans son rôle hypocrite de fiancé valeureux. Et que dire du Comte Fosco, ce «gros homme» séduisant, qui semble attacher beaucoup d'importance au bien-être des deux soeurs tout en tramant un sombre complot dans leur dos? Attaché à ses canaris et à ses souris blanches, suivi d'une épouse fidèle et dévouée dont il se sert avec habileté, Fosco cache bien des secrets et mérite à lui seul la découverte de ce roman.
   
   Et bien sûr, l'intérêt de ce roman repose largement sur l'alternance entre différents narrateurs: compte-rendu de l'un, journal de l'autre... les observateurs sont multiples et permettent de découvrir de nouveaux éléments, couvrant la plupart du temps des événements connus d'eux seuls – ce qui évite les répétitions multiples.
   
    Mes réserves :
   Un petit problème de fond, sans grande importance cela dit car on se laisse facilement prendre au jeu: l'histoire repose sur la ressemblance frappante entre Laura Fairlie et Anne Catherick, en théorie deux parfaites inconnues. Autant dire que malgré l'explication finale, difficile de trouver les hypothèses de base très crédibles.
   
   Si toute l'histoire tourne autour de Laura Fairlie, c'est bien l'un des personnages les moins intéressants. Walter est lui aussi très agaçant dans son rôle de jeune premier vertueux et, évidemment, extrêmement courageux. Tous deux sont si parfaits et si transparents (en particulier Laura) qu'au final, ce qui leur arrive n'a pas grande importance. Une histoire tumultueuse entre la soeur de Laura, Marian, et le machiavélique Comte Fosco aurait été bien plus passionnante! Et s'il ne sert à rien de ré-écrire un livre à sa sauce, disons simplement que ce qui arrive à tous les personnages secondaires a bien plus d'intérêt que les aventures de nos deux héros en pâte de guimauve.
   
   Collins a beau être le maître du suspense, le rythme inégal du livre m'a un peu lassée vers la fin. Parfois tout s'enchaîne brutalement, un peu trop même. Et, puisque le complot est révélé au bout de 300 p environ, on se demande bien ce qui nous reste à découvrir dans les 200 dernières pages... quelques événements majeurs mais beaucoup de passages un peu longuets. La fin, qui permet d'établir la vérité sur Laura Fairlie devant tout le village, et qui s'achève par une acclamation de la demoiselle en question par tous les bons villageois présents, est parfaitement ridicule.
   
    So what in the end?
   Un bon roman populaire, habilement mené, tenant le lecteur en haleine la plupart du temps. Ayant lu récemment "Les Mystères de Morley Court", je trouve certaines ressemblances entre les deux romans, même si je préfère au final celui de Le Fanu. A noter que "De Pierre et de Cendre / Set in Stone" de Linda Newbery rend hommage à la Dame en Blanc et, si les deux livres n'ont pas grand-chose en commun, le plus récent est lui aussi fort sympathique.
   
   J'ai trouvé ma lecture un peu longuette mais je pense que c'est plus dû au peu de temps que j'avais devant moi. J'ai dévoré de nombreux passages et compte bien poursuivre ma découverte de Wilkie Collins cette année.
   ↓

critique par Lou




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Précurseur
Note :

   Ce roman, précurseur dans le style policier, mais pourvu d'une construction assez originale qui pourrait laisser songer par sa forme à un roman d'échanges épistolaires alors que ces écrits sont présentés comme des témoignages de l'histoire qui se déroule sous nos yeux, une sorte de rapport de police suite à l'interrogatoire des différents protagonistes.
   
   Une originalité qui est une grande qualité pour ce roman, et qui, sans doute, a dû déstabiliser les lecteurs de l'époque; un style qui reste peu commun, sauf erreur de ma part. Elle nous permet de cerner les personnages "bons et méchants" de différents points de vues, selon si l'on se place dans les yeux des personnages principaux ou parfois dans ceux des personnages secondaires: du côté du personnel le plus souvent. Elle permet à W. Collins de présenter des êtres originaux, dont le Comte Fosco bien entendu, dont le caractère, l'ambiguïté, son côté inquisiteur etc. intriguent et nous aident à le détester pour son rôle et son aide à Sir Percival Glyde, si détestable.
   L'auteur sait parfaitement créer une aura positive, négative autour de tous.
   
   Comme beaucoup de lecteurs je me suis beaucoup plus attachée et intéressée à Marian Halcombe qu'à Laura, parfait rôle d'ingénue et quelque peu bécasse à nos yeux modernes.
   
   A le lecture de ce livre, j'étais partagée entre l'envie de vite connaître tous les secrets des protagonistes et la chute de cette enquête et, parfois, une lassitude liée sans doute aux obstacles que rencontrent nos deux amoureux, qui paraissent bien puérils, encore plus Laura, qui nous renvoie une image de la jeune femme victorienne, que l'on envie fort peu.

critique par Delphine




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