Lecture / Ecriture
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Ainsi vivent les morts de Will Self

Will Self
  Dr Mukti
  Ainsi vivent les morts
  No smoking
  La théorie quantitative de la démence
  Le livre de Dave
  Mon idée du plaisir

Will Self est un écrivain et journaliste anglais né en 1961.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Ainsi vivent les morts - Will Self

Sortir de la ronde
Note :

   J’avais découvert Will Self il y a peu avec le "Dr Mukti" et avais été suffisamment intéressée et intriguée pour décider de poursuivre la découverte de cet auteur anglais très spécial. C’est exactement dans le même état d’esprit que je termine ce second roman.
   
   Je ne peux pas dire que je suis enthousiaste dans la mesure où le sujet ne me convient-convainc pas tout à fait, mais l’originalité de pensée et les qualités d’écriture de cet auteur eux, m’ont bien convaincue et me conviennent parfaitement. Je vais continuer à le lire avec grand intérêt car je me dis que le jour où sujet me touchant personnellement et qualité "Will Self" se rencontreront, sera un jour marquant pour moi. Une de ces expériences littéraires, vécues de temps en temps (rarement) par nous autres lecteurs et qui justifient largement toutes les pages avalées un peu partout, parfois sans grand appétit.
   
   Mais revenons à ces morts et à leur mode de vie. La première partie du roman nous présente notre héroïne, Lily Bloom, femme obèse d’âge mûr, mourant d’un cancer. Nous avons droit à un début assez abrupt. Il a fallu que je m’accroche un peu. J’avais du mal à la fois avec l’emploi d’un vocabulaire, un peu trop branché pour moi et de termes que je suppose être du yiddish, jamais traduit. J’avais du mal également avec la crudité des évocations des ravages du cancer, sujet qui m’effraie, comme beaucoup de lecteurs.
   Bref, Will Self commence par nous déstabiliser.
   
   Peu à peu, on s’aperçoit qu’on a aussi du mal avec son héroïne. Sacré numéro que sa Lily Bloom! Et qui mettra bien longtemps à capter un peu de notre sympathie. Faut dire qu’elle n’essaie pas non plus. Poursuivons. Une fois décédée, Lily découvre qu’il y a une vie après la mort, oui, mais les mystiques seront déçus, car mystique, cette suite ne l’est pas du tout.
   
   C’est elle qui raconte. Son agonie nous permet de faire connaissance des bases de son caractère, de sa pensée, de sa famille et de ses relations avec elle. On constate ainsi que, si Lily n’a pas reçu beaucoup d’amour dans sa vie, elle n’en a pas donné trop non plus. Que si elle n’a guère fait de cadeaux –même à ses enfants- il lui est néanmoins arrivé d’aller les tirer de sacrés mauvais pas, comme par exemple les squats de junkies de sa fille. Complexe, quoi. Comme tout le monde réalise-t-on.
   
   Ce fut une rude vie que celle de Lily Bloom, et ce n’était pas fini.
   
   Lily Bloom est une boule de colère, de frustration, de haine et pourtant malgré tout, au bout des 400 et quelques pages, on est parvenu à la comprendre ou du moins à l’accepter. Elle est pétrie de contradictions insolubles et c’est de ce violent antagonisme perpétuel qu’est née cette personnalité agressive et insoumise. Par exemple, elle est violemment antisémite, mais elle est juive. Et tout à l’avenant.
    «Le constat que ma vie entière n’avait été que fiel aurait dû me consterner. Il n’en fut rien. Mon insouciance nouvelle, ma légèreté d’esprit auraient dû me paraître suspectes. Je ne m’en suis pas méfiée. La mort, pensais-je, m’avait adoucie.»
   
   Bien sûr, Lily ne suivra pas les préceptes des «Personnellement morts» (association au mode de fonctionnement à peu près calquée sur les AA). Elle est bien trop indépendante et revendicative pour cela. Qu’a-t-elle à faire des 12 préceptes gnangnans? A-t-elle raison ou tort ? C’est à voir. A lire, quoi.
   
   
   PS : Quant à l’enfant indien au pantalon bien repassé, ne m’en parlez pas !

critique par Sibylline




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