Lecture / Ecriture
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Elégie pour un Américain de Siri Hustvedt

Siri Hustvedt
  Tout ce que j’aimais
  Les yeux bandés
  L'envoûtement de Lily Dahl
  Yonder
  Elégie pour un Américain
  Les mystères du rectangle
  Un été sans les hommes
  Un monde flamboyant
  La femme qui tremble - Une histoire de mes nerfs

Siri Hustvedt est une écrivaine américaine née en 1955.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Elégie pour un Américain - Siri Hustvedt

Que j’admire ce livre!
Note :

   Que j’admire ce livre et paradoxalement, qu’il va m’être difficile de rédiger un commentaire de ma lecture. Je suis un peu rendue muette par mon adhésion à ce roman. J’aurais comme une tendance à répéter en boucle «C’est formidable, c’est formidable, c’est formidable…» Ce qui ne serait pas très éclairant pour le lecteur. Alors, essayons tout de même de dire autre chose.
   
   Depuis que je l’ai découverte, Siri Hustvedt fait partie de mes auteurs préférés. J’admire autant son écriture que ses thèmes. Rares sont les écrivains que j’ai autant de plaisir à lire. Alors bien sûr, je guettais la sortie en France de son nouveau roman que je savais déjà paru aux Etats-Unis. Mon estime pour ma maîtrise de l’anglais est telle que je ne me serais sûrement pas risquée à tenter une lecture «dans le texte». Je me fiais bien davantage à la traduction de Christine Le Bœuf qu’à la mienne pour goûter tout le charme de ce nouveau livre.
   
   L’action se passe à New York. Le narrateur est un homme, Erik Davidsen. Il est psychiatre. Il vit seul et n’a pas d’enfants. Il est très proche de sa sœur (Inga) dont le mari, écrivain de renom, vient de mourir d’une crise cardiaque, et de sa nièce de 18 ans. Ils sont issus de racines norvégiennes qui rappellent beaucoup celles de Siri Hustvedt. Depuis qu’il a divorcé, sa maison étant trop grande pour lui, il en loue le rez-de-chaussée. Cet appartement va être occupé par une dessinatrice et sa petite fille. Avec le père de cette dernière, photographe, vous avez-là les personnages principaux.
   
   Le livre commence par l’enterrement du père d’Erik et Inga et leur prise de possession de ses papiers. Cette lecture de ses notes, lettres et carnets, les amène inévitablement à un regard sur le passé, une grande période de mémoire. La découverte parmi ces papiers d’une lettre indiquant que leur père a joué un rôle dans une mort étrange sur laquelle ils ne savent rien de plus, les conduit à reconsidérer ce qu’ils savent ou croient savoir de lui et à mener une enquête.
   
   Les thèmes principaux de ce livre sont l’enracinement familial :
   «Je songeai à Mr T., à son père et à son grand-père, à mon père et à mon grand-père et aux générations antérieures qui occupent au fond de nous notre terrain mental, et aux silences sur ces territoires anciens où passent des ombres changeantes, parlant à voix si basse qu’on n’entend pas ce qu’elles disent.»
   la mémoire et les souvenirs
    « Nos souvenirs sont constamment altérés par le présent – la mémoire n’est pas stable, elle est mutable.»
   les traumatismes, aussi bien ceux de son père après ses combats aux Philippines contre les Japonais que ceux de l’Amérique et particulièrement de sa jeune nièce qui a assisté aux défenestrations du 11 septembre.
   Une part importante est faite aux secrets de famille, ainsi qu’aux rêves.
   Ses expériences avec ses patients alimentent ses réflexions sur ces thèmes, aussi bien que ses expériences familiales.
   
   L’action porte sur la vie privée d’Erik qui, comme celle de chacun, se joue sur plusieurs plans. Le plan familial, le plan sentimental, le plan professionnel. L’auteur a parfaitement su rendre cette complexité et cette profondeur de l’existence sans jamais perdre son lecteur. Le récit est mené avec ce qu’il faut –chantage, découverte du secret paternel- pour maintenir un suspens, et avec largement ce qu’il faut d’intelligence subtile pour que notre désir de quitter une lecture plus riches humainement soit également satisfait.
   
   Une fois la dernière page tournée, j’ai ressenti un puissant désir de reprendre à la première et de relire tout le roman. J’étais sûre que j’avais laissé passer plein de trésors, que des profondeurs m’avaient échappé, que je me délecterais à nouveau d’une relecture. Et si j’y ai renoncé, c’est uniquement pour avoir pris la décision de laisser passer quelques semaines avant de me livrer à cette seconde lecture. Car le livre m’habite encore. Je vais le laisser faire son chemin et s’installer dans mon esprit et alors, je le relirai. Et puis plus tard, sans doute encore une troisième fois, mais en anglais à ce moment là. Voilà mes projets.
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critique par Sibylline




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Un roman éblouissant
Note :

   "Nous avons tous des tiroirs secrets"
   
   Erik Davidsen, le narrateur de ce récit, est psychiatre. C'est un homme divorcé, sans enfant, hanté par les histoires de ses patients, qu'il ressasse indéfiniment. Il est très proche de sa soeur, Inga, seule elle aussi car veuve, son écrivain de mari venant de décéder. Il lui laisse Sonia, une jolie jeune fille de 18 ans, traumatisée par les défénestrations auxquelles elle a assisté le 11 septembre 2001, en regardant par la fenêtre de sa classe. Leur père, Lars Davidson, fils de paysan, professeur d'histoire, vient de mourir. Ils se rendent ensemble à son domicile pour trier ses affaires et sont intrigués par la lettre d'une dénommée Lisa, qu'ils ne connaissent pas et qui implique leur père dans une mort mystérieuse...
   
   Parallèlement aux recherches qu'ils effectuent suite à la découverte de ce courrier, ils rencontrent tous les deux des difficultés dans leur vie quotidienne : Érik, qui souffre de solitude, est séduit par Miranda, sa voisine, qui vit seule avec sa fille mais semble en proie à un homme qui la "harcèle" en déposant au pied de sa porte de mystérieuses photos. Sa fille, Eggy, se rend souvent chez Érik. Quant à Inga, elle est contactée par une journaliste qui lui apprend l'existence de lettres salissant son mari -ce dernier aurait en effet eu une liaison adultère dont serait né un enfant...
   
   Le récit est émaillé des carnets de leur père, qui sont pour la plupart des récits de guerre avec des descriptions particulièrement horribles - et qui sont les propres carnets du propre père de Siri Hustvedt, décédé avant l'écriture du roman.
   
   Secrets de famille, étude du rôle de la mémoire dans nos vies, évocation de la souffrance , amours contrariés, séparation, mort, analyse de la nature humaine, avec mis en exergue en chacun de nous des personnalités différentes au cours d'une vie et même simultanément. Ce texte ambitieux est magnifique, je me suis régalée en le lisant. J'ai aussi beaucoup aimé le profond lien qui unit ce frère à sa soeur, lien encore resserré à mon sens par la mort du père et leur solitude affective à tous les deux, puisque l'un comme l'autre sont sans compagnon.
   
   Il paraît que les couples en vieillissant se ressemblent. Et beaucoup se sont plu à dire que ce roman était d'inspiration austérienne, c'est à dire qu'il aurait pu être écrit par cet homme avec qui vit la romancière depuis plus de 20 ans. Ce livre est d'ailleurs dédié à leur fille. Il est vrai que j'y ai retrouvé l'ambiance de certains romans de Paul Auster.
   
   C'est un très beau livre, profond, grave, un texte ambitieux qui s'intéresse à la mémoire, à ce que l'on laisse. Un roman sur l'identité aussi, qui s'interroge sur ce que nous sommes vraiment. C'est un roman passionnant, dont les pièces du puzzle s'imbriquent petit à petit, avec des histoires parallèles qui nourrissent ce magnifique récit. Un roman sur le deuil aussi et sur les traumatismes de la guerre.
    ↓

critique par Clochette




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Intéressant mais ennuyeux
Note :

   Titre original: The Sorrows Of An American, 2008.
   
   Erik Davidsen psychothérapeute et sa sœur Inga, prof de philo essayiste, viennent d'enterrer leur père Lars, depuis longtemps malade et vident la propriété familiale. Ils trouvent les Mémoires rédigés par le défunt, mais plus surprenant une lettre datée de 1937 (le défunt avait 15 ans) écrite par une certaine Lisa parlant du décès d'une personne de sexe féminin dont les circonstances doivent rester secrètes. Inga et Eric estiment que leur père a gardé cette lettre pour qu'ils la trouvent et qu'ils se mettent en quête de la mystérieuse Lisa avec qui il partageait un lourd secret.
   
   Nous croyons que cette recherche sera le fil conducteur du roman...
   Le lecteur se souvient de «L'invention de la solitude» d'Auster: le fils découvre un secret qui est au cœur de l'intrigue...
   Mais dans ce livre, Il n'en est rien!
   Plusieurs histoires s'entrelacent entre elles (des tranches de vie racontées ou lues) et ne mènent à rien de particulier.
   
   Erik Davidsen s'éprend de sa locataire Miranda belle jamaïquaine artiste dessinatrice. Mais Miranda vit une relation complexe avec son ex-ami Jeff Lane surnommé le «Stalker», dont les agissements intriguent ceux qui lui sont proches.
   Erik lit les Mémoires de son père, sa vie difficile d'émigré norvégien dans une ferme du Minnesota, ses années de guerre, ses relation avec sa nombreuse famille...
   Un autre fil déroule l'existence d'Inga, la sœur d'Erik, veuve de Max Blaustein écrivain célèbre, dont le récent décès a traumatisé toue la famille. On évoque ses souvenirs à lui, son agonie, sa maîtresse, le film qu'il mit en scène. Dans cette partie le deuil joue un grand rôle. Inga et sa fille Sonia évoquent souvent les événements du 11 septembre qui les ont frappées car elles vivaient aux alentours du lieu de la catastrophe.
   Ajoutons-y les hommes qui gravitent autour d'Inga, une journaliste jalouse, les patients à risque d'Erik, dont Sarah qui s'est suicidée en 1992 et continue de la hanter, la nombreuse famille d'Erik (grand-mères, arrières grand-père, cousins, oncles, voisins, amis du défunt) la famille de Miranda.
   Le très grand nombre de personnages (j'en ai dénombré une bonne soixantaine) convoqués dans la mémoire d'Eric, celle de son père, et dans sa vie, rendent la lecture difficile: On ne les assimile pas tous.
   Qui sont Rachild Lund et l'oncle Fredrik qui débarquent au cours d'une page? Yvar était-il le grand-père ou l'arrière-grand père d'Eric? Et Olaf?
   Qui Diable est ce Joel? Ah oui le fils naturel de Max conçu avec une actrice!... Les personnages du film qui a tant compté pour Max, jouent un rôle secondaire mais reviennent à plusieurs reprises, et se télescopent avec les acteurs! On ne reconnaît pas le titre du film que l'on confond avec un lieu, là-bas dans le Minnesota, cette brasserie où le père d'Erik travaillait, où Lisa vint le voir... on s'affole lorsque survient «Rosalie» qui a une piste pour retrouver Lisa. Qui donc est Rosalie? Une cousine, oui, mais quand et comment a-t-elle fait son entrée dans le récit...
   J'ai eu l'impression d'avoir un Alzheimer naissant...
   Plus de soixante personnages qui se partagent 395 pages... c'est trop pour moi! La plupart sont récurrents, mais ont fait l'objet d'une présentation très rapide, et lorsque je les croise à nouveau, je ne les remets pas.  
   
   Donc plusieurs fils qui ne conduisent à rien de concluant ni de précis. C'est la vie qui va et qui vient...certaines thématiques sont développées avec succès: celle de l'être défunt ou disparu, devenu fantôme, du deuil impossible ...
   
   Le secret de Lars et  Lisa  se révèle moins important que prévu, et même les héros sont déçus: en quoi cette histoire donnerait-elle des clefs pour comprendre mieux leur père? Pourtant les pages qui concernent cette dame sont d'une belle force dramatique.
   Ce roman ne manque pas d'intensité mais nous n'avons pas de dénouements, de «chutes» des différentes intrigues. Après tout, le titre est «Elégie», cette donnée n'annonce pas d'intrigues fortes.  
   
   Il y a un certain nombre de pages intéressantes noyées dans un océan de détails.
   
   Les rêves des différents protagonistes, l'histoire de Miranda de sa fille et de son ex-ami méritait un traitement particulier et eût dû faire l'objet d'un autre roman (court) car elle ne s'intègre pas correctement avec cette histoire familiale complexe. Le docteur Davidsen essaie d'avoir une vie personnelle, ça on le comprend, envahi qu'il est par les problèmes familiaux remontant jusqu'à la énième génération!! Mais il aurait pu rester simple narrateur pour simplifier le récit.
   
   On peut penser que Hustvedt s'est mise en scène elle-même dans le personnage d'Inga et qu'Auster «est» Max Blaustein. Bien que la différence d'âge soit plus importante: Inga épouse un homme qui pourrait être son père. Huit ans seulement séparent Auster et Hustvedt.
   Sophie Auster a aussi plus ou moins a servi de modèle pour «Sonia» l'adolescente révoltée qui  «ne veut pas vivre dans ce monde-là».
   
   Bref des défauts de structure, ou des choix volontaires, qui rendent ennuyeuse la lecture de ce roman pourtant intéressant et ambitieux.

critique par Jehanne




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